28.04.2009 -

Entretien avec Charles Hopkins, Directeur de la Chaire UNESCO sur l’éducation pour le développement durable, Université de York, Canada

UNESCO

La crise du marché financier est un exemple typique d’une situation où le développement durable fait défaut. Êtes-vous optimiste quant à l’avenir du monde ?
Pour les très nombreux pauvres de la planète, c’est un désastre. Aussi ne suis-je pas très optimiste. Mais la bonne nouvelle, c’est que l’on prend conscience qu’on ne peut pas soudainement passer des questions liées à l’environnement à la recherche de solutions sur les questions économiques et sociales de façon isolée comme on l’a fait par le passé. Nous sommes désormais capables d’envisager le marché de façon concertée à travers le concept de développement durable. C’est pourquoi finalement je suis optimiste quant à notre aptitude à une meilleure récupération. Entre-temps cela va être très, très dur pour de très nombreux pauvres dans le monde.

A votre avis, quel secteur reste à la traîne ? Est-ce la société, l’économie ou la politique ?
Du point de vue de l’Éducation pour le développement durable (EDD), je dirais que c’est la société en général. De nombreux pays dans le monde n’ont pas d’EDD intégrée, ni même de stratégie de développement durable. Souvent, la société dans ces pays n’est pas engagée. Dans d’autres pays, on constate que la société dans son ensemble n’a même pas été sensibilisée à l’idée de développement durable. Mais il faut que le public prenne conscience de l’EDD et comprenne ses programmes. Nous avons besoin de programmes de formation à tous les niveaux et nous avons besoin de meilleurs programmes éducatifs qui prennent en compte la question de la durabilité. Une fois la société informée, nous sommes bien plus en mesure de chercher des solutions aux questions environnementales et économiques de façon équitable et informée.

Les écoles sont une interface importante dans l’éducation pour le développement durable. Si les jeunes en acquièrent la connaissance et les valeurs, ils sont plus susceptibles de penser et d’agir avec des effets durables. Comment les élèves peuvent-ils mieux apprendre pour comprendre une question aussi abstraite que la durabilité ?
L’une des meilleures façons de procéder est de ne pas utiliser le terme durable, surtout avec les élèves les plus jeunes. L’EDD doit prendre en compte les véritables problèmes des élèves et des enseignants, comme les questions liées au partage, à l’attention portée aux autres ou aux relations entre eux avant qu’il soit possible de passer lentement d’une position centrée autour du « moi » à une position centrée autour du « nous ». Il faut d’abord travailler sur les questions environnementales et sociales qui leur sont propres puis petit à petit construire une perspective plus globale, tel est le mode de fonctionnement qui peut marcher pour les écoles. L’une des composantes importantes de l’engagement que l’éducation formelle peut prendre envers le développement durable est de faire appel à celui-ci pour répondre aux exigences académiques. L’accès à une éducation de qualité et le maintien de celle-ci est une dynamique partagée par l’EDD et le système scolaire. Travailler sur les problèmes relatifs à ce qui est durable pour développer l’esprit critique n’est qu’un des nombreux exemples où les objectifs respectifs se superposent. Pour commencer il faut se concentrer sur les compétences propres à chaque âge. Ces compétences vont bien au-delà des connaissances factuelles, elles comportent des savoir-faire, des valeurs, des perceptions et des compétences en terme d’action. Néanmoins, l’EDD se fait sur place et elle doit être développée en relation avec un milieu local et culturel donné.

Quelles sont les bonnes pratiques en matière d’EDD au niveau scolaire ?
Le point de départ, ce sont les programmes. Qu’est-ce qui est enseigné et quels sont les modèles proposés ? Si nous essayons de promouvoir la démocratie, nous devons mettre en place un modèle démocratique dans la classe. Quels types de modèles de gouvernance avons-nous au sein même de l’école ? Voilà le genre de choses superficielles que l’on peut considérer comme de bonnes pratiques. Mais il y en a d’autres, beaucoup plus profondes. A quoi consacrons-nous nos ressources et notre temps ? Qu’évaluons-nous et sur quoi informons-nous ? Qu’est-ce que notre système scolaire tout entier modélise dans ses achats, ses repas, ses bâtiments ? Le système doit affirmer la priorité de l’EDD, le financer, évaluer ses progrès et faire des rapports sur ce qui a été accompli. C’est ainsi que les enseignants, les élèves et l’équipe dirigeante de l’école comprendront que l’EDD est importante et non pas simplement un autre thème périphérique.

Pensez-vous que les enseignants aient déjà pris conscience de l’importance de l’éducation pour le développement durable ?
En général, ils le comprennent intuitivement et sont d’accord. Mais ils disent souvent qu’ils manquent de temps compte tenu du programme et qu’ils manquent de ressources. Certains enseignants pensent qu’il ne s’agit là que d’une autre question de société que les écoles doivent traiter mais sans formation préalable, sans apport financier ou sans ressources humaines. Pour changer ça, nous avons absolument besoin de l’engagement de dirigeants expérimentés dans le domaine de l’éducation. Il faut qu’ils comprennent ce que l’EDD représente, qu’ils soient mandatés et reçoivent des ressources pour pouvoir développer des plans stratégiques et concertés de mise en œuvre. Il nous faut également travailler avec les parents et la communauté tout entière dans la mesure où ils ne savent pas encore ce que le développement durable cherche à réaliser. Par conséquent il nous faut travailler à la fois du haut vers la base et de la base vers le haut.

Quelles autres mesures pourraient-elles être prises pour s’assurer que l’importance de l’éducation pour le développement durable soit vraiment mise en valeur ?
Une mesure primordiale serait de s’assurer qu’au moins tous les nouveaux enseignants aient des compétences en matière d’ESD. A l’heure actuelle, il y a 60 millions d’enseignants dans le monde entier. Nous n’avons absolument pas les moyens de tous les former à nouveau. En revanche, nous pouvons certainement travailler avec les équipes de formation des enseignants. Nous devons impliquer ces institutions et les ministères qui les dirigent. L’UNESCO en est consciente et travaille dur avec les pays et les institutions concernées par cette question.

(Entretien réalisé par Farid Gardizi, Porte-parole adjoint, commission allemande de l’UNESCO)

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