Le patrimoine subaquatique de la Première Guerre mondiale menacé

© M. Spencer
Vestiges d'une épave au large d'Anzac Cove, péninsule de Gallipoli, en Turquie.

Les archéologues subaquatiques doivent être les premiers à visiter des sites historiques submergés pour les étudier et pour assurer leur préservation. Les sites ne devraient pas être laissés aux récupérations non contrôlées, au pillage et aux dommages. Malheureusement, les épaves de la Première Guerre mondiale ont été la cible d’interventions indésirables depuis leur immersion.

Le démantèlement de nombreuses épaves de navires en métal a considérablement endommagé les navires. L’Indefatigable et plusieurs autres navires connus qui ont coulé à la bataille du Jutland, ont par exemple systématiquement été démantelés pour en extraire des métaux non ferreux. Certaines de leurs parties en bronze ont été vendues sur les quais du port danois Esbjerg à partir de 1958. Un cas similaire s’est déroulé avec les 26 sous-marins allemands « U-boot » qui se sont rendus à la marine britannique à la fin de la guerre et ont été amenés à Kent, au Royaume-Uni. Ils ont été revendus à bas prix ou sabordés dans la crique de Medway. Après la guerre, une compagnie de ferraillerie a acheté les bateaux et a récupéré leurs moteurs pour les vendre. Des 26 sous-marins U-boote, seuls trois ont subsisté jusqu’à aujourd’hui. 23 des 26 sous-marins ont déjà disparu.

D’autres épaves historiques ont été victimes d’entreprises commerciales cherchant à récupérer des cargaisons potentiellement de grande valeur. Le SS Mantola, par exemple, était un bateau de passagers à vapeur appartenant à la compagnie de navigation à vapeur des Indes britanniques. Il a été coulé par un sous-marin allemand en 1917 et aurait transporté alors une importante quantité d’argent. Comme le site de l’épave n’a pas encore été désigné site protégé, le ministère des transports britannique a accordé un contrat de récupération à la compagnie ayant découvert l’épave. L’entreprise commerciale pourra conserver 80% de la valeur de ce qui sera ou non récupéré. Que l'on y trouve ou non un trésor, le contexte historique et la connaissance de cette épave qui aurait pu être acquise, seront définitivement perdus.

Les dégâts du pillage ou des destructions délibérées ont aussi affecté l’épave du Lusitania, très importante historiquement. Le navire, considéré comme la seconde épave la plus célèbre après le Titanic, a été très gravement endommagé par des grenades sous-marines. Sa proue montre de nombreux impacts causés soit par des tirs sur cible de la marine irlandaise pendant la Seconde Guerre mondiale, soit par la marine britannique tentant de détruire des preuves de la présence illégale de munitions dans la soute, ce qui aurait prouvé que le navire était une cible militaire légale lorsqu’il a été coulé. D’autres dommages ont également été causés par la récupération de trois des quatre hélices en 1982. Un plongeur qui se trouvait à proximité de l’épave dans les années 1990, a rapporté que l’épave était comme du « gruyère suisse » et que les fonds marins environnants étaient « jalonnés de mines non explosées ». De plus, en 1982, divers objets de la cargaison mythique de l’épave ont été récupérés et ramenés au Royaume-Uni, déclenchant une bataille juridique qui a abouti au déni de la protection de l’épave.

Enfin, les épaves sont également menacées par le passage du temps, notamment par l'accumulation de rusticles, formation de rouille similaire en apparence à une stalactite sous l'eau causée par un processus de corrosion dû à une bactérie. 

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