04.04.2011 -

« Les réseaux sociaux m’ont aidé à exercer mon droit à l’éducation. »

©Ayman Qwaider

Ayman Qwaider, étudiant palestinien de Gaza âgé de 24 ans, mène plusieurs vies parallèles : il est étudiant, enseignant, acteur humanitaire et blogueur.

Ayman est actuellement stagiaire au sein du Secteur de l’éducation de l’UNESCO où il travaille, et apprend, sur l’éducation dans les situations de post-conflit et de post-catastrophe dans le cadre de son Master en études sur la paix. « Je crois en l’importance de l’éducation et à sa capacité de transformer les sociétés et résoudre les conflits, » dit-il. « Je le sais de ma propre expérience. » 

Après avoir terminé ses études primaires et secondaires dans des écoles de l’UNRWA et obtenu un diplôme en 2008 dans le cadre du programme d’anglais de l’Université islamique de Gaza (Autorité palestinienne), Ayman est d’abord devenu enseignant, puis acteur humanitaire. « J’étais responsable des programmes de protection infantile de plusieurs ONG internationales, » explique-t-il. Pendant cette période, il a commencé à écrire des articles sur la vie quotidienne à Gaza et à les mettre en ligne. Cependant, son principal objectif était de voyager à l’étranger et de poursuivre ses études dans le domaine de la paix. Son blogue et son réseau social ont fini par lui permettre de concrétiser ses espoirs.  

Ayman était intéressé par le Master international en études sur la paix, les conflits et le développement (ou « Master en paix ») qui est l’une des activités de la Chaire UNESCO de philosophie pour la paix, à l’Université Jaume I de Castellón, en Espagne. Il a sollicité une bourse auprès de la Fondation Bancaja-Caja Castellón et a été accepté pour la session qui débutait en février 2010 et s’achèvera en mai 2012.   

Avec l’aide d’un intermédiaire, un ami israélien qu’il avait rencontré en ligne et qui bénéficiait d’une plus grande mobilité que lui, Ayman a obtenu un visa lui permettant de poursuivre ses études en Espagne. Dès que ses papiers ont été en règle, il a réservé son vol, avec un départ prévu le 1er février 2010. Malheureusement, comme plusieurs centaines d’autres étudiants boursiers, on l’a empêché de quitter Gaza. Le programme du Master a commencé sans lui.   

Après avoir tenté, sans succès, d’obtenir un soutien par les voies officielles (ambassades, ONG telles que Amnesty International, et même le Parlement européen), il se tourne vers les réseaux sociaux. Une huitaine de jours avant celui où il devait commencer son Master, Ayman publie un article sur son blogue intitulé “I have a dream” (je fais un rêve) dans lequel il raconte ses difficultés avec les autorités israéliennes au moment de quitter Gaza. « Je n’y accusais personne, » explique-t-il. Je demandais simplement le respect du droit fondamental de poursuivre des études. Son article se terminait par la phrase suivante : « Je demande à des avocats, des hommes politiques, des journalistes et à tous les défenseurs des droits de l’homme de lutter à mes côtés pour le droit à l’éducation auquel j’ai toujours rêvé. »  

La réaction a été extraordinaire : les amis d’Ayman en ligne ont traduit son appel en anglais, en espagnol, en français, en catalan et en hébreu. Des blogueurs l’ont repris un peu partout. Une campagne a été lancée sur Facebook et plus de 1 000 internautes y ont participé. Une pétition en ligne a rassemblé près de 2 000 signatures dès la première semaine, dont un grand nombre en Israël. Ayman est devenu une cause célèbre. L’agence de presse espagnole EFE s’est intéressée à l’histoire d’Ayman. Le directeur de l’Université Jaume I a publié un communiqué de presse dans lequel il se demandait pourquoi son étudiant ne s’était pas présenté au début du semestre. Des responsables de médias ont commencé à contacter Ayman pour l’interviewer.  

« Les réseaux sociaux m’ont aidé à exercer mon droit à l’éducation. » explique Ayman. Suite à la mobilisation internationale, il a enfin reçu l’autorisation de voyager. Il est arrivé en Espagne alors que les cours avaient débuté depuis une semaine. À l’Université Jaume I, il suit plusieurs cours sur les aspects de l’éducation aux droits de l’homme, de l’éducation à la paix et de la transformation des conflits. « C’est un environnement extrêmement sain où je bénéficie par ailleurs d’un enseignement multiculturel,  » dit-il. « Grâce à ces cours, j’ai pris davantage conscience des différents conflits qui ont lieu en ce moment à travers le monde. » Ayman a aussi pu partager son expérience personnelle avec des gens qui ont vécu dans des situations de conflit. « J’ai compris que les conflits sont partout pareils, et que l’humanité reste l’humanité où que l’on se trouve. »  

Ayman s’est récemment rendu en Autriche pour étudier les opérations de maintien de la paix des Nations Unies. Ce cours faisait partie du programme de son Master, de même que son stage à l’UNECO. Il est fréquemment invité pour donner des conférences et est en train d’écrire une proposition de projet centrée sur les jeunes

dans les pays arabes. Son titre ? «  Comment utiliser les réseaux sociaux pour promouvoir l’éducation aux droits de l’homme dans le monde arabe. »




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