28.04.2009 -

La Princesse Laurentien des Pays-Bas, Envoyée spéciale de l’UNESCO pour l’alphabétisation au service du développement

© Sebastiaan ter Burg

La Princesse Laurentien défend la cause de l’alphabétisation depuis plus de vingt ans. Le 24 mars dernier, elle a été nommée Envoyée spéciale pour l’alphabétisation au service du développement dans le monde entier.

Elle livre à EduInfo comment elle envisage d’utiliser ce nouveau statut et ce qu’elle attend de la Sixième Conférence mondiale sur l’Éducation des adultes qui aura lieu au Brésil en mai, où elle délivrera un discours liminaire.

Pourquoi avez-vous choisi de vous engager spécifiquement en faveur de l’alphabétisation ?
La première fois que j’ai pris conscience des conséquences profondes de l’analphabétisme, tant pour les individus que pour la société en général, c’était il y a presque vingt ans aux États-Unis. Des années plus tard, alors que je vivais en Belgique, j’ai enseigné à des adultes analphabètes en tant que bénévole. J’y ai fait l’expérience de l’humilité. En partageant l’histoire de leur vie avec moi, ces adultes qui avaient eu le courage de retourner à l’école m’ont aidée à mieux comprendre ce que cela représente de devoir se débrouiller dans une société lorsqu’on est analphabète.

À l’heure actuelle, la question de l’alphabétisation n’a jamais revêtu une importance aussi cruciale pour le développement. Dans notre monde numérique régi par le savoir, la capacité à lire et à écrire est une condition sine qua non pour communiquer. L’alphabétisation et au cœur même de presque toutes les connaissances. Les avantages qui en résultent sont innombrables dans tous les aspects de la vie personnelle, sociale et économique. Je suis très préoccupée par l’énorme fossé qu’il reste à combler pour atteindre l’objectif de l’Éducation pour tous de réduire d’ici à 2015 le nombre d’analphabètes. Il faut absolument que l’alphabétisation des jeunes et des adultes passe en tête des priorités socio-économiques, tout comme l’enseignement primaire pour les enfants. Toutes ces questions sont étroitement liées entre elles mais, je le répète, tout commence avec l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et du calcul.

Les chiffres au niveau mondial sont tout simplement désastreux. Quelque 776 millions d’adultes ne disposent pas des compétences suffisantes en termes de lecture et d’écriture pour pouvoir être autonomes. Plus de 75 millions d’enfants ne vont pas à l’école. Et dans les pays développés, de 5 à 20 % de la population ne disposent pas des compétences de lecture, écriture et calcul qui leur permettraient de s’en sortir. C’est ce que j’appelle une vérité qui dérange, mais qui n’a rien de fatal. Je m’engage donc activement pour contribuer à résoudre ce problème.

Ce qui me préoccupe particulièrement, c’est la manière dont les pays développés perçoivent ce problème et comment ils y répondent. Des enquêtes révèlent l’étendue et la portée du manque de qualifications et de compétences de base dans la population adulte des pays européens. On continue d’avoir une perception fausse de qui est touché par l’analphabétisme en Europe – ce ne sont pas seulement les immigrants ou les personnes ayant des besoins spécifiques. Prenons les Pays-Bas, par exemple, avec 1,5 million de personnes fonctionnellement analphabètes : les deux tiers d’entre elles sont nées et ont grandi dans notre pays. La situation est identique dans de nombreux autres pays développés. La toute première étape consisterait donc d’abord à ce que chaque pays reconnaisse qu’il a un taux étonnamment élevé d’analphabètes. C’est une prise de conscience difficile mais indispensable et à la portée de tout le monde, et un préalable à la définition de solutions adaptées.

Comment vous êtes-vous impliquée dans le travail d’alphabétisation aux Pays-Bas ?
Ma principale initiative a été de créer la Fondation pour la lecture et l’écriture (Stichting Lezen & Schrijven) en 2004. La fondation a un rôle actif dans la mobilisation des divers acteurs de la société pour qu’ils interviennent dans leur zone d’influence pour prévenir et diminuer l’analphabétisme (fonctionnel). Les principaux objectifs de cette fondation sont d’accroître la prise de conscience, de créer une synergie entre les experts et des acteurs auxquels on ne s’attendait pas, de développer des projets pilotes et d’impliquer d’autres acteurs pour diffuser plus largement des solutions concrètes. Nous travaillons notamment sur l’effet boule de neige pour atteindre et impliquer les partenaires économiques, sociaux et gouvernementaux qui peuvent apporter une contribution significative dans ce domaine. Nous choisissons des projets prometteurs et novateurs qui s’attaquent au problème de l’alphabétisation des jeunes et des adultes, mais mobilisent également le monde de l’entreprise, les parents et les organisations éducatives. Nous avons bâti notre approche sur « le marché » de l’alphabétisation en créant et en mettant en adéquation l’offre et la demande : une réponse diversifiée en terme d’initiatives éducatives formelles et non formelles et un appel à ce type d’initiatives auprès de toutes sortes d’organisations intégrées à la société – des syndicats aux prisons, des autorités nationales aux locales, et des entreprises aux centres de santé pour les enfants.

Dans le domaine plus général de la langue et de l’apprentissage, j’occupe des fonctions honoraires au sein de la Société de la langue hollandaise, de la Bibliothèque Braille des Pays-Bas et de l’Association néerlandaise des bibliothèques publiques.

Comment comptez-vous faire usage de votre fonction d’Envoyée spéciale pour l’alphabétisation au service du développement ?
J’aimerais tout d’abord dire que je suis ravie de travailler avec l’UNESCO de façon plus formelle dans cette nouvelle fonction. J’ai l’intention de travailler en collaboration étroite avec les experts, en apportant une valeur ajoutée là où je peux au cadre d’action fourni par la Décennie des Nations Unies pour l’Alphabétisation (DNUA, 2003-2012). Ce cadre propose une nouvelle vision de l’alphabétisation en la replaçant au cœur de l’Éducation pour tous et en promouvant celle-ci comme un enjeu majeur pour le développement, la santé et le bien-être des peuples partout dans le monde. Je serai le porte-parole de ces messages qui me semblent d’une importance cruciale en espérant que ma contribution aura un impact et créera de nouvelles dynamiques. L’alphabétisation devrait être l’affaire de tous, car elle s’inscrit au cœur de nos sociétés. Je plaiderai notre cause pour faire naître une conscience plus aiguë, un plus grand engagement et des actions concertées pour relever le défi de l’alphabétisation. Pour s’attaquer à ce problème structurel complexe, nous aurons parfois besoin de sortir de nos cadres de pensée de façon à trouver des solutions et impliquer les divers acteurs, que ce soit les gouvernements, les entreprises, les municipalités, les experts de l’éducation ou les analphabètes eux-mêmes. Ce n’est qu’en joignant tous nos forces que nous pourrons avoir un réel impact. Ce ne sera donc une surprise pour personne si je me consacre tout particulièrement à ceux qui ne sont pas encore suffisamment conscients ou engagés dans cette cause plutôt qu’à ceux qui sont déjà convaincus. En résumé, j’espère très sincèrement pouvoir contribuer à réaliser les objectifs fixés par la Décennie des Nations Unies pour l’alphabétisation à l’horizon 2012 : accroître la mobilisation en faveur de l’alphabétisation, renforcer la mise en œuvre des programmes d’alphabétisation, et enfin dégager de nouvelles ressources.

Quels sont les principaux messages que vous souhaitez faire passer en ce qui concerne « l’alphabétisation au service du développement », titre de votre poste d’Envoyée Spéciale de l’UNESCO ?
L’alphabétisation concerne tout le monde, et par conséquent se situe au cœur même de notre société. Je voudrais donc lancer un appel à tout le monde pour que nous unissions nos forces au bénéfice du développement des individus comme des sociétés. L’alphabétisation est un levier puissant au service du développement humain. Grâce à elle, on a la possibilité de continuer à apprendre dans le cadre de l’apprentissage tout au long de la vie. C’est elle qui conduit à l’autonomie, l’intégration sociale, la santé et à de meilleures conditions de vie. Tout le monde mérite de bénéficier de ces perspectives. C’est pourquoi il est urgent de mobiliser la société tout entière pour régler cette question de l’analphabétisme structurel, en reliant prévention et réduction. J’aimerais convaincre les acteurs clés du potentiel énorme que représente l’alphabétisation et leur démontrer également ce que coûte l’analphabétisme à nos sociétés. Et tout cela dans un tel contexte qu’il n’y a plus de temps à perdre.

Quelle sera votre implication dans la Sixième Conférence internationale sur l’Éducation des adultes (CONFINTEA VI) qui va avoir lieu à Belém au Brésil ? Qu’attendez-vous de cette conférence ?
La Conférence de Belém va offrir une plate-forme unique de dialogue sur les politiques à adopter et de promotion de la cause de l’éducation pour adultes et de l’éducation à un niveau global puisqu’elle va rassembler des États membres, des agences des Nations Unies, des agences de coopération multilatérales et bilatérales, des organisations de la société civile, le secteur privé et des apprenants du monde entier. Lors de mon allocution à l’ouverture de la conférence, j’ai l’intention de partager avec un large public mes préoccupations et mes idées sur l’avenir, en particulier en ce qui concerne l’alphabétisation des adultes. Je souhaite tout particulièrement attirer l’attention sur le rôle crucial de l’alphabétisation pour le développement et pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement. (Photo © Sebastiaan ter Burg)

Travail en cours de l’UNESCO en vue de l’alphabétisation




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