Awa Sow, facilitratrice d'alphabétisation au Sénégal raconte son histoire

UNESCO Dakar

Awa Sow du Sénégal fait partie des centaines de milliers de facilitateurs en alphabétisation d’Afrique. Elle dispense des cours d’alphabétisation dans les villages reculés dans le cadre d'un projet d'alphabétisation soutenu par l'UNESCO. Depuis l'âge de 12 ans elle a combattu les stéréotypes liés au genre et la résistance de ses parents à devenir enseignante. Aujourd'hui, elle est la première femme professeur dans son village.

L’histoire d’Awa Sow commence dans le village de Ndjedoudal Soli, à environ 15 kilomètres au nord de Saint-Louis, une région situé au nord du Sénégal. Elle est née il ya 26 ans, d’un marchand nommé Youga Sow et de son épouse Abi Sow.

Au début, ses parents prirent en charge son éducation. "En tant que musulmane, je suis allée à l'école coranique et plus tard, mon père m'amena à l'école française», dit Awa.


Mais son parcours scolaire a été court. Après avoir obtenu son certificat d'études primaires elle échoua à son examen d'entrée au secondaire. Son père voulant qu'elle suive ses traces l’envoya dans les villages voisins pour travailler dans ses magasins.

Plus tard, un projet d'alphabétisation fut mis sur pied dans un village à trois kilomètres de chez elle. C’était l’opportunité pour elle d’apprendre à nouveau, cette fois en Pular, la langue locale.


Des parents opposés à sa volonté

«Ma mère et mon père refusèrent en disant que je devais me marier. Mais ma tante parvint à les convaincre. Ils posèrent toutefois une condition : je devais effectuer toutes ses tâches ménagères avant d'aller aux cours d'alphabétisation » dit Awa.


Après un mois, une nouvelle opportunité se présenta. Un test était organisé dans sa région pour recruter des «facilitateurs en alphabétisation" pour enseigner dans les classes d'éducation non formelle dans les villages ruraux. Awa réussit le test pour participer à une formation de 15 jours à Saint-Louis.


Menace de suicide

"Encore une fois, mon père s’est opposé à mon souhait. « Vous êtes une fille et vous ne pouvez pas aller dormir hors de chez vous», rappelle Awa. "Mais tenant à participer, j’ai menacé de me suicider si l’autorisation ne m’était pas donnée » poursuit Awa.


Enfin ses parents finirent par se plier. En 1999, elle devint un facilitateur accrédité. Depuis, elle a donné des cours d'alphabétisation dans de nombreux villages du Sénégal.

Aujourd’hui, elle intervient dans un projet d’alphabétisation soutenu par l’UNESCO dans son village. Le projet PAJEF est un effort conjoint de l'UNESCO et l'entreprise multinationale Procter & Gamble pour alphabétiser 40.000 filles et femmes sénégalaises dans le cadre du partenariat mondial de l'UNESCO pour éducation des filles et des femmes.

Awa donne des cours d'alphabétisation à quelque 40 jeunes filles et les femmes de son village.
La jeune fille « qui traîne »


"Les gens du village  me voyait comme la jeune fille qui traîne. Aujourd'hui, je suis la première fille du village à devenir enseignante » souligne Awa. "Être de retour ici est une occasion pour moi de montrer que je peux accomplir ici ce que j'ai réalisé dans d'autres villages » poursuit Awa.


«Même ma mère qui était tellement contre l'éducation participe aujourd’hui aux cours. Elle voit que les autres femmes apprennent à lire et à écrire et se dit pourquoi pas moi. Je crois que maintenant elle a foi dans l'éducation », explique Awa.


La salle de classe dans le village est un abri en paille, en partie détruite par les fortes pluies et le vent. Les cinq tables et deux chaises sont réservées aux femmes enceintes de la classe.

 

Une vie consacrée à l'éducation

«Mon message aux filles et aux femmes, c'est que vous avez besoin de l'éducation. Aujourd'hui, j’aurais aimé avoir poursuivi l’école secondaire. Si vous ne pouvez ni lire, ni écrire et calculer, vous n’êtes rien. Vous devez croire en vous-même. Ainsi vous pouvez réaliser n'importe quoi ». déclare Awa.


Awa est en train d'étudier pour obtenir son brevet. Elle a également obtenu un certificat en information et technologie. Un emploi lui a été offert.


«Mon père m'a dit: « acceptez ce travail, vous aurez ainsi un bureau, un chauffeur et un téléphone portable ». Mais je lui ai répondu : « ce n'est pas ce que je veux. Je veux enseigner».

 

 

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