15.11.2010 - UNESCOPRESS

Quatre éléments culturels de Chine et Croatie nécessitent des mesures de sauvegarde urgente, selon un Comité de l’UNESCO

© Huang Yanyi 2008/Zhang Yuzhou (Courtesy of UNESCO) - La technique des cloisons étanches des jonques chinoises

Le Comité intergouvernemental de l’UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, réuni à Nairobi du 15 au 19 novembre, a inscrit aujourd’hui 4 nouveaux éléments sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente. Trois d’entre eux sont pratiqués en Chine (le Meshrep, la technique des cloisons étanches des jonques chinoises et l’imprimerie chinoise à caractères mobiles en bois) et le quatrième en Croatie (le chant Ojkanje).

Cette Liste de sauvegarde urgente réunit des éléments culturels dont la viabilité est en péril malgré les efforts de préservation fournis par les communautés ou groupes qui les pratiquent. Pour obtenir l’inscription sur cette liste, les Etats doivent s’engager à mettre en œuvre des plans de sauvegarde spécifiques, établis avec la pleine participation des communautés concernées. Ils ont également la possibilité de bénéficier d’une assistance financière en provenance d’un Fonds géré par l’UNESCO.

En outre, les Etats devront soumettre au Comité des rapports sur l’état de ces éléments au plus tard dans un délai de quatre ans après l’inscription. Ces rapports décriront notamment les fonctions sociales et culturelles, la viabilité, et l’impact des efforts et du plan de sauvegarde de l’élément. Ce processus devra associer le plus largement possible les communautés, les groupes et les individus porteurs de ces pratiques culturelles dont la sauvegarde est déclarée urgente.

Avec les nouveaux éléments inscrits, la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente contient désormais 16 éléments. A partir du 16 novembre, le Comité, présidé par Jacob Ole Miaron (Kenya) et formé de 24 membres, examinera 47 candidatures pour la Liste représentative du patrimoine immatériel de l’humanité.

Le Comité, qui tient pour la première fois sa réunion annuelle en Afrique sub-saharienne, est l’un des organes directeurs de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Adoptée en 2003 et ratifiée par 132 Etats, elle préconise la sauvegarde d’éléments tels que les traditions et expressions orales, les arts du spectacle, les pratiques sociales, rituels et événements festifs, les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers, ou encore les savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel.

Les éléments inscrits aujourd’hui sur la Liste de sauvegarde urgente sont :

Chine - Le Meshrep - Répandu chez les Ouïgours, largement concentrés dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang de la Chine, le Meshrep constitue le principal vecteur culturel des traditions ouïgoures. L’événement complet du Meshrep recèle une riche collection de traditions et d’arts du spectacle, tels que la musique, la danse, le théâtre, les arts populaires, l’acrobatie, la littérature orale, les habitudes alimentaires et les jeux. Le muqam ouïgour est la forme d’art la plus complète comprise dans l’événement qui intègre le chant, la danse et le divertissement. Le Meshrep fonctionne à la fois comme une « cour » où l’hôte agit en médiateur des conflits et assure la préservation des règles morales, et comme une « salle de classe » où les gens peuvent s’instruire sur leurs coutumes traditionnelles. Le Meshrep est surtout transmis et hérité par des hôtes qui en connaissent les usages et les connotations culturelles, et par les interprètes virtuoses qui y participent ainsi que par toute la population ouïgoure qui y assiste. Toutefois, il y a de nombreux facteurs qui mettent sa viabilité en péril, tels que les mutations sociales qui résultent de l’urbanisation et de l’industrialisation, l’influence des cultures nationales et étrangères, et l’exode des jeunes Ouïgours vers les villes pour travailler. La fréquence des représentations et le nombre de participants diminuent progressivement, tandis que le nombre de transmetteurs qui connaissent les règles traditionnelles et le riche contenu de l’événement est passé brutalement de plusieurs centaines à quelques dizaines.

 

Chine - La technique des cloisons étanches des jonques chinoises - Développée dans la province du Fujian, dans le sud de la Chine, la technique des cloisons étanches des jonques chinoises permet la construction de navires de haute mer à cloisons étanches. Si un ou deux caissons sont accidentellement endommagés en cours de navigation, l’eau ne pénétrera pas dans les autres caissons et le navire restera à flot. Les jonques sont principalement fabriquées en bois de camphre, de pin et de sapin, et assemblées à l’aide d’outils de menuisier traditionnels. Elles sont construites en appliquant les technologies de base que sont l’assemblage de planches feuillées et le calfatage des joints entre les planches à l’aide d’étoupe, de chaux et d’huile de tung. La construction est dirigée par un maître artisan qui supervise un grand nombre d’artisans travaillant en étroite coordination. Les communautés locales participent en organisant des cérémonies solennelles de prière pour la paix et la sécurité pendant la construction et avant le lancement du navire achevé. L’expérience et les méthodes de travail relatives à la technique des cloisons étanches se transmettent oralement du maître aux apprentis. Toutefois, la nécessité des jonques chinoises connaît un déclin d’autant plus grand que les navires en bois sont remplacés par des cuirassés, et aujourd’hui seuls trois maîtres peuvent prétendre avoir une parfaite maîtrise de cette technique. Les coûts de construction qui y sont associés ont aussi augmenté suite à une pénurie de matières premières. De ce fait, la transmission de ce patrimoine régresse et les transmetteurs sont forcés de rechercher un emploi alternatif.

 

Chine - L’imprimerie chinoise à caractères mobiles en bois - Une des plus vieilles techniques d’imprimerie au monde, l’imprimerie à caractères mobiles en bois est conservée dans le comté de Rui’an, dans la province du Zhejiang, où elle est utilisée dans la compilation et à l’impression de la généalogie des clans. Les hommes apprennent à tracer et à graver les caractères chinois qui sont ensuite disposés sur une plaque d’impression et imprimés. Cela exige d’abondantes connaissances historiques et une maîtrise de la grammaire du vieux chinois. Puis les femmes entreprennent les travaux de découpage du papier et de reliure jusqu’à ce que les généalogies imprimées soient terminées. Les caractères mobiles peuvent être réutilisés à maintes reprises après le démontage de la plaque d’impression. Tout au long de l’année, les artisans transportent les jeux de caractères en bois et le matériel d’imprimerie jusque dans les salles des ancêtres au sein des communautés locales. Là, ils dressent et impriment à la main la généalogie du clan. Une cérémonie marque l’achèvement de la généalogie et les imprimeurs la déposent dans une boîte mise sous clef afin d’être préservée. Les techniques de l’imprimerie à caractères mobiles en bois se transmettent par cœur et de vive voix dans les familles. Toutefois, la formation intensive exigée, le faible revenu généré, la vulgarisation des techniques d’impression numérique et l’enthousiasme amoindri à dresser les généalogies ont tous contribué à une diminution rapide du nombre d’artisans. À présent, il ne reste plus que onze personnes de plus de 50 ans qui maîtrisent l’ensemble des techniques. Si elle n’est pas sauvegardée, cette pratique traditionnelle aura bientôt disparu.

 

Croatie - Le chant Ojkanje - Le chant Ojkanje à deux voix, répandu dans les régions croates de l’arrière-pays dalmate, est exécuté par deux ou plusieurs interprètes (hommes ou femmes) qui utilisent une technique de trémolo particulière venant de la gorge. Le chant dure aussi longtemps que le/la chanteur/chanteuse principal(e) parvient à retenir son souffle. Les mélodies sont basées sur des gammes tonales limitées, essentiellement chromatiques, et les paroles évoquent des thèmes divers allant de l’amour aux questions sociales et politiques du jour. Le chant Ojkanje doit sa survie aux groupes organisés de détenteurs locaux de la tradition qui continuent à transmettre les savoir-faire et les connaissances en représentant leurs villages aux festivals en Croatie et à travers le monde. Bien que le chant Ojkanje se transmette traditionnellement par oral, les moyens audiovisuels et l’apprentissage organisé au sein de groupes folkloriques locaux jouent maintenant un rôle croissant dans sa transmission. Cependant, la survie des techniques de vibrato individuel et des nombreuses formes de chant à deux voix dépend largement de la qualité et du talent des interprètes et de leur capacité à appliquer et à transmettre leur savoir aux nouvelles générations. Les conflits récents et l’exode rural vers les villes qui ont réduit la population de la région, ainsi que l’évolution des modes de vie, ont entraîné une brusque diminution du nombre d’interprètes, ce qui a entraîné la disparition de beaucoup de genres et styles archaïques de chant solo.

 

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Plus d’information

Les inscriptions des éléments sur les Listes seront retransmises par webcast les 15 et 16 novembre

Des b-rolls peuvent être téléchargés

 

Vidéos sur les éléments candidats à l’inscription sur la Liste du patrimoine immatériel nécessitant une sauvegarde urgente

Vidéos sur les éléments candidats à l’inscription sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel

Entretien vidéo avec Cécile Duvelle, Chef de la Section du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO

Contacts presse UNESCO :

Division de l’information du public

Isabelle Le Fournis

+ 33(0)6 12 19 74 01/ i.le-fournis(at)unesco.org

Lucía Iglesias Kuntz

+ 33(0)6 07 84 26 76/ l.iglesias(at)unesco.org

 

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