L’éducation est la clé de l’intégration pour les enfants des rues

[Translate to francais:] Inde. Adesh, 13 ans, habite à Mumbai dans le bidonville de Darhavi où vivent huit cent mille habitants. Il est polisseur de fer blanc. Avec son maigre salaire, il aide sa mère.

© François Perri

La Directrice générale de l’UNESCO, Mme Irina Bokova a déclaré que l’éducation était la clé d’un avenir meilleur pour les enfants exclus.

Elle s’est exprimée lors de manifestations qui se déroulaient au Siège de l’UNESCO le 26 novembre, journée consacrée aux enfants des rues et qui marquait le 20e anniversaire de la Convention relative aux droits de l'enfant.

Mme Bokova a affirmé que, bien plus qu’un droit universel, l’éducation constituait une arme pour lutter contre la pauvreté. « Quel avenir s’offre aux enfants des rues s’ils sont exclus du système éducatif ? C’est en apprenant à lire, à écrire et à compter qu’ils peuvent rompre le cercle vicieux de la pauvreté et prendre en main leur destin ».
 

La journée, organisée par l’UNESCO et la Fondation Air France, a débuté par un débat animé par Florence Schaal, journaliste et écrivain français, qui a présenté la situation des enfants des rues dans le monde et a également abordé le droit à l’éducation, les implications juridiques et les partenariats en vue d’une action. 

La principale intervenante, Mme Rizzini, Présidente du réseau International Childwatch qui collabore avec 40 pays, a déclaré : « Nous parlons des enfants des rues depuis 30 ans et leur nombre ne cesse d’augmenter. Assez parlé. Nous connaissons bien le problème. Il faut désormais faire pression sur les pays pour qu’ils agissent ». 

« Au Brésil, nous ne parlons même plus de droit à l’éducation pour les enfants des rues. Ils sont ballotés entre les instituts, les centres et la rue où ils trouvent leurs propres stratégies dangereuses pour survivre et rencontrent des adultes dangereux ». 

La société craint et n’aime pas les enfants des rues en raison de leur rôle dans la criminalité, or le vrai problème ne vient pas des enfants mais de l’inégalité sociale et de l’absence de priorité au niveau des programmes politiques. 

« Le Brésil compte parmi les dix premières économies du monde mais aussi parmi les cinq les plus inégalitaires. Dans ce pays, des enfants de 6 à 8 ans fument du crack. Ils sont battus et victimes d’abus sexuels. Nous avons oublié que les enfants sont de jeunes citoyens qui doivent être respectés », a souligné Mme Rizzini. 

« Nous fonctionnons encore comme au XIXe siècle, ramassant les enfants comme on ramasse les poubelles, les plaçant dans des camions pour les emmener dans des refuges où ils ne resteront pas. Une fois, j’ai parlé à une jeune fille qui m’a dit qu’elle se sentait plus en sécurité en dormant sous un pont que dans un refuge. Les enfants me disent surtout qu’ils voudraient être considérés comme des êtres humaines », a-t-elle ajouté. 

Mme Najat M’Jid, Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la vente d’enfants, la prostitution des enfants et la pornographie impliquant des enfants a indiqué : « Il n’y a pas de tâche plus difficile que celle de protéger des enfants car les acteurs, tout comme les approches, sont très nombreux. Les enfants sont considérés comme des victimes par certaines organisations et comme des acteurs par d’autres. Le défi pour tous ceux qui travaillent avec des enfants consiste à se réunir et trouver un objectif unique. Il faut d’une part renforcer les ONG qui travaillent auprès des enfants afin de faire changer les responsables politiques et, d’autre part, les enfants doivent être consultés et informés ». 

Isabelle de Guillebon, Directrice du Samusocial Sénégal, organisation qui fournit une aide médicale urgente aux enfants des rues a déclaré : « À Dakar, les enfants des rues vivent avec la violence au quotidien. Lorsqu’ils sont malades, ils ne vont pas à l’hôpital parce qu’ils n’y seraient pas acceptés. Dans certains cas, les pompiers les emmènent et les déposent devant l’hôpital mais s’ils ne peuvent pas payer ils ne seront pas soignés ». 

Claudia Cabral, Directrice de l’association Terra Dos Homens qui prend en charge les enfants des rues de Rio de Janeiro a fait remarquer : « À Rio, les enfants qui vivent ou travaillent dans la rue sont très vulnérables. La violence est courante dans les familles, tout comme la drogue, le crack faisant le plus de ravages. Les enfants sont en outre confrontés à la corruption de la police. 

Ces enfants aspirent à une vie normale mais nombre d’entre eux ont une mère et une grand-mère également nées dans la rue et cela devient la norme ». 

Franco Aloisio, Président de la Fondation Parada créée au milieu des années 1990 pour aider les enfants vivant dans les égouts de Bucarest, a déclaré que le problème existait toujours dans la ville, notamment en hiver lorsque les températures descendent à - 15 ° C mais qu’il y avait eu une amélioration. On compte 1 000 à 1 300 enfants dans les rues à l’heure actuelle contre 4 000 à 5 000 à l’époque la plus critique. 

Au Guatemala, de nombreuses jeunes filles abandonnées finissent par travailler comme prostituées. Anne Pascal, Présidente de l’association Les Trois Quarts du Monde, a expliqué que celle-ci se rendait dans les maisons closes pour distribuer des préservatifs, des couches et du lait maternisé aux jeunes filles. Son association propose un soutien matériel et psychologique mais a besoin d’être financée en conséquence pour être efficace. 

« Si nous prenons en charge une fille, il s’agit d’un engagement de dix ans ou plus mais le financement peut ne durer qu’un an. Comment annoncer à la jeune fille qu’on ne peut plus continuer à s’occuper d’elle ? ». 

Concernant les aspects juridiques, il a été dit au séminaire qu’il existait des lois dans la plupart des pays pour protéger les enfants des rues mais qu’elles n’étaient pas toujours appliquées. 

Daniel Condaminas, Président de la Commission internationale des relations extérieures pour l’International Police Association, présente dans 61 pays sur 5 continents, a affirmé que les forces de police devaient jouer leur rôle. 

« Les policiers doivent être formés à voir les enfants des rues comme des victimes et non uniquement comme des criminels. Nous ne sommes qu’un maillon de la chaîne et nous ne sommes pas des travailleurs sociaux mais des observateurs », a-t-il ajouté.

La soirée qui a suivi le débat a été consacrée à la projection d’un documentaire, « Street Children » de Michel Bulté et à la remise d’un nouveau prix créé par la Fondation Air France pour récompenser des associations reconnues pour leur action en faveur des enfants. Le premier de ces prix a été remis au Dr Xavier Emmanuelli, Président Fondateur du Samusocial international. Une exposition de photos « Sale gosse! », de François Perri se tient au Siège de l’UNESCO jusqu’au 12 décembre.

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Entretien avec François Perri, photographe de l'exposition "Sale gosse!"

 

 

 

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