Nirantar - Inde

Des villageoises indiennes s’expriment

 

Le projet était voué à l’échec ; il s’agissait d’un journal écrit, produit et vendu par des femmes pauvres, « de caste inférieure », de milieux ruraux et sachant à peine lire et écrire – en dialecte.

 

Cependant, le journal a gagné une reconnaissance internationale grâce à l’attribution du Prix d'alphabétisation Roi Sejong 2009.

 

 

Khabar Lahariya (le nom signifie « Vagues d’informations ») a été lancé en mai 2002. Aujourd’hui, ce journal bimensuel de 8 pages est une entreprise florissante et respectée dépassant les 25 000 lecteurs dans plus de 400 villages des districts Chitrakoot et Banda de l’Uttar Pradesh, au nord de l’Inde.

 

Le journal est également un hommage aux femmes qui ont lutté contre les castes, la division des sexes, le manque d’éducation et les modèles du rôle de l’homme et de la femme pour se doter, elles et leur communauté, d’une voix. Nirantar, l’association de femmes qui a joué un rôle crucial dans la réussite du projet, est le lauréat du Prix d'alphabétisation Roi Sejong de cette année 2009.

 

Nirantar a été fondée en octobre 1993 dans le but de promouvoir l’alphabétisation et l’éducation en vue d’une autonomisation des femmes. En 2002, l’organisation a commencé à sélectionner des femmes issues de milieux marginalisés par la société tels que les communautés dalit, kol et musulmane et de différents niveaux d’alphabétisation pour travailler comme journalistes. Elle leur a dispensé une formation intensive sur les savoirs fondamentaux, la réalisation de reportages, la rédaction et l’édition.

 

En 2004, Nirantar et Khabar Lahariya ont lancé des cours sur la création de journaux, de lettres d’information et de journaux grand format. Les cours sont organisés en deux modules de 14 et 7 jours pour répondre aux besoins des groupes locaux et des femmes néo-alphabétisées et partiellement alphabétisées. Les animateurs reçoivent un salaire mensuel. Les participantes sont également formées à Internet et à la manipulation d’appareils photos qu’elles emportent avec elles pour leurs reportages.

 

Une des forces de Khabar Lahariya est qu’il s’agit d’un journal de village, fait par le village et pour le village. Les femmes, appelées « patrakars (reporters) aux pieds nus » écrivent sur tous les sujets, des plans d’une entreprise de ciment qui détruira des espaces verts aux femmes payées pour voter aux élections locales, en passant par la guerre en Iraq. Les lecteurs se sont servis de certains articles publiés dans le journal pour exiger des actions et une plus grande information ; les responsables locaux ont été critiqués pour leur négligence et dans certains cas, la population a reçu une compensation et une réparation.

 

Lorsqu’on aborde des sujets qui touchent les femmes, comme le viol ou la violence faite aux femmes, un nouveau point de vue apparaît dans le reportage. En mars 2004, leur travail a été récompensé : elles ont reçu le prix Chameli Devi Jain, une des plus grandes distinctions du journalisme en Inde.

 

Le groupe Khabar Lahariya est l’unique collectif de médias indépendant et rural composé de femmes dans le pays. Le journal dispose aujourd’hui d’une équipe de journalistes compétentes qui apporte un soutien financier à d’autres groupes, et le succès du projet a insufflé à des collectifs de femmes rurales d’autres régions du pays, le Rajasthan et Bihar, l’idée de lancer un autre journal rural mensuel.

 

L’écrivain et militante du droit des femmes Farah Naqvi, qui a raconté cette histoire dans son livre Waves in the Hinterland, the journey of a newspaper (Vagues dans l’arrière-pays ou l’itinéraire d’un journal), résume ainsi l’histoire de ces femmes : « Elles ont lutté contre leurs démons intérieurs et contre les images que leur a renvoyé le monde. Des images qui disaient que les journalistes étaient uniquement des hommes qui avaient fait des études, des démons qui se nourrissaient de la peur et qui applaudissaient et riaient à chaque fois qu’elles échouaient ».

 

 

 « Elles ont non seulement redéfini la notion très masculine de citoyenneté, mais elles ont bouleversé la notion même de femme en Inde ».

 

Extrait de Khabar Lahariya – Moi et mon vélo

Écoute, écoute ma soeur l’histoire réjouissante d’un village

Où les femmes font du vélo le jour la nuit

Elles n’éprouvent ni honte ni pudeur à apprendre

Il faut faire des efforts pour ne pas tomber sur le côté

 

Avant je m’asseyais au fond

Maintenant mon bien-aimé fait de même

 

Regarde comme mon monde a changé, mon tendre 

Toi qui pensais que ma place était à tes pieds

 

 

Voir le site web Nirantar: www.nirantar.net

Video 

CONTACTS:

NIRANTAR

A Centre for Gender and Education
Delhi Address:
B-64 Second Floor
Sarvodya Enclave
New Delhi 110017
India
Phone: (91-11) 2-696-6334
Fax: (91-11) 2-651-7726
Email: nirantar(at)vsnl.com

Ces informations peuvent être utilisées et reproduites sans autorisation et sans frais à condition de joindre à toute reproduction la mention UNESCO comme source (© UNESCO).

Retour en haut de la page