04.10.2011 - Education Sector

José Campos Trujillo Dirigeant syndical et défenseur des droits des enseignants

José Campos Trujillo mène une vie très active en tant que Secrétaire général du syndicat majoritaire des enseignants en Espagne (CCOO). Outre ses responsabilités au niveau national au sein de divers conseils publics, d’éducation et de formation et universitaires, ce diplômé de philosophie fait également partie du Bureau exécutif de l’Internationale de l’éducation, « la voix des enseignants et des employés de l’éducation à travers le monde ».

L’IE est une fédération mondiale qui compte 30 millions de membres issus d’environ 400 syndicats dans plus de 170 pays, et est partenaire de l’UNESCO lors de chaque Journée mondiale des enseignants, le 5 octobre.

Quel rôle l’éducation peut-elle jouer dans le contexte de la crise économique ?

Pour combattre les effets de la crise économique, il faut investir davantage dans l’enseignement et la formation afin de répondre aux défis et aux exigences actuels. L’éducation en elle-même est un engagement pour l’avenir, pour tirer le meilleur parti des capacités d’un individu et maximiser le développement et l’intégration sociale.

Nous demandons aux gouvernements de trouver une alternative au modèle de spéculation financière défaillant, un modèle qui soit fondé sur la défense des services publics, pour lequel l’éducation soit essentielle.

L’éducation et la formation sont les ressources de base nécessaires pour consolider la reprise suite à la crise. Elles garantissent un avenir prospère à plus long terme et réduisent l’instabilité sociale.

Il ne fait aucun doute que les enseignants et l’ensemble du personnel du secteur de l’éducation jouent un rôle fondamental dans la reconstruction sociale, économique et intellectuelle des pays affectés par la crise.

Nous devons œuvrer en faveur d’un nouveau modèle fondé sur les valeurs réelles de l’économie : les infrastructures, la santé, l’éducation, la formation professionnelle, la recherche et les progrès scientifiques et technologiques, et non sur l’autorégulation défaillante du marché et le développement sans issue.

Qu’est-ce que le 5 octobre 2011, Journée mondiale des enseignants, signifie pour votre syndicat ?

Une étude de l’IE sur l’égalité des genres dans la profession souligne le fait que, d’une manière générale et dans le monde entier, il y a davantage de femmes enseignantes, en particulier pour les groupes de plus jeunes enfants. En Espagne comme ailleurs, le pourcentage de postes de direction occupés par des femmes est relativement plus faible.

Bien sûr, la Journée mondiale des enseignants offre à notre syndicat, la CCOO, une excellente occasion de demander plus vigoureusement que jamais l’établissement d’un service public d’éducation fondé sur la qualité et l’égalité, ainsi que des conditions de travail adéquates pour y parvenir. Cet espoir est menacé par les coupes budgétaires sauvages qui se profilent, auxquelles s’ajoutent la part élevée d’emplois temporaires (25 % dans le secteur), les faibles salaires d’environ 1 000€ par mois et l’existence d’un personnel enseignant soumis pendant des années à des modérations salariales.

Que devrait représenter cette date au niveau mondial ?

Nous ne devons pas oublier que dans de nombreuses parties du monde, l’éducation n’est pas considérée comme un droit ou comme une valeur essentielle pour le développement humain. Dans de nombreux pays, les enseignants ne disposent pas de conditions de travail adéquates. Les enseignants, privés de salaire décent et de la formation nécessaire, travaillant dans des salles de classe surchargées ou insalubres, sans livres ni tableaux ni même bureaux, doivent assumer un travail duquel dépend l’avenir de leurs élèves. Les gouvernements ont le devoir de respecter leurs engagements envers les enseignants, de reconnaître l’importance et la difficulté de leur travail et de leur accorder le statut juridique nécessaire pour garantir leurs droits.

Quel est le rôle des enseignants dans une société multiculturelle et mondialisée ?

Le travail du personnel enseignant est l’un des piliers du développement personnel des étudiants et représente le facteur qui réduit de manière substantielle les taux d’abandon ou d’échec scolaire, prend en compte la diversité à tous les niveaux d’enseignement et favorise le progrès et le bien-être social.

Aux côtés de la transmission classique des connaissances, les enseignants doivent désormais éduquer les étudiants à une vie plus complexe. Il est évident que sans les efforts immenses des enseignants en faveur de l’apprentissage et de la qualité de l’éducation, la société ne comptera pas de meilleurs citoyens ni davantage d’employés hautement qualifiés, rempart pour défendre les valeurs, le progrès économique et social par le biais de l’innovation et de la durabilité. Ne serait-ce que pour cette raison, il est en effet évident que la reprise économique ne peut s’accompagner de coupes budgétaires dans le domaine de l’éducation.

Par ailleurs, les enseignants doivent apprendre aux étudiants à s’adapter à un marché du travail qui exige de nouvelles compétences et capacités, ainsi qu’à vivre dans une société multiculturelle et à résoudre les conflits de manière pacifique. Les enseignants abordent désormais des sujets qui étaient autrefois réservés au cercle familial.

Ces nouvelles responsabilités alourdissent-elles la charge de travail des enseignants ?

Ce sera le cas si le paradigme actuel n’est pas revu et si l’on ne reconnaît pas le professionnalisme des enseignants, en leur donnant les outils dont ils ont besoin pour effectuer leur travail quotidien et appliquer des mesures qui finiront par améliorer l’éducation. Le nombre d’élèves par classe doit être réduit afin d’améliorer le suivi individuel et de prendre en compte la diversité ; il faut davantage d’équipes de conseillers et d’assistants de liaison communautaires qui contribuent à l’intégration sociale des filles et des garçons en situation d’exclusion ; il faut garantir la formation adéquate des enseignants, à la fois à l’université et tout au long de leur carrière d’enseignants, afin de les rendre aptes à répondre à des besoins en évolution.

Finalement, quels sont les défis en matière d’éducation universelle de qualité ?

Une éducation de qualité implique nécessairement le recours à un personnel enseignant qualifié, compétent et motivé. Cependant, dans certains pays, plus de la moitié du corps enseignant ne dispose pas des qualifications nécessaires ou n’a été formé que durant quelques semaines. L’IE a maintes fois appelé l’attention sur le fait que ces enseignants travaillaient dans des conditions inacceptables, avec des ratios de 150 élèves par enseignant, des ressources pédagogiques insuffisantes et des salaires précaires.

Alors qu’on demande aux enseignants d’en faire plus chaque jour, les conditions de travail et les ressources des écoles varient à peine. Les nouvelles conditions dans lesquelles les enseignants doivent transmettre les connaissances exigent un meilleur soutien officiel, notamment du personnel éducatif pour appuyer leur travail. Parmi les autres exigences figurent la réduction du nombre d’élèves par classe, la mise en place de programmes de formation professionnelle satisfaisants pour les élèves qui ne souhaitent pas poursuivre l’enseignement secondaire, ainsi que le renforcement des plans d’action pédagogiques et des équipes de conseillers d’éducation. Il va sans dire que ces mesures nécessitent un engagement financier correspondant de la part des gouvernements.

 




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