Des experts recommandent la prévention, être préparé dans la lutte contre la destruction culturelle sans précédent et le trafic illicite

Le 27 avril 2016, l'UNESCO a organisé conjointement avec les missions permanentes de la Jordanie et de l'Italie auprès des Nations Unies, INTERPOL et l'ONUDC une réunion d'experts portant sur la destruction du patrimoine culturel et la lutte contre le trafic illicite des biens culturels dans les pays d’origines. Cette réunion fait partie de l'initiative de partenariat « Protéger le patrimoine culturel – un impératif pour l’humanité: lutter ensemble contre la destruction et le trafic de biens culturels par les groupes terroristes et le crime organisé ».  

L'événement a réuni un grand nombre de parties prenantes, y compris des représentants d’États membres, d’organisations intergouvernementales, de musées, universités ainsi que des conservateurs du patrimoine. On comptait, parmi les orateurs M. Giovanni Boccardi, Chef de l’Unité de la préparation et des réponses aux situations d'urgence à l'UNESCO, Michael Danti, Directeur académique de l'American School of Oriental Research ( ASOR) cultural heritage initiatives, Mmes Tess Davis, Directrice exécutive de l’Antiquities Coalition, Marina Schneider, Juriste principale à UNIDROIT, Edouard Planche, Spécialiste du programme, Section du patrimoine mobilier et des musées à l'UNESCO, Stefan Simon, premier Directeur de l'Institut pour la préservation du patrimoine culturel ( CHIP ) à l'Université de Yale, Ben Jeffs, Directeur du programme Fonds mondial pour les monuments, Emmanuel Roux, Directeur du bureau d'INTERPOL à New York.    

Giovanni Boccardi a souligné l’inquiétude de la communauté internationale concernant les attaques à une échelle inédite que subit actuellement la culture, incluant celles dues à des dommages collatéraux et à une destruction délibérée. Bien souvent, ces attaques sont associées à la persécution de groupes et d’individus en fonction de leur appartenance culturelle et constituent de ce fait un « nettoyage culturel » comme l’a défini la Directrice générale de l'UNESCO, Irina Bokova.  M. Boccardi a également souligné qu’« il ne s’agit pas seulement d’un désastre culturel permanent, mais également d’un problème majeur d’ordre sécuritaire, humanitaire et relatif aux droits de l’homme. »

Il a par ailleurs identifié des besoins cruciaux au sein de la communauté internationale afin d’être en mesure de répondre à de telles attaques, notamment la documentation et l’inventaire des biens culturels détruits, une planification et une préparation efficace pour fournir une réponse en cas d'urgence,  ainsi que la nécessité d’une coordination aux niveaux national et mondial. Il a également ajouté que la culture n’était pas suffisamment prise en compte dans les cadres et programmes de sécurité et de politique humanitaire au sein des organes compétents des Nations Unies et sur ​​le terrain. Le fait qu’une mise en œuvre des Conventions appropriées de l’UNESCO pourrait contribuer à une solution efficace a également été souligné. Mr Boccardi a encouragé les Etats membres à ratifier les Conventions et à mettre en œuvre leurs cadres juridiques respectifs, ainsi qu’à s’assurer que la culture fasse partie intégrante des politiques et des programmes humanitaires, sécuritaires et de consolidation de la paix des Nations Unies.    

Amjad Al- Moumani, représentant permanent adjoint de la Jordanie, a souligné la nécessité « d’accroître la prise de conscience de la communauté internationale autour de la question très sérieuse de la destruction du patrimoine culturel comme un impératif sécuritaire et humanitaire. » Luigi Marini, conseiller juridique pour la Mission permanente de l'Italie, a mis en avant des initiatives concrètes, exhortant les États à ratifier et à mettre en œuvre les traités internationaux  pertinents * , à établir des centres de liaisons nationaux et à prodiguer des formations sur la question du trafic illicite de biens culturels ainsi que, en écho à d’autres opinions exprimées,  à tirer parti de partenariats efficaces entre le public et le privé et à assurer une formation et une éducation spécifiques pour la sauvegarde du patrimoine culturel.  

Emmanuel Roux , d'INTERPOL a appelé d’une part les gouvernements , les maisons de ventes aux enchères, les musées et les collectionneurs privés à adopter un usage plus efficient de la base de données d'INTERPOL pour les œuvres d'art volées et, d’autre part, les pays dont proviennent les objets volés à créer des unités de police spéciales. Nodirjon Ibragimov de l'ONUDC a souligné que la restitution des biens culturels volés est mandatée par le droit international et que, dans ce cadre, l'efficacité des procédures internes pour permettre aux Etats d’engager une procédure judiciaire devant les tribunaux nationaux est essentielle.    

Michael Danti a présenté des statistiques concernant la crise du patrimoine culturel en Syrie et au nord de l'Irak qu'il qualifie de plus grande crise du patrimoine culturel depuis la Seconde Guerre mondiale. M. Danti a en outre souligné que la doctrine djihadiste - salafiste appelle à la destruction délibérée des biens culturels, généralement des sites patrimoniaux, dans le but d'atteindre des objectifs idéologiques et stratégiques, ainsi que pour gagner une exposition médiatique. De nombreux participants ont discuté des liens entre l'acquisition illégale de biens culturels, leur vente, et le financement des organisations terroristes. Ces derniers mois, il y a eu plus de destruction de sites et monuments religieux que de sites archéologiques, ce qui n’était pas le cas en 2015, a ajouté M. Danti.  

Tess Davis, au nom de la Coalition des antiquités, a souligné que pour empêcher le trafic du patrimoine culturel, les pays " receveurs " devraient fermer leurs frontières au commerce d’antiquités. Elle a également avancé que le patrimoine culturel constitue une base importante pour la réconciliation nationale et le redressement économique, et que sa protection devrait faire partie de tout mandat visant au maintien de la paix, et être une priorité durant toute la période de post-conflit.  Mme Davis a aussi recommandé que les crimes commis envers la culture soient poursuivis pénalement, comme il en va pour d’autres crimes atroces.  

Edouard Planche, de l'UNESCO, a mis en relief le rôle clé de la prévention dans la lutte contre le trafic illicite et a encouragé une utilisation plus efficace des outils dont disposent les États, comprenant, entre autres, le formulaire Object ID d’inventaire simplifié, les dispositions modèles UNESCO-UNIDROIT définissant la propriété de l’État sur les biens culturels non découverts ainsi que le Modèle de certificat d'exportation des biens culturels élaboré par l’UNESCO et l'Organisation mondiale des douanes (OMD). Il a également insisté sur l'importance d’une ratification globale de la Convention de  1970 de l'UNESCO et de la Convention d’UNIDROIT de 1995. Stefan Simon, de l’Université de Yale, a recommandé pour sa part l'élaboration d'un partenariat pour engager les jeunes dans la préservation et pour éduquer la prochaine génération à une meilleure protection de son patrimoine culturel à l’avenir.    

Cette réunion était le dernier volet d'une série de tables rondes organisées par les Missions permanentes de la Jordanie et de l'Italie, en collaboration avec l'UNESCO, INTERPOL et l'ONUDC, et se terminera par une réunion de haut niveau au cours du Débat général annuel de l'Assemblée générale des Nations Unies en septembre 2016.  

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