01.08.2010 -

Bouthaïna Abdelwahed Abdelsalam transforme les rêves en réalité dans le cadre du projet lauréat d’alphabétisation des zones rurales égyptiennes

©Bouthaïna A. Abdelsalam

Mère de deux enfants, Bouthaïna Abdelwahed Abdelsalam est responsable du développement au sein du programme « Des filles pour la famille », à Abou-Achour, en Égypte. Le Gouvernorat d’Ismaïlia - qui gère le programme - a remporté le Prix d’alphabétisation UNESCO Confucius 2010. Le prix a récompensé son approche de l’alphabétisation et du développement personnalisée et centrée sur les besoins.

Bouthaïna a raconté à EduInfo comment la réussite du programme « Des filles pour la famille » a donné confiance à l’ensemble de la communauté d’Abou-Achour, aux femmes en général, et à elle-même en particulier.

Quand avez-vous commencé à travailler pour le programme « Des filles pour la famille » ?

J’ai commencé en janvier 2010.  J’ai d’abord suivi pendant six mois une formation de responsable du développement à Ismaïlia, puis je suis rentrée à Abou-Achour afin de travailler auprès de 10 familles. Chaque famille est composée en moyenne de sept membres.  

Pouvez-vous nous donner des exemples d’enfants qui sont retournés à l’école grâce au programme ?

Hossam Hassan Mohamed Hussein, un garçon de la région âgé de 10 ans, avait perdu ses deux parents quand il était en bas âge. Au lieu d’aller à l’école, il travaillait pour survivre. Il vivait en marge de la société, fumait, et était considéré comme perdu. La communauté l’a adopté et a financé son retour à l’école.   

Un autre garçon de 10 ans, Karim Hamad Mohamed, avait quitté l’école à l’âge de huit ans peu après le décès de son père, et travaillait pour aider sa mère. La communauté a contribué aux ressources de sa mère, ce qui a permis à Karim d’arrêter de travailler et de retourner à l’école.  

Les enfants avaient besoin d’être préparés à l’école. Dans le cadre du programme, j’ai organisé des cours d’alphabétisation à domicile pour Hossam, Karim et d’autres enfants dans la même situation. Globalement, j’ai personnellement réussi à faire en sorte que 24 enfants de 10 à 15 ans aillent ou retournent à l’école.   

Le programme « Des filles pour la famille » accorde beaucoup d’importance à la santé. Est-ce que cela a un impact sur les résultats ?  

Eh bien, dans le cas d’une femme dénommée Oum Nabil, cela a probablement sauvé sa vie ! Oum était l’une des 212 femmes pour lesquelles j’ai organisé un convoi afin qu’elles puissent se rendre à l’hôpital d’Ismaïlia et subir des bilans de santé, notamment des mammographies. Oum avait un cancer du sein. Heureusement, il a été diagnostiqué suffisamment tôt et elle a bien supporté le traitement.  

Les campagnes d’information étaient une composante importante du programme, notamment pour les femmes. Centrées sur l’accouchement et le planning familial, elles ont eu des résultats positifs. Nous avons également communiqué et organisé des ateliers sur d’autres aspects de la vie communautaire qui pourraient être améliorés, par exemple sur les effets de la pollution, l’importance du maintien des enfants à l’école, la nécessité d’acquérir de nouvelles compétences ou les clés de la création d’une petite entreprise. 

Est-ce que des personnes ont trouvé un emploi grâce au programme ?

Oui, grâce à la structure de formation consacrée à l’alphabétisation et au microcrédit. Une femme, Souad Mohamed Ahmed, a contracté un petit emprunt et a acheté trois moutons et trois chèvres. Aujourd’hui, elle a un troupeau de cinquante têtes et gère une affaire liée à la vente de leurs produits : lait, fromage, etc. Elle s’est très bien débrouillée ! 

Une autre femme de la région, Haja Swassan, s’est retrouvée seule avec deux fils et une fille. Après le décès de son époux, elle avait besoin d’un revenu. Grâce au programme, sans diplôme de fin d’études secondaires, elle a trouvé un emploi au ministère de la Santé. Haja est l’une de nos plus belles réussites. Sa fille travaille avec nous dans le cadre du programme.  

« Des filles pour la famille » a aidé les membres des familles à remplir des formulaires et à effectuer des démarches administratives. Quels ont été les services les plus fréquemment sollicités ?  

Pour les femmes, obtenir des cartes d’identité. Dans les zones rurales égyptiennes, de nombreuses femmes n’existent pas d’un point de vue administratif. La demande était donc importante. Les réponses aux offres d’emploi sont arrivées en seconde position. L’accès aux services publics était aussi un problème important : globalement, nous avons réussi à faire raccorder 180 maisons aux réseaux d’approvisionnement en eau et en électricité. Nous avons également obtenu des permis de construire pour sept boulangeries. Le Gouverneur d’Ismaïla a été particulièrement bienveillant.   

Quelle est la réalisation dont vous êtes la plus fière depuis que vous travaillez pour « Des filles pour la famille » ?  

J’ai créé un dispensaire, pour la communauté, dans une localité où il n’y avait aucune infrastructure sanitaire. C’est un résultat très gratifiant.   

Est-ce que les responsables du développement du programme « Des filles et des femmes » ont toutes le même niveau d’études ?

À peu près la moitié d’entre elles sont allées à l’université. Moi, par exemple, je suis titulaire d’une licence de lettres. L’autre moitié a achevé le premier cycle du secondaire.   

Est-ce que l’image des filles et des femmes a changé depuis la mise en œuvre du programme ? Et de quelle façon votre propre vie a-t-elle changé ?

Le programme m’a donné un nouveau rôle au sein de la société et j’ai davantage confiance en moi. Il a modifié la façon dont les gens me regardent ; même mes enfants me regardent différemment ! Je suis fière d’être au service de mes proches et d’autres familles.

J’ai un message à vous faire passer de la part de ma communauté. Ils m’ont demandé de vous dire ceci : « Nous pouvons tout faire à présent ! Nous pouvons transformer nos rêves en réalité ! »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




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