30.09.2016 - Culture Sector

Sauvons la culture, arrêtons les trafics d’antiquités volées

© Shutterstock

«Prévention», «coopération», et «sensibilisation» sont les termes que l’on entend le plus en matière de prévention du trafic illicite des biens culturels. Les défis sont multiples: les vols dans les musées, les espaces publics comme privés ainsi que sur les sites archéologiques sont permanents; les conflits qui ravagent le Moyen-Orient conduisent à une forte augmentation des pillages et des trafics; de plus la circulation et la vente d'objets issus de trafics ou de fraudes, également en augmentation sur Internet, sont complexes, liés à une criminalité internationale organisée, et difficile à tracer.

«Nous avons tous une responsabilité ici - le dialogue entre les États, le marché de l'art et la législation est primordial», a déclaré le Dr Mechtild Rössler, Directrice de la Division du patrimoine de l'UNESCO lors de la réunion du Comité subsidiaire des États parties à la Convention de l'UNESCO de 1970 concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l'importation, l'exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturel au Siège de l’UNESCO à Paris qui s’est tenue du 26 au 28 septembre.

 « Les populations locales ont besoin de comprendre la valeur de leur patrimoine et d'en être les premiers et les meilleurs gardiens, en particulier autour des sites archéologiques. Les musées, les maisons de ventes aux enchères et les collectionneurs doivent être proactifs et vérifier la provenance avant d’acquérir des pièces » a insisté le Dr Rössler.

M. Neil Brodie, expert international basé au Royaume-Uni, a exprimé son inquiétude au regard de la quantité d’antiquités pillées, tels que des bijoux, et des pièces de monnaie, qui sont faciles à dissimuler et à transporter pour ensuite les revendre sur des sites d’enchères ou sur E-BAY. Sur une période de trois mois, soixante statuettes Tel Halaf ont été vendues sur E-BAY par sept vendeurs basés au Royaume-Uni; ces objets sont répertoriés sur la Liste Rouge ICOM du patrimoine culturel syrien en péril. En outre, leur authenticité et  provenance ne sont pas garanties « si il s’agit d’un faux, le crime est une fraude, et si l’objet est authentique, le crime est un vol. » a précisé Mr Brodie

L’implication d’organisations criminelles à plus large échelle a été abordée en ce qui concerne l'Iraq, la République arabe syrienne, la Libye et le Yémen, où la situation désastreuse du patrimoine culturel s’étend au pillage et au trafic. Les Résolutions 2199 et 2253 du Conseil de sécurité des Nations Unies contribuent à lutter contre le trafic et à endiguer le financement des groupes terroristes, mais de meilleures normes et une action plus prononcée sur le terrain sont nécessaires, tout particulièrement la formation, la surveillance le long des frontières des pays de transit et la poursuite pénale.

M. John Carlson, administrateur principal du Groupe d'action financière (GAFI), a expliqué comment cet organe intergouvernemental de décideurs politiques en matière de mesures législatives réglementaires établit des normes mondiales pour lutter  contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme. Cela inclut les délits criminels dans leur globalité et le pouvoir de saisir et de confisquer les produits du crime. «Quand vous avez des organisations terroristes telles que DAESH qui reçoivent un soutien financier grâce au pillage de biens culturels, cela rend compte de l'importance et du caractère crucial de ce travail".

 M. Carlo Chiaromonte, Chef des Divisions du droit pénal et du terrorisme au Conseil de l’Europe, a présenté un nouveau projet de convention de droit pénal pour lutter contre le trafic illicite des biens culturels proposés par le Conseil de l'Europe. « Le trafic de biens culturels, de plus en plus exploité par des groupes terroristes, est lié au blanchiment d’argent, et est la principale source de profit pour les organisations criminelles.»  a-t-il expliqué. La proposition vise à compléter la Convention de 1970 de l'UNESCO, qui offre à ses 131 Etats parties un cadre de mesures préventives, de clauses de restitution, une coopération internationale, ainsi que la Convention UNIDROIT de 1995 qui se concentre sur la restitution des biens culturels volés ou illicitement exportés. 

La réunion a également considéré la question du trafic et de la restitution du patrimoine culturel des peuples autochtones, et les moyens de relier les dispositions de la Convention de 1970 avec les articles de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Mme Andrea Carmen, Directrice exécutive du Conseil international des traités indiens, en décrivant les complexités juridiques que cela entraînait, a souligné l’importante relation qu’entretiennent les peuples autochtones avec leurs objets sacrés et cérémoniels, dont beaucoup peuvent être trouvés dans les musées du monde entier. 

La réunion, présidée par Mme María Vlazaki (Grèce), et inaugurée par Mr Francesco Bandarin, Sous-Directeur général pour la culture à l’UNESCO, a été suivie par 175 représentants gouvernementaux et experts internationaux qui ont partagé un certain nombre de cas concrets et ont adopté une série de résolutions.




<- retour vers Toutes les actualités
Retour en haut de la page