Témoignage d’un membre du jury

Reconnaître l’excellence pour partager les enseignements…

Point de vue sur les travaux du jury du Prix UNESCO-Hamdan Bin Rashid Al-MaktoumPrix récompensant l’amélioration de l’efficacité des enseignants

Ora Wai-Yu Kwo

En 2001, j’ai eu l’honneur d’être invitée à participer au jury international de sélection des lauréats d’un grand prix récompensant des enseignants. Nommé par la Directrice générale de l’UNESCO, le jury était composé « d'éminents spécialistes ayant une connaissance et une expérience approfondies des questions relatives aux enseignants, reflétant la nature universelle du prix, toutes les régions géographiques de l’UNESCO étant représentées. » Le prix récompense des pratiques et des performances exemplaires pour améliorer l’efficacité des enseignants, « en priorité dans les pays en développement mais aussi, de manière générale, dans les communautés marginalisées et défavorisées ».

 Le montant du prix a été financé par un prince des Emirats arabes unis dont le secrétariat avait organisé la réunion du jury. Avant de m’envoler pour Dubaï, j’étais un peu dubitative quant à la prolifération des prix à travers le monde et à l’intensification de la concurrence entre les lauréats potentiels. Pourtant, pendant les délibérations passionnées du jury, j’ai été séduite par les buts ultimes du prix Hamdan, notamment par sa contribution aux objectifs de l’Education pour tous et par les populations qu’il cible et qui méritent d’être reconnues à leur juste valeur.

Collégialité du jugement

Au terme d’un exercice de sélection préliminaire, chacun des membres du jury international s’est vu remettre deux dossiers de candidature plutôt volumineux. Dans le cadre de l’atelier initial, les jurés ont passé en revue chacun des critères et ont procédé à une première évaluation. Chacun des jurés a examiné les documents indépendamment et a rempli des feuilles de points répertoriant clairement les différents critères.

Les procédures techniques étaient simples, mais les vrais problèmes ont commencé à se poser quand nous sommes entrés dans les détails des dossiers. Dans certains cas, nous avons eu le sentiment que les objectifs sous-jacents n’étaient pas clairement communiqués. Une œuvre d’art qui se trouvait dans la salle de réunion illustre assez bien ce que nous avons ressenti : se peut-il que faire le compte-rendu d’une activité intéressante, cela s’apparente à rassembler des brindilles et des branches que l’on pourra facilement réutiliser, et que clairement présenter des pratiques afin qu’elles soient évaluées par les membres d’un jury, cela ressemble à un processus d’apprentissage et de conceptualisation qui va transformer la collecte en œuvre d’art ? Une œuvre d’art, ce n’est pas seulement quelque chose que l’on présente ; cela inspire, naturellement. Dans le cadre des fonctions qui m’étaient confiées, j’avais l’intention de lire au-delà des mots et d’observer à quel point l’efficacité de la présentation des travaux pouvait varier d’un pays à l’autre.

Au terme de chaque journée d’analyse et de réflexion, j’ai vraiment apprécié le partage des idées avec nos collègues de l’UNESCO et les membres de l’équipe. Nous n’avons pas hésité à parler de nos difficultés, mais nous avons évité de porter des jugements trop personnels et de nommer les candidatures afin de préserver l’indépendance de nos points de vue. Nous avons redécouvert la signification de certains critères, et écouté les arguments des uns et des autres afin de résoudre les problèmes. Graduellement, nous avons appris à prendre nos décisions, à noter et à classer de façon optimale les aspects marquants des pratiques exemplaires, même si parfois, nous avions l’impression de comparer des pommes avec des oranges.

Le point culminant du processus a consisté à valider nos décisions sur la base des fichiers et des résultats que chacun des membres du jury avait soumis au Coordinateur général au terme de ses réflexions personnelles. Un dialogue ouvert et stimulant s’est instauré sur quelques cas pourtant assez dissemblables en termes de points attribués. J’ai trouvé que chacune des étapes de la discussion était assez révélatrice de la façon dont certains aspects des pratiques exemplaires étaient interprétés, bénéficiaient d’une reconnaissance variable et exigeaient de notre part une vigilance extrême. La forte collégialité de l’équipe a été un facteur dominant de l’écoute scrupuleuse qui a été réservée aux différents points de vue, et la procédure s’est conclue autour d’un large consensus et d’une sélection de candidats auxquels il fallait ensuite rendre visite. L’acceptation mutuelle d’opinions parfois opposées en raison de nos expériences professionnelles respectives a rendu l’exercice à la fois périlleux et enrichissant. L’événement s’est terminé par une séance photo et par des interviews accordées à la presse.

L’engagement en faveur de l’apprentissage continu

J’ai apprécié l’implication professionnelle des jurés, qui ont travaillé sans être rémunérés. Lors d’une réunion conviviale qui a rassemblé les membres du jury international et les collègues de l’UNESCO, nous avons réfléchi à ces moments que nous avons passés ensemble ainsi qu’à l’impact qu’aura ce Prix en termes de reconnaissance et de partage des pratiques exemplaires. Par-delà les continents, ce fut l’occasion de nous reconnaître en tant que collègues, au-delà des barrières institutionnelles, et de parler « de ce que nous pouvons faire pour changer la donne… et servir les objectifs de l’EPT… » Compte tenu de l’énergie et des ressources considérables qu’il a fallu réunir pour amener le jury international à prendre les décisions relatives à quelques recommandations et au classement, il est évident que nous pouvons aller bien au-delà d’une remise de prix. Personnellement, j’ai été très impressionnée par les dossiers que l’ensemble des membres du jury a unanimement sélectionnés en vue des visites sur le terrain. Trois semaines plus tard, les visites sur le terrain m’ont beaucoup apporté lorsque j’ai découvert de quelle façon les marginalisés peuvent apprendre à ceux qui ont des ressources ce que signifie le mot éducation et comment des partenariats peuvent faire la différence.

La séquence suivante consistera à atteindre l’objectif de la diffusion des pratiques exemplaires. Le défi consiste à lancer le moteur de l’apprentissage au niveau mondial. Je remarque que l’apprentissage ne se réalise pas uniquement en diffusant des informations. Pourtant, l’échange d’informations est d’une importance capitale. Il est souhaitable que les pratiques exemplaires de toutes les candidatures retenues bénéficient d’une certaine reconnaissance même si, au final, les récompenses ne concernent plus que les trois meilleures. Grâce à cette expérience de collégialité vécue au sein du jury, je suis persuadée que la mission visant à reconnaître les meilleurs peut être accompagnée d’un partage des enseignements, privilégiant la collégialité par rapport à la concurrence. Je crois également que sur Ie long terme, une communauté mondiale de lauréats peut émerger, apporter des contributions durables au dialogue et aux pratiques internationaux et favoriser l’élaboration d’activités remarquables dont les effets iront bien au-delà d’une simple remise de prix. Même si la valeur financière du Prix aura certainement des implications pratiques en termes de soutien des lauréats, l’impact à long terme sur l’apprentissage, au niveau mondial,  sera sans commune mesure. Il ne s’agit pas seulement de planifier ou de rêver, mais de faire les deux… 

 

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