Professeurs et élèves pris pour cibles : l’UNESCO s’alarme de la multiplication de ces attaques

©Panos Pictures/J.Oerlemans

Les attaques commises pour des motifs politiques ou idéologiques contre des enseignants, des élèves ou des établissements scolaires sont en hausse, selon une étude de l‘UNESCO lancée le 10 février sous le titre Education under Attack 2010 [L’éducation prise pour cible 2010].

Ces actes, qui portent souvent la marque de groupes armés rebelles, sont aussi parfois commis par des armées régulières.  

Education under Attack 2010 [L’éducation prise pour cible 2010] est le deuxième rapport consacré à cette question, le précédent remontant à 2007. 

Cette étude est accompagnée d’une seconde contribution signée de plusieurs experts dans les domaines de l’éducation, de la sécurité et du droit international. Intitulée Protecting Education from Attack: A State-of-the-Art Review [Protéger l’éducation des attaques : un état des lieux], il s’agit d’un bilan de fond des enseignements tirés de la prévention et des réponses possibles, notamment sous l’angle du droit international et des programmes mis en œuvre sur le terrain. Ce deuxième ouvrage reprend notamment les recommandations faites lors d’un colloque sur le sujet à Paris en 2009. 

La publication de ces rapports a été rendue possible grâce au soutien généreux de son Altesse Sheikha Mozah Bint Nasser al-Missned du Qatar, envoyée spéciale de l’UNESCO pour l’éducation de base et supérieure. Son action, ces dernières années, a permis d’attirer l’attention des décideurs internationaux et du grand public sur les attaques commises contre le secteur éducatif. 

Les deux textes constituent à la fois un bilan de la situation et un appel à réagir face à un phénomène qui semble aller en s’aggravant, à l’instar des attaques de plus en plus nombreuses contre les civils et les humanitaires ces dernières années. 

Il y a trois ans, le phénomène était méconnu. Education under Attack 2010 [L’éducation prise pour cible 2010] constate une prise de conscience progressive du caractère récurrent de ces attaques de la part des institutions onusiennes, des organisations non gouvernementales (ONG) et de l’opinion. Il apparaît clairement en effet qu’il ne s’agit pas de phénomènes exceptionnels ou isolés. Surtout, le rapport souligne que les démolitions d’écoles, l’assassinat d’élèves et de professeurs n’est pas l’exclusivité des partisans des talibans en Afghanistan ou au Pakistan, sous prétexte d’interdire l’éducation aux filles.            

Le rapport 2010 montre que le problème est bien plus vaste. Des attaques contre le secteur de l’éducation ont été enregistrées dans au moins 31 pays entre janvier 2007 et juillet 2009. Bien souvent, en s’attaquant à l’institution éducative, il s’agit de s’en prendre à l’Etat. A l’inverse, il peut s’agir pour certains Etats ou organisations paramilitaire de neutraliser des opposants réels ou supposés en s’en prenant à des universitaires notamment. 

La question des enfants soldats – ils seraient 250.000 dans le monde – est aussi abordée, les enlèvements ayant souvent pour objet de procéder à des recrutements forcés ou de réduire des jeunes filles à l’esclavage sexuel. Le rapport juge particulièrement préoccupant la poursuite des crimes commis et les tactiques sinistres utilisées dans plusieurs pays contre des enseignants, les militants syndicaux en particulier, ainsi que des élèves. 

La Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, a souligné que ces agressions étaient préoccupantes pour trois raisons principales : elles « constituent une menace au droit à la vie, au droit à l’éducation, qui permet lui-même d’autres libertés et droits fondamentaux ; ces attaques menacent enfin l’objectif de parvenir à l’Education pour tous. » Le mouvement de l’Education pour tous (EPT) est un engagement mondial visant à fournir une éducation universelle de qualité à l’horizon 2015. 

Le rapport examine aussi les raisons pour lesquelles les attaques contre le système éducatif restent bien souvent ignorées. Il évoque le rôle que pourrait jouer la Cour pénale internationale (CPI) afin de renforcer la prise en compte des responsabilités et afin de mettre un terme à l’impunité pour les auteurs de ces actes. 

Dans ses recommandations, l’auteur, le chercheur et journaliste britannique Brendan O’Malley souligne l’utilité que pourrait présenter la création d’un observatoire mondial consacré au phénomène. Les Nations Unies manquent en effet de données fiables pour avoir une idée plus précise de son ampleur. Il souligne que des recherches plus approfondies doivent être conduites afin de permettre une meilleure analyse et compréhension des causes, moyens et impacts des attaques contre l’éducation. 

Ainsi, il constate que l’on ignore ce qui conduit certains groupes armés à considérer comme légitime de s’attaquer à des écoles ou à leurs occupants ; de même manière, aucune analyse n’a été faite sur le fait que de trop nombreux Etats persécutent des universitaires dans leurs propres universités. En outre, pratiquement aucune étude n’a été réalisée sur les conséquences concrètes d’attaques répétées sur les systèmes éducatifs.  

Enfin, même si on dispose de très peu de données quant à l’efficacité de mesures de protection, ou de l’opportunité de tenter de négocier avec les groupes armés, l’auteur énumère les solutions possibles : déployer des vigiles armés dans les établissements d’enseignement et sur le chemin de l’école ; inciter les populations à organiser des mesures d’autodéfense ; déménager les salles de classes dans des bâtiments moins visibles ou organiser des réseaux d’enseignement à distance ; et enfin rénover rapidement les lieux endommagés ou détruits lors des attaques en leur fournissant aussi le matériel nécessaire.

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