06.05.2014 - UNESCO Office in Dakar

Entretien : La culture est une ressource pour le développement en Afrique

« Nous voulons simplement remettre au cœur du débat la question de la culture sur le développement du continent africain. La culture qui est à la base de la créativité, de l’innovation et favorise le lien social » affirme Francisco d’Almeida, Directeur de l’ONG Culture et développement, partenaire fidèle de l’UNESCO. Il partage ici son point de vue et son expérience sur le rôle de la culture pour le développement en Afrique. Il se prononce également sur la stratégie de développement culturel au Burkina Faso avec la mise en place d’un centre culturel Le Reemdoogo.

Quel est selon vous l’enjeu de la Culture pour le développement ? Quelle place devrait-elle occuper dans les politiques de développement ?

La culture est transversale et nécessaire à tous les aspects du développement. Les difficultés rencontrées par les stratégies adoptées jusqu’ici pour réduire la pauvreté nous conduisent à reconsidérer les approches et à prendre en compte l’identité et les valeurs de nos populations ainsi que les moyens culturels à mettre à leur disposition.

Afin d’agir pour notre développement, nous avons besoin de nous appuyer sur nos propres racines culturelles pour y puiser la confiance en nous-mêmes. C’est à partir de sa culture qu’un peuple se met en mouvement pour répondre aux défis auxquels il est confronté. La culture est le socle sur lequel se fondent l’organisation et le fonctionnement de la société. Elle détermine le chemin du développement économique et social qu’un peuple doit emprunter.

Quelle est la stratégie de développement culturelle mise en place par le Burkina Faso ?

Au Burkina Faso, le Gouvernement a retenu l’artisanat et les industries culturelles et touristiques comme l’un des secteurs prioritaires à réorganiser dans le cadre de sa « Stratégie de croissance accélérée et de développement durable 2011-2015 (SCADD). Cette orientation majeure a été confirmée et précisée en 2012 par le « Programme d’action du Gouvernement pour l’émergence et le développement durable » qui fait également de la décentralisation, notamment culturelle, un enjeu important du développement du Burkina Faso. En effet, « placer le Burkina Faso sur le chemin de l’émergence commande d’avoir toujours à l’esprit que chaque localité est une entité disposant de potentialités économiques, socio- culturelles et artistiques spécifiques à mettre en valeur ».

Les limites de notre tissu industriel qui est embryonnaire et ses difficultés à tirer à lui seul l’économie nationale nous ont conduits à diversifier les sources de création d’emploi et de richesse. C’est pourquoi, à titre-pilote, le Gouvernement et la Commune de Ouagadougou collaborent pour diversifier l’économie locale dans une perspective de développement durable en prenant appui sur nos ressources culturelles.

Comment l’Etat arrive-t-il à relever les défis jeunesse, urbanisation, culture et développement à Ouagadougou?

Comme beaucoup de villes africaines, Ouagadougou connaît une croissance démographique forte et rapide, caractérisée par une forte proportion de jeunes dans sa courbe démographique et une urbanisation accélérée. Dés lors il convient de maîtriser les différents impacts sur l’environnement et sur le bien – être de la population.

Dans le cadre de la compétence culture que lui a transférée l’État, la Commune de Ouagadougou a pris en compte l’importance sociale, culturelle et économique de la musique et sa capacité à offrir aux jeunes des opportunités d’activités génératrices de revenus. D’où la nécessité à créer un environnement technique et matériel favorable au développement de cet art.

Et existe-il d’infrastructures de qualité mise à la disposition de cette population pour atteindre cette objectif?

Oui. Dans un effort visant à renforcer le marché national de la musique, le Burkina Faso a reçu un soutien par le biais de la Convention de l'UNESCO de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles pour la mise en place d’un centre de ressources et d'une pépinière d’industries culturelles, " le jardin de la musique Reemdoogo » à Ouagadougou. Le but de cette pépinière est de stimuler l'industrie nationale de la musique à travers des institutions et le renforcement des capacités des entrepreneurs dans la création, le développement et la gestion des PME.

Pour cela, un dispositif d’appui au développement de la musique a été mis en place autour du Jardin de la musique – Reemdoogo, un centre de ressources qui est destiné à structurer la filière de la musique. Il appuie la création musicale avec la mise à disposition de locaux de répétition entièrement équipés, favorise la diffusion avec une salle semi - couverte de 500 places et facilite, par des activités de formation, d’information et de conseil, la professionnalisation des acteurs aux métiers de la musique.

Le Reemdoogo est une pépinière d’entreprises culturelles destinée à conseiller, former et informer de jeunes entrepreneurs de la filière musique en collaboration avec la Maison de l’entreprise/ Chambre de commerce et d’industrie et le Ministère de la Culture et du Tourisme. Ce programme mobilise un réseau de formateurs et de conseillers, la pépinière d’entreprises a permis de former et d’accompagner en deux années 117 entrepreneurs et opérateurs culturels.

Le dispositif Reemdoogo a contribué à une transformation réelle de la vie musicale. Il a relancé le dynamisme de la filière musique et revitalisé la pratique instrumentale et notre héritage musical. En organisant des ateliers de formation de jeunes instrumentistes, il a favorisé l’éducation musicale notamment de jeunes filles particulièrement motivées. En accompagnant les jeunes professionnels, il a contribué à la fusion des musiques modernes et traditionnelles et renforcé la diversité culturelle de l’offre musicale. En plus de la création d’emplois pour des jeunes du quartier où il est implanté, il a contribué a transformé son environnement immédiat avec une route bitumée et de nouvelles activités de restauration et de loisirs pour les Ouagavillois.

Beaucoup d’efforts sont actuellement fournis pour la promotion de la culture dans le développement, notamment dans le financement des industries culturelles, cette lutte serait-elle d’ordre purement commercial ? La Convention UNESCO sur la diversité des expressions culturelles, la Coopération française, la Ville de Grenoble, la Commission européenne, l’association Culture et développement et le Programme intra-ACP Culture ont uni leurs efforts pour inscrire la culture dans leur programme de coopération au développement durable. Et lorsque nous disons vouloir mobiliser davantage la culture pour le développement durable, nous ne cherchons pas à défendre les intérêts d’une industrie ou à créer une nouvelle classe de consommateurs. Non. Nous voulons simplement remettre la culture au cœur du débat sur le développement. Car comme je l’ai dit en d’autres termes, les limites des modèles actuels résident justement dans l’hégémonie accordée à l’économie sur le social, l’environnement et les droits.

En mettant en valeur nos expressions culturelles, c’est la société elle-même qui se met en valeur. C’est aussi en donnant aux citoyens les moyens de s’approprier leur développement, de s’y reconnaître et d’exprimer leur créativité que l’action publique rend possible la construction du développement durable.

En savoir davantage sur le Reemdogo

http://www.culture-developpement.asso.fr/wp-content/uploads/2014/05/Reemdoogo.pdf

http://www.culture-developpement.asso.fr/a-propos-de-cd/nos-actions/ingenierie-culturelle/reemdoogo-ii/




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