17.01.2013 - UNESCO Office in Dakar

Interview : Pourquoi l’enseignement de l’holocauste est-il pertinent en Afrique

Yao Ydo de l'UNESCO-Dakar © UNESCO/Anne Muller

À l'occasion de la Journée internationale en mémoire des victimes de l'Holocauste le 27 janvier, Yao Ydo, Chef de la section de l'éducation pour la paix et le développement durable a l’UNESCO-Dakar explique pourquoi cette journée est importante dans le contexte africain.

La journée a été décidée par l’’Assemblé générale des Nations Unies en 2005 pour promouvoir l'enseignements de l’Holocauste afin d’aider à prévenir les actes de génocide.

L’enseignement de l’holocauste est-il pertinent dans le contexte Africain ?

Oui tout à fait car c’est un exemple extrême de violations massives de droits humains et le point de départ de toute une réflexion sur l’histoire et la prévention des génocides. Regardez ce qui s’est passé en 1994 au Rwanda où le génocide des Tutsi a emporté plus d’un million de personnes en 100 jours à l’issue de souffrances sans nom. De plus, sur le continent des violences intercommunautaires sont rapportées régulièrement. 

Il serait donc bien d’enseigner l’Holocauste et, plus généralement, l’histoire des génocides pour qu’il n’y ait plus jamais ça dans le monde. Cela nous permet de bien comprendre les mécanismes qui conduisent à la violence et ainsi de me s’en prémunir.

L’holocauste a une valeur pédagogique majeure indéniable à faire profiter l’Afrique et le reste du monde pour l’émergence de « citoyens nouveaux », épris de paix, de tolérance et de respect de la vie et de la dignité humaine. 

Quels sont les défis auxquels cet enseignement pourrait être confronté ?

Le défi majeur est de réussir à inclure dans les systèmes éducatifs l’histoire des génocides et leurs conséquences à travers des contenus contextuellement adaptés et acceptables. 

Qu’a fait l’UNESCO à ce jour pour introduire cet aspect dans l’éducation formelle ?

Actuellement, l'UNESCO Dakar a en cours une réflexion bien avancée dans le cadre de la promotion de l’Education aux valeurs avec un aspect relatif au respect de la dignité humaine. 

Les réflexions et actions envisagées mèneront notamment à la prise en compte des génocides et autres violations massives des droits humains dans les politiques et contenus éducatifs. 

Très récemment, du 11 au 13 septembre 2012 s’est tenue au Cap (Afrique du Sud), une réunion portant sur le thème Pourquoi enseigner les génocides : l’exemple de l’holocauste. 

La réunion a rassemblé d’imminentes personnalités (historiens, professeurs, hauts cadres des Ministères de l’éducation des 14 pays de l’Afrique sub-saharienne) qui ont échangé sur l’enseignement des génocides et le rôle de l’éducation sur la gestion des passées traumatiques et la prévention des génocides et des violences de masse. 

Pouvez-vous nous dire quelles ont été les recommandations principales de cette rencontre ?

A la fin des travaux, et en termes de suivi, les étapes suivantes ont été proposées comme recommandations et actions à prendre par chacun des participants à son retour au pays:

Faire un briefing des résultats de l'atelier à son Ministre et à ses collègues et collaborateurs;Se documenter sur l'éducation à l'holocauste et aux génocides afin d'en devenir une personne ressource;Plaider pour une prise en compte de l'Education aux génocides dans les enseignements;Rapporter régulièrement à l'UNESCO les progrès et avancées en la matière

Tous les pays participant se sont engagés à refléter dans les contenus de l’éducation les questions liées à la citoyenneté et aux droits humains. La réunion du Cap a permis de rassembler des éléments pour alimenter la prise en compte des génocides dans les curricula.

Ce 21 janvier sera organisée au BREDA une vidéoconférence à laquelle prendront part les Bureaux de l’UNESCO à Bujumbura, Libreville, Kinshasa, Yaoundé et Dakar. L’activité sera présidée par le Ministre de l’Education du Sénégal.

Que prévoyez-vous comme activité le 27 janvier ?

Pour commémorer la journée internationale de l’holocauste, outre la visioconférence du 21 janvier, il sera organisé le 28 Janvier à Dakar une conférence sur le même thème. Cette activité a été initiée par l’Ambassade d’Israël à Dakar avec l’implication de la Commission nationale sénégalaise pour l’UNESCO et notre Bureau. 

Nous contribuerons à cette réflexion par une conférence et mettrons à disposition des films sur la thématique qui seront projetés pour susciter et enrichir les débats.

Qu’attendez-vous exactement de ces événements ?

Nous attendons de la visioconférence du 21 janvier des réflexions et propositions sur le rôle des médias dans la prévention des génocides et, à l’inverse, comment éviter qu'ils deviennent partie intégrante de tels actes extrêmes de violations des droits de l'homme.




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