16.01.2012 - Education Sector

« On parle souvent du téléphone portable comme de l’ordinateur de l’Afrique »

S. Boyera

En tant que Gestionnaire principal de programme à la World Wide Web Foundation, Stéphane Boyera a pour objectif de mettre la technologie au service de l’autonomisation des populations marginalisées dans les pays en développement, ainsi que de fournir des services fondamentaux, comme l’éducation. Il s’est confié à EduInfo, au cours de la première Semaine de l’apprentissage nomade de l’UNESCO, en décembre 2011.

Comment la WWW Foundation utilise-t-elle le Web comme outil de développement ?

Bien que la quantité d’informations sur le Web soit considérable, il n’y a rien qui puisse intéresser un fermier de l’Afrique sub-saharienne. Notre principal objectif est de trouver des moyens de repousser les frontières du Web, afin que chacun, quel que soit son âge, puisse y trouver des informations utiles, que ce soit dans la campagne du Mali ou dans celle du Mozambique. Nous encourageons les populations locales à réfléchir aux besoins de leurs communautés, puis nous mettons sur le Web les informations voulues, autour desquelles nous construisons des services utiles. Nous nous impliquons tout au long de ce processus.  

Avez-vous utilisé les technologies mobiles pour l’éducation?

Oui, les technologies mobiles et l’éducation représentent une part importante de notre travail. On parle souvent du téléphone portable comme de l’ordinateur de l’Afrique. Mais quand nous avons commencé à travailler là-bas, aucune initiative n’existait pour renforcer les capacités dans le domaine des technologies mobiles. Pour que les services mobiles se multiplient, il faut savoir comment les développer. Dans cette optique, la World Wide Web Foundation a créé des Laboratoires d’innovation mobile (Mobile Innovation Labs) dans un certain nombre de pays, afin de former les populations sur les moyens de fournir des services sur les mobiles. 

Où est mis l’accent dans vos cours de formation ?

Nous insistons sur les aspects techniques des technologies mobiles, mais aussi sur l’esprit d’entreprise. On ne fait pas des affaires de la même façon sur un portable que sur le Web ou dans la rue. Dans la plupart des pays d’Afrique, il y a une bonne connaissance des TIC. Des sociétés de technologie de l’information développent des logiciels et des sites Web. Mais les services sur portables sont moins développés. Par ailleurs, de nombreux étudiants en technologie de l’information sont très enthousiastes quant au potentiel de ce domaine, mais dans les universités il n’existe pratiquement aucun cours sur l’utilisation des mobiles.

Nos laboratoires proposent des formations à la fois en technique et en business. Les cours de base accroissent les possibilités d’emploi, et nous offrons des cours approfondis pour ceux qui ont l’intention de créer leur propre affaire. Nous aidons également les start-ups à trouver des financements, et les opérateurs de mobiles à utiliser leurs services. Cette initiative avance vraiment. Par exemple, au Kenya, où nous avons un partenariat avec I-HAB et un financement de la Banque mondiale, quelques universités proposent maintenant des cours sur l’utilisation des mobiles. Donc, on constate des progrès. 

Environ 90 % de la population mondiale a maintenant accès aux réseaux mobiles. Malgré cela, plus de 70 % n’utilisent pas le Web. Comment expliquez-vous cette fracture ?

Nous vivons une période fascinante : plus de 5 milliards de personnes possèdent un appareil qui leur donne accès au Web. Le défi est d’aller au-delà de l’utilisation des mobiles comme simples appareils de liaison entre personnes, et d’en faire des plateformes d’accès au Web. Pour cela, deux conditions essentielles doivent être réunies. La première, c’est l’accès : les gens ont besoin d’une interface qu’ils puissent comprendre et utiliser, qu’ils parlent l’ourdou, le mandarin ou autre, qu’ils soient alphabétisés ou non. La seconde condition est la pertinence des contenus : les gens réclament des contenus et des services qui soient adaptés et utiles dans leur vie quotidienne. 

Donc la fracture n’est pas technologique ?

Non. Un simple téléphone, en particulier avec l’utilisation de la technologie vocale, permet même aux utilisateurs analphabètes d’interagir avec le Web. Mais, étant donné que la technologie ne cesse d’évoluer, il est important que les services mobiles s’adaptent aux différents contextes. Les portables ne sont pas nécessairement le meilleur moyen d’ouvrir le Web à une plus vaste audience, ou bien de mettre en œuvre des programmes d’éducation ou de développement. Dans les capitales d’Afrique, il y a de nombreux cafés Internet et plus de 100 millions d’utilisateurs Facebook. Par conséquent, pour toucher les adolescents dans une capitale africaine, il sera plus efficace d’utiliser Facebook. Il faut toujours s’adapter à la meilleure interface dont dispose la population que vous ciblez.

 

  




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