09.06.2011 - Education Sector

« L’éducation sexuelle aide les élèves à développer les compétences sociales nécessaires pour éviter de prendre des risques »

©Kai Haldre- Dr Kai Haldre, is co-author of the recent UNESCO study on the cost and cost-effectiveness of school-based sexuality éducation programmes.

Mme Kai Haldre, docteur en médecine, gynécologue et chercheur à l’université de Tartou, a dirigé l’Association estonienne du planning familial (organisation membre de la Fédération internationale pour le planning familial) de sa création en 1994 jusqu’en 2001. Actuellement, elle dirige le Centre de médecine reproductive à la Clinique des femmes de l’Hôpital central de Tallinn ouest. Elle est membre fondateur de la Société académique estonienne de sexologie et coauteur d’une étude récente de l’UNESCO sur les coûts et l’efficience des programmes d’éducation sexuelle à l’école.

Depuis combien de temps l’éducation sexuelle fait-elle partie du curriculum estonien ?

Je dirais que 1996 fut une année importante, car le programme en sciences humaines et  études civiques, qui comprenait les questions liées à la sexualité, fut décrété obligatoire. Puis, en 2002, le programme fut rebaptisé « sciences humaines », dans lequel les questions liées à la sexualité représentent aujourd’hui environ 18 % des cours. La mise en œuvre relève du ministère estonien de l’Éducation et de la science, des autorités locales et des écoles.

Quels sont les sujets couverts ?

Un grand nombre ! L’ES inclut des sujets spécifiques (tels que la contraception et la puberté) et des sujets plus généraux (tels que les techniques de négociation ou la résolution des conflits). Elle a pour objet de favoriser le développement d’une personnalité holistique, des valeurs humaines universelles et des compétences sociales. 

L’éducation personnelle et sociale forme la base de plusieurs autres domaines de contenus (éducation générale à la santé, éducation sur les drogues), car elle aide les élèves à développer les compétences sociales nécessaires pour éviter de prendre des risques dans tous ces domaines.  

Comment l’ES est-elle enseignée ?  

Les sciences humaines peuvent être enseignées par des enseignants issus de différentes filières. Les élèves sont censés être actifs dans le cadre du processus d’apprentissage. Des méthodes d’enseignement variées sont encouragées : débats, jeux de rôles, travail en groupes, sessions de réflexion, etc. Les enseignants aident les élèves à intégrer leurs connaissances dans des situations de la vie réelle. Des spécialistes externes (principalement de centres de conseil aux jeunes) jouent également un rôle important : dans la mesure du possible, les élèves se rendent au centre de conseil aux jeunes (il en existe 20 en Estonie) et y suivent au moins un cours. Je dois souligner ici que le programme d’ES est étroitement lié à la mise en œuvre de services de santé sexuelle accueillants pour les jeunes.

Pouvez-vous décrire les améliorations observées en Estonie au cours de ces deux dernières décennies grâce aux indicateurs de la santé sexuelle des jeunes ?

La diminution du nombre d’infections sexuellement transmissibles (IST) et des taux d’infection par le VIH ont été sans précédent. Par ailleurs, le nombre des avortements et des grossesses précoces a également baissé de façon significative en raison de la forte augmentation de l’utilisation du préservatif et de la contraception par les jeunes.

Parmi les jeunes de 15 à 19 ans, les taux d’avortement et de fécondité (c’est-à-dire le nombre des grossesses non désirées) ont respectivement baissé de 61 et 59 % entre 1992 et 2009. De plus, le nombre annuel de nouveaux cas de VIH enregistrés parmi les jeunes de cette tranche d’âge est passé de 560 en 2001 à à peine 25 en 2009 (soit une baisse de plus de 95 %).  

Globalement, nous avons été en mesure d’estimer que, entre 2001 et 2009 (lorsqu’un effet de l’ES pouvait être escompté), 13 490 événements néfastes pour la santé (grossesses non désirées, IST et VIH) ont été évités, dont 1970 infections par le VIH.   

<a name="_Toc278263742"></a><a name="_Toc278263763"></a>Comme nous l’avons vu dans une étude récente de l’UNESCO consacrée aux coûts et à l’efficience de l’éducation sexuelle à l’école, le programme d’ES estonien est un très bon exemple de programme pleinement renforcé et intégré dont le coût est relativement faible. Cela pourrait intéresser d’autres pays. Pourquoi l’ES estonienne est-elle si efficiente ?  

Le coût par curriculum achevé – 32,90 $ des États-Unis –  est relativement faible par rapport à celui des programmes d’ES mis en œuvre dans les autres pays étudiés. Cela s’explique principalement par le fait qu’il s’agit d’un élément intra-curriculaire, intégré dans le curriculum de base de l’école estonienne. Cette approche a plusieurs avantages. Premièrement, elle peut être mise en œuvre à grande échelle : elle a concerné 28 000 élèves en 2009.   

Deuxièmement, comme il est totalement intégré, le programme couvre une grande proportion d’élèves par école et réduit de ce fait les coûts par élève des activités exercées à l’école, tels que les salaires des enseignants.  

Troisièmement, le coût par élève peut également s’avérer assez faible en raison du nombre de leçons relativement réduit (environ 24 heures de cours répartis sur trois ans) attribué aux questions liées à la sexualité.   

Étant donné que les coûts salariaux constituent déjà une dépense régulière du ministère estonien de l’Éducation, la dépense budgétaire consacrée à ce programme est égale à 8,39 $ des États-Unis par apprenant achevant le curriculum. Par comparaison, en 2009, l’Estonie a consacré à l’enseignement secondaire un montant global de 4 680 $ des États-Unis par apprenant. L’ES ne représente donc que 0,2 % des dépenses actuellement engagées pour chaque élève du secondaire.

Le programme estonien d’ES peut être considéré comme efficient si au moins 4 % de réduction du nombre des infections par le VIH observées lui sont attribués. Les analyses qualitatives et quantitatives démontrent que l’impact du programme est susceptible d’être nettement supérieur. Je peux donc déclarer en tout confiance que le programme estonien d’ES a été une initiative efficiente.

 




<- retour vers Toutes les actualités
Retour en haut de la page