L'enjeu éducatif

Bangladesh © UNESCO

L’héritage de Tagore, Neruda et Césaire est profondément pédagogique et nous enseigne que tous les savoirs et toutes les cultures sont des conquêtes d’égale signification, en tant que symboles organiques de la diversité des peuples et des civilisations. Ils contribuent à définir la mission qui revient à l’éducation de « bâtir dans l’esprit des hommes » un ordre du monde qui rende enfin compatibles les urgences de l’universel et les exigences du particulier.

S’il est vrai que le début du XXIe siècle s’est vu qualifié de « Société de la Connaissance », à l’époque de l’internet et de ses outils, nous sommes tous virtuellement auteurs, détenteurs et bénéficiaires de la plus formidable accumulation de savoirs mise à disposition des hommes, dans toute l’histoire de l’espèce humaine. Jamais sans doute, la distinction établie par Montaigne entre une « tête bien faite » et une « tête bien pleine » n’a autant valu qu’aujourd’hui pour distinguer les contenus des utilisations, dans l’exercice d’une capacité critique à une époque où l'éducation formelle, dispensée par l'école ou l'université, ne sont plus - et loin s'en faut – les uniques lieux d'éducation. Face à la nouvelle jungle de données accessibles ad limitem, l’enjeu est l’éveil de la conscience. Les fondements de l’humanisme et l’avancée vers une communauté humaine par la sensibilisation aux valeurs de justice et de dialogue, mais aussi par l’apprentissage de la responsabilité sont les seuls garde-fous opposables aux multiples dangers de déculturation, d’aliénation, de sectarisme, d’ensauvagement ou de formatage des esprits.

Le droit de toute personne, homme ou femme, à l'éducation a été consacré dans la Déclaration universelle des droits de l'homme , les  Conventions sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, la Convention des droits de l'enfant et les objectifs du Millénaire. Mais, la liste des obstacles est encore longue : écoles trop souvent déficientes, offre publique insuffisante, marchandisation croissante de l’éducation, endoctrinement etc.

Pour Tagore, Neruda et Césaire, la tâche d’éducation est un échange de savoirs et d’expériences qui transcende les particularismes au sein d’un monde multipolaire, tel un passeport d’inclusion sociale, d’intégration économique, de dialogue culturel.

Tagore était convaincu que tous les problèmes de la société comme de l’individu – pauvreté, discorde religieuse, mésintelligence – se résoudraient par l’éducation.

Il encouragea systématiquement ses compatriotes à réformer la société de leur pays et à cesser d’attendre qu’une puissance étrangère ne s’en octroie la charge.

Il participa lui-même à l’édification de la nation dans le domaine de l’éducation. L’institution qu’il fonda dans les zones rurales du Bengale du sud existe toujours aujourd’hui ; on la connaît sous le nom de Santiniketan.

Les engagements de Tagore en faveur de l’éducation reposaient sur plusieurs principes. L’un était d’exclure à l’apprentissage toute forme de préjugé racial ou national, et durant leur scolarisation les enfants de l’école de Santiniketan grandirent en ayant conscience d’appartenir à une humanité élargie constituée d’individus différents, allant des villageois locaux aux étrangers du monde entier venus y enseigner à l’invitation de Tagore.

Cet objectif sous-tendait également la fusion des disciplines enseignées dans son école et dans son université, qui allaient de l’étude du sanscrit védique et classique, de l’arabe et du persan, à l’étude de l’Europe, de la Chine et du Japon. « L’éducation sera notre épopée!». Le livre était pour Neruda un des outils ambivalents de cette épopée. Il lui a accordé, en tant que support de diffusion du savoir, une attention particulière, considérant que celui-ci ne doit être pour tous qu’un instrument de libération, gardant vivante la connaissance pour la transmettre aux générations futures.

Le besoin de transmission du savoir, de formation à l’action est inséparable de la découverte de soi, de l’expérience de l’autre, de la connaissance de l’histoire, de l’apprentissage du réel par le livre : disait-il. Il est au cœur de la mission du poète, comme l’écho des grands courants qui structurent les sociétés humaines.

Césaire, quant à lui, exerça un magistère pédagogique pour l’éducation des consciences, l’ouverture à soi-même et au monde. Cette vocation complète celle du fondateur, du bâtisseur d’écoles, de collèges, des cadres de l’apprentissage et de l’échange d’expériences et de savoirs. Césaire place l’éducation au cœur de la vie du citoyen, de la res publica,  comme un ouvrier s’acharnant à sa tâche pour bâtir la conscience des peuples, patiemment, humblement. C’est l’éducation et la culture qui permettront à chacun d'interroger le monde et d'y construire sa place en propre. L’éducation dont parle Aimé Césaire est une maïeutique, un accouchement de la personne ainsi préparée à apporter sa contribution particulière à l’Universel.

A l’époque de la révolution numérique et des avancées technologiques sans cesse renouvelées, la« Société de la connaissance » actuelle, l’accumulation et la mise à disposition de savoirs au plus grand nombre, la pensée de Tagore, Neruda et Césaire propose des axes de redéfinition, d’amélioration et d’engagement en faveur de l'accès à l'éducation pour tous.

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