Le patrimoine culturel subaquatique de la Première Guerre mondiale

© M. Spencer
Archéologue examinant une épave de la Première Guerre Mondiale à Gallipoli, en Turquie.

Le patrimoine culturel subaquatique de la Première Guerre mondiale se trouve toujours sur les fonds marins et océaniques du monde entier.

Il comprend de nombreux navires de guerre, mais aussi des navires civils coulés par accident ou victimes du blocus naval. Certaines de ces épaves sont bien préservées mais beaucoup ont été détruites ou sévèrement endommagées par des opérations de récupération non-scientifiques, des opérations commerciales sur les sites ou par des pilleurs. Beaucoup ont également été démolies ou exploitées dans la précipitation. Certaines ont été déplacées des sites où elles avaient été sabordées, pour des raisons liées au blocus, afin de libérer les voies navigables. D’autres ont subi des actions destructrices bien après la guerre, par exemple l’épave du Lusitania. Des milliers d’épaves sont cependant toujours immergées et beaucoup n’ont pas encore été explorées.

Le patrimoine culturel subaquatique de la Première Guerre mondiale est d’une grande importance historique. C’est un rappel de l’existence de la guerre et de ses conséquences terribles. La majorité des épaves qui reposent sur les fonds marins sont aussi des sites mortuaires qui contiennent toujours des restes humains. Par conséquent, un des objectifs de la préservation et de la recherche doit être de faire comprendre au public cette importance historique et de le sensibiliser au témoignage historique que constituent ces vestiges.

Les épaves de la Première Guerre mondiale sont une importante source d’informations historiques. Beaucoup d’entre elles soulignent les particularités technologiques du XXe siècle. Les historiens et les archéologues subaquatiques peuvent comprendre par leur étude la façon dont les gens vivaient sur ces navires, quels types d’outils et de machines ils utilisaient ou encore trouver des éléments de leur vie quotidienne, des biens personnels tels que des livres, des vêtements, des chaussures. 

Si tous ces vestiges culturels devaient être perdus, l’histoire du XXe siècle serait privée d’un important témoignage. La protection du patrimoine culturel de la Première Guerre mondiale est essentielle pour se souvenir des horreurs de la guerre ainsi que pour connaître et reconnaître notre propre histoire. C’est aussi un facteur de réconciliation primordial. Partager l’effroi qu’ont ressenti les personnes mortes à bord de ces navires nous fait comprendre à quel point il est important de faire en sorte qu’une telle guerre ne se reproduise jamais plus.

Vue d’ensemble de certaines des principales batailles navales de la Première Guerre mondiale et de leurs vestiges historiques

Les combats navals de la Première Guerre mondiale ont été très étendus. Leurs caractéristiques sont visibles tant dans des grandes batailles, comme celles de Jutland et Gallipoli, que dans des blocus navals de longue durée, dans des luttes sous-marines illimitées et dans un grand nombre de petites escarmouches. Les exemples suivants comptent parmi les échanges les plus mortels que l’on peut retracer à partir des fonds marins : 

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Bataille de Dogger Bank (débute le 24 janvier 1915)

Le 24 janvier 1915, les forces allemandes attaquent trois villes côtières dans la mer du Nord britannique. Les anglais interceptent la flotte allemande et coulent le navire de guerre Blücher. Le reste de l’escadron allemand parvient à s’enfuir. Le Blücher demeure dans le fossé de Drøbak, à une profondeur de 64m.

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Campagne de Gallipoli (du 25 avril 1915 au 9 janvier 1916)

La bataille de Gallipoli s'est déroulée dans l'actuelle Turquie, près de Çanakkale. Les forces britanniques et françaises ont essayé de capturer Istanbul et de sécuriser une route maritime vers la Russie. La tentative a échoué, avec de lourdes pertes humaines dans chaque camp. La campagne fut considérée comme l'une des plus importantes victoires des Turcs et une défaite majeure des Alliés. En Turquie, la bataille est perçue comme un moment décisif dans l'histoire du pays. Elle posa les prémices de la Guerre d'Indépendance turque et de la fondation de la République de Turquie. La campagne fut également la première bataille majeure menée par le corps d'armée australien et néo-zélandais (Australian and New Zealand Army Corps, ANZAC), et fut considérée comme marquant la naissance de la conscience nationale dans ces deux pays. Le jour d'ANZAC, le 25 avril, demeure la plus importante commémoration militaire de pertes humaines et de vétérans en Australie et en Nouvelle-Zélande. 

Plus de 120 000 hommes ont perdu la vie durant la campagne de Gallipoli. Entre avril 1915 et janvier 1916, neuf sous-marins britanniques ont coulé deux navires de guerre et un destroyer, cinq canonnières, neuf navires de transport de troupes, sept navires de ravitaillement, 35 bateaux à vapeur et 188 navires plus petits de toutes sortes contre huit sous-marins alliés qui ont sombré dans le détroit ou la Mer de Marmara. En outre, les navires britanniques Irresistible, Bouvet et Ocean et le sous-marin australien AE2 ont coulé.

Des archéologues turcs et australiens ont découvert un " musée sous la mer" à Gallipoli. Leurs découvertes comprennent l'épave d'une péniche transportant des soldats australiens et néo-zélandais blessés et morts depuis Anzac Cove durant la campagne de Gallipoli en Turquie au cours de la Première Guerre mondiale. En 1993, une opération d'extraction du charbon a révélé l'épave d'un sous-marin allemand UB-46 près de la côte Kemerburgaz. Après avoir conduit des missions en Mer Noire, sur le chemin du retour, UB-46 a heurté une mine près de Karaburun et a coulé avec tout son équipage. Il est maintenant exposé au Musée naval de Besiktas à Istanbul.

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Bataille du lac de Tanganyika (débute le 26 décembre 1915)

La bataille pour le lac de Tanganyika a consisté en une série de combats navals entre la Royal Navy britannique, la Force Publique belge et la Kaiserliche Marine allemande. Lors de la première action, le 26 décembre 1915, le navire Kingani a été endommagé et capturé. Dans un deuxième temps, le Hedwig von Wissman a été coulé. Le Graf von Götzen a par la suite été sabordé. Le déroulement du conflit sur terre a cependant conduit à la retraite des allemands, et le contrôle du lac de Tanganyika est revenu aux forces britanniques et belges. Ces exploits ont attiré l’attention du public, surtout du fait de l’excentricité du commandant en chef et de la localisation. Ils ont été racontés par Cecil Scott Forester dans son livre L'Odyssée de l'African Queen, plus tard mis en images dans un film du même nom. Le Graf von Götzen a été sorti de l’eau par les belges et remorqué à Kigoma, mais a de nouveau coulé à son lieu d’amarrage lors d’une tempête. Il a été sorti de l’eau une nouvelle fois en 1921 et a repris du service le 16 mai 1972 sous le nom de Liemba. Il navigue depuis sur le lac Tanganyika.

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Blocus de l’Allemagne et la bataille de l’Atlantique (1914-1919)

Le blocus de l’Allemagne est une opération sur la durée lancée par les Alliés pour restreindre l’approvisionnement de matériaux et de nourriture des Empires centraux, dont l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et la Turquie. C’est alors un des éléments clés de l’éventuelle victoire des Alliés. Une étude académique de 1928 recense le nombre de morts pour cause de famine à 424 000. La bataille de l’Atlantique, ou guerre sous-marine, est le combat des sous-marins  allemands (U-boote) contre les voies commerciales des Alliés, en représailles du blocus. Elle s’est principalement déroulée dans les mers entourant les Iles Britanniques et en Méditerranée.

Une perte importante de la guerre sous-marine a été le navire Lusitania, qui a été torpillé le 7 mai 1915 au large des côtes du sud de l’Irlande. 1195 personnes sont mortes. La perte de 123 américains parmi les victimes a encouragé le développement du sentiment anti-allemand aux  États-Unis, ce qui a conduit à la déclaration de guerre  des  États-Unis de 1917. L’attention des médias due à la très grande perte en vies humaines, le débat sur le fait de savoir si des munitions étaient ou non à bord (ce qui fait du navire une cible militaire légitime) ainsi que la rumeur de la présence de précieuses œuvres d’art à bord ont contribué à faire connaître cette épave. Elle a été par la suite très lourdement endommagée par des activités destructrices.  

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Bataille de Jutland (débute le 31 mai 1916)

La bataille de Jutland (en allemand : Skagerrakschlacht) a vu s’opposer la marine britannique à la marine allemande les 31 mai et 1er juin 1916, dans la mer du Nord, près de la péninsule danoise de Jutland. C’est la plus grosse bataille navale de la Première Guerre mondiale, et le seul affrontement généralisé de cuirassés.

Les pertes britanniques totales s’élèvent à 6784 hommes, les pertes allemandes à 3039 hommes, ce qui donne un total de 9823 hommes. Au cours de la bataille, les britanniques ont perdu les croiseurs Indefatigable, Queen Mary et Invincible, les cuirassés Black Prince, Warrior et Defence, le conducteur de flottille Tipperary et les destroyers Shark, Sparrowhawk, Turbulent, Ardent, Fortune, Nomad, et Nestor. La flotte impériale allemande, quant à elle, a perdu le croiseur Lützow, le Cuirassé pré-Dreadnought Pommern, les croiseurs légers Frauenlob, Elbing, Rostock, Wiesbaden et les destroyers (navires contre-torpilleurs) V48, S35, V27, V4, et V29.

L’épave de l’Invincible a été retrouvée par le dragueur de mines HMS Oakley en 1919. Après la Seconde Guerre mondiale, certaines des épaves ont été sujettes à une récupération commerciale. Par exemple, le rapport de l’agence hydrographique pour le SMS Lützow montre que des opérations de récupération ont eu lieu à bord de l’épave en 1960.

En 2000-2001, une série d’expéditions de plongée a permis de localiser les épaves du Defence, de l’Indefatigable et du Nomad. Au cours de ces expéditions, il a été découvert que l’Indefatigable avait également été mis en pièces par des pilleurs. En 2003, une enquête détaillée sur les épaves de la bataille du Jutland a été conduite. Les 14 vaisseaux britanniques perdus au cours de la bataille ont été désignés comme sites sous la protection de la Loi britannique pour la Protection des restes militaires (Protection of Military Remains Act). En 2000, l’épave du navire allemand Frauenlob, largement intacte, a été localisée par des plongeurs danois. L’épave repose verticalement sur le sol océanique et presque en un seul morceau. Le mât arrière repose sur le sable avec le nid-de-pie toujours en place. Des restes humains sont toujours dans l’épave. 

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Bataille du détroit d’Otrante (débute le 14 mai 1917)

Au cours de cette bataille, la plus étendue de la Première Guerre mondiale en mer Méditerranée, la marine austro-hongroise attaque le barrage des Alliés du détroit d’Otrante. Ils coulent deux navires italiens en faisant route vers Otrante et coulent quatorze navires de patrouille alliés à la hauteur du barrage. Mais une fois cette mission accomplie, deux croiseurs britanniques,  Darmouth et Bristol, quatre destroyers italiens et le conducteur de flottille italien Aquila leur barrent la route du retour. Aquila, Darmouth et deux destroyers ont été endommagés dans les combats qui s'en sont suivis, et un destroyer a été coulé par une mine. 

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Raid sur Zeebrugge et Ostende (débute le 23 avril 1918)

Zeebrugge et Ostende étaient un passage obligé pour les sous-marins allemand basés à Bruges. Le raid de Zeebrugge, qui a lieu le 23 avril 1918, est une tentative de la Royal Navy britannique de neutraliser le port en coulant trois anciens navires britanniques, les HMS Thetis, Intrepid et Iphigenia, dans le canal d’entrée, pour empêcher les navires allemands de quitter le port. Presque 200 membres d’équipage sont morts, mais deux des trois navires sont parvenus à se saborder à l’endroit prévu (le troisième a coulé trop tôt) et leurs épaves ont bloqué le port de Zeebrugge pendant deux jours. Les forces allemandes ont ensuite rouvert le passage.  

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Le sabordage de la flotte allemande à Scapa Flow (21 juin 1919)

Bien que cet événement ne puisse être qualifié de bataille, il faut mentionner le sabordage dramatique de la flotte allemande à Scapa Flow le 21 juin 1919, c'est-à-dire après l’armistice du 11 novembre 1918. Le contre-amiral Ludwig von Reuter était convaincu que les hostilités navales reprendraient bientôt. 72 navires allemands ont ainsi été sabordés pour les empêcher de tomber entre les mains ennemies. Beaucoup d’entre eux ont été récupérés du fond marin. Cependant, certains, dont les cuirassés Kronprinz Wilhelm, Markgraf, König et les croisés légers Karlsruhe, Dresden, Brummer et Cöln n’ont pas été enlevés et demeurent une attraction pour les plongeurs. 

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Bataille des îles Falkland (8 décembre 1914)

L’amiral allemand von Spee attaque le 8 décembre 1914 la station de radio  et le dépôt de charbon, postes britanniques sur les îles Falklands dans l’Atlantique du Sud. Toutefois, les britanniques l’attendent avec un escadron moderne et bien équipé. Quatre croiseurs allemands, le  Scharnhost, Gneisenau, Nürnberg  et Leipzig ainsi que  les navires de flotte Santa Isabel et Baden ont été coulés. Un navire plus éloigné, le SMS Dresden, a été coulé peu de temps après. 2200 soldats ont été tués. La cloche du Dresden, pesant 115 kilos et décorée de l’aigle impérial, a été récupérée de l’épave en 2006 par 70 m de fond, et est maintenant en Allemagne. 

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Bataille de Coronel (débute le 1er novembre 1914)

Cette bataille s’est déroulée au large de la côte du Chili, au large de Coronel, entre les forces britanniques et allemandes. Le contre-amiral allemand von Spee décide d’attaquer le 1er novembre 1914. Les navires britanniques Monmouth et Good Hope ont été détruits et coulés. Il n’y a eu aucun survivant de ces deux navires. Les forces allemandes n’ont souffert que des dommages peu importants.

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Le bombardement de Papeete (22 septembre 1914)

Les croiseurs cuirassés allemands SMS Scharnhorst et Gneisenau entrent dans le port de Papeete, à Tahiti, en septembre 1914 et coulent la canonnière française Zélée et le cargo Walküre avant de bombarder les fortifications de la ville. L’épave du Zélée est toujours préservée sous l’eau et est devenue un site de plongée courant. 

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