Egypte

©Governorate of Ismalia, Egypt, 2010

Le Prix UNESCO-Confucius d’alphabétisation est décerné en 2010 au Gouvernorat d’Ismaïlia (Égypte) pour son programme « Des filles pour les familles ».

Abou-Achour (Égypte) : quand des jeunes filles sont le moteurd’un développement communautaire

Si la famille est la cellule de base de la société, il est logique que les programmes d’alphabétisation ciblent les familles. Tel est le raisonnement qui a inspiré le programme égyptien d’alphabétisation « Des filles pour les familles » mis en œuvre dans la lointaine petite ville d’Abou-Achour.

Le Gouvernorat d’Ismaïlia compte un million d’habitants ; le taux global d’alphabétisation est de 78 %, chiffre que les autorités veulent amener à 93 % en cinq ans, avec l’aide de leurs partenaires – et d’un groupe de jeunes filles d’Abou-Achour.

Aucune des 4 000 familles d’Abou-Achour n’a un revenu mensuel supérieur à 60 dollars des États-Unis. La principale activité est l’exploitation de terres gagnées sur le désert. Pour 30 000 habitants, les services sanitaires et éducatifs sont insuffisants. L’analphabétisme, les problèmes de santé, les mariages précoces et le travail des enfants sont répandus.

Le Gouvernorat a lancé son programme de développement à Abou-Achour en commençant par réaliser une étude participative, qui a collecté aussi bien des renseignements personnels de base – date de naissance, niveau d’instruction, activités des membres de la famille – que les opinions concernant l’éducation des filles. Une base de données a été constituée et son contenu analysé.

« Nous voulons vivre mieux », c’est en ces termes que les gens d’Abou-Achour résumaient leurs objectifs de développement : accroître son revenu, améliorer les techniques du quotidien et avoir des services plus efficaces. Il est apparu que « la famille », associée systématiquement aux notions de confiance et de solidarité, était le mot le plus chargé de sens, au sein de la communauté. C’est ainsi qu’est né le développement à l’échelon familial.

Les familles d’Abou Achour ont désigné 120 jeunes filles destinées à recevoir en six mois une formation intensive qui ferait d’elles des animatrices du développement, notamment dans les domaines suivants : alphabétisation, santé et hygiène, droits de l’homme, création de revenu, administration et communication. Après avoir reçu cette formation, les jeunes filles sont retournées à Abou-Achour pour y travailler avec les familles, suivant une formule « à la carte » et personnalisée.

Cette équipe de jeunes filles (une pour 10 familles) était l’un des piliers du programme. L’autre étant un centre permanent en ville où l’on pouvait consulter un médecin, un vétérinaire, un spécialiste de l’éducation, un responsable des prêts et d’autres professionnels. Le Gouvernorat a tenu régulièrement des réunions d’information, a conclu des partenariats et a financé des micro-entreprises.

Les jeunes filles ont organisé des cours d’alphabétisation à domicile qui répondaient aux problèmes quotidiens. Elles donnaient des renseignements sur la santé, l’hygiène et la planification familiale, apprenaient aux gens la cuisine, des techniques artisanales ou agricoles, les accompagnaient chez le médecin ou le vétérinaire, incitaient les enfants déscolarisés à retourner à l’école et apportaient leur aide pour l’obtention de petits prêts. On pouvait s’adresser à elles pour des démarches administratives : délivrance de carte d’identité, de carte d’électeur et de permis de conduire, mais aussi ouverture de droits, à une pension d’invalidité par exemple.

Que cette expérience ait été revalorisante pour les habitants d’Abou-Achour, on le devine quand ils disent « Notre village, c’est le meilleur d’Égypte ». Le projet « Des filles pour les familles » est une véritable avancée sociale et culturelle, qui va au-delà de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, plus loin même que l’intégration de l’alphabétisation dans le quotidien. Son originalité la plus marquante est peut-être d’avoir transformé les filles du village en animatrices communautaires et d’avoir balayé les préjugés sur les femmes dans la vie publique. Comme le disait un bénéficiaire du projet : « Qui aurait cru que ces filles réussiraient à faire ça ? ».

Jean O’Sullivan

 

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