Crise financière : les budgets de l’éducation dans la tourmente

07.10.2009 11:31 Il y a : 5 yrs

Selon deux études conduites par l’UNESCO, les gouvernements des pays en développement ont réussi jusqu’à présent à protéger leurs budgets de l’éducation contre la crise qui ébranle l’économie mondiale. Mais jusqu’à quand pourront-ils tenir ?

©IADB

L’Organisation a mené une enquête rapide, en mars 2009, afin d’évaluer l’incidence de la crise sur les budgets de l’éducation. Le rapport, The Impact of the Crisis on Public Expenditure on Education: Findings from the UNESCO Quick Survey repose sur les questionnaires remplis par 51 pays. Parallèlement, l’Institut de statistique de l’UNESCO (ISU) a conduit une première évaluation de l’impact de la crise sur le financement de l’éducation publique dans 16 pays en examinant les documents budgétaires officiels des gouvernements (Early Impact Assessment of the Global Financial Crisis on Education Financing: Country Case Studies).

Les deux rapports suggèrent que les gouvernements déploient de réels efforts pour protéger les budgets de l’éducation mais qu’ils sont préoccupés par leur capacité à pérenniser l’expansion de l’éducation et à en préserver la qualité. Ils considèrent que la situation pourrait apparaître sous un jour différent à la fin de l’exercice fiscal, lorsqu’un plus grand nombre de pays seront en mesure de communiquer les dépenses effectivement engagées en 2009. “Il est en effet indéniable que dans certains des pays qui ont été examinés dans le cadre du rapport de l’ISU, la collecte des recettes pendant les premiers mois de l’exercice fiscal en cours est inférieure aux prévisions budgétaires,” explique Hendrik van der Pol, Directeur de l’ISU. “Néanmoins, il est encore trop tôt pour évaluer l’impact de la crise sur les inscriptions et sur les décisions des ménages en matière de scolarisation.” Enfin, les rapports mettent l’accent sur les craintes d’une baisse potentielle de l’aide extérieure, ce qui rend la tâche encore plus difficile pour les pays de planifier l’éducation. “Nous devons être prudents, car les effets de la crise ne sont pas encore parfaitement visibles dans les statistiques financières,” prévient David Atchoarena, Directeur à l’UNESCO de la Division des stratégies de l’éducation et du renforcement des capacités.

“Le ralentissement économique mondial menace les progrès réalisés en matière de développement éducatif,” déclare M. van der Pol. “De nombreux gouvernements sont confrontés à des budgets très serrés en raison de la diminution des recettes.” Citant le rapport de l’ISU, M. van der Pol souligne que “certains pays étaient tellement sensibles aux chocs extérieurs que leurs économies ont été sévèrement affectées. D’autres, en revanche, ont quand même réussi à absorber l’impact. D’autre part, plusieurs pays ont bénéficié du soutien rapidement apporté par des organisations internationales telles que le Fonds monétaire international et ont pu ainsi atténuer les restrictions budgétaires immédiates.”

Les pays dont les économies dépendent fortement des exportations ou des remises, par exemple, ressentent l’effet de la baisse des rentrées de devises sur leurs budgets nationaux, notamment celui de l’éducation. Au Soudan et au Yémen, par exemple, l’effondrement des prix du pétrole devrait conduire à une réduction globale des budgets, notamment de l’éducation. Au Ghana, le recrutement des enseignants a été gelé. Le Pakistan a réduit les budgets de développement de l’enseignement élémentaire, de l’alphabétisation et de l’éducation de la petite enfance. En revanche, dans plusieurs autres pays examinés, les budgets de l’éducation semblent avoir été protégés. Au Guatemala, le budget de l’éducation a été exempté de la réduction globale des dépenses publiques. Dans certains pays à revenu intermédiaire, notamment en Asie et en Amérique latine, les dépenses publiques d’éducation bénéficient de mesures contracycliques de grande ampleur visant à stimuler l’économie. Le Kenya, la Namibie et le Mexique ont utilisé leurs ensembles de mesures incitatives pour construire de nouvelles écoles et développer les infrastructures éducatives. L’Égypte a voté un budget qui, en 2009, augmente les dépenses d’éducation de 15,5 % par rapport à l’exercice précédent. 

Les gouvernements peuvent-ils poursuivre l’expansion de l’éducation? “La situation varie beaucoup selon les contextes nationaux. Certains pays ont réduit leurs allocations budgétaires initialement prévues pour les dépenses en capital, explique M. Atchoarena. “Dans certains cas, cela peut avoir un effet sur la capacité des systèmes éducatifs à préserver à long terme le développement éducatif. Par exemple, le fait de retarder les programmes d’investissement au niveau post-primaire peut, dans un premier temps, n’engendrer aucune difficulté majeure ; en revanche, dans cinq ans, la capacité à absorber le nombre croissant d’élèves issus du primaire dans les établissements d’enseignement secondaire et post-secondaire sera réduite et cette situation aura un effet négatif sur les niveaux d’éducation.”

“De nombreux gouvernements doivent trouver un compromis entre préserver l’équilibre budgétaire et augmenter les dépenses publiques afin de contrebalancer le ralentissement économique,” souligne le rapport de l’ISU. Selon le rapport, lorsque les pays réduisent leurs budgets d’éducation, l’enseignement primaire a tendance à mieux résister que les niveaux post-primaires car une grande partie de son budget est utilisée pour rémunérer les enseignants. L’enseignement supérieur et les enseignements technique et professionnel ont tendance à consommer davantage de dépenses courantes non salariales et de dépenses en capital, et sont par conséquent susceptibles d’être plus affectés par ces réductions. Cependant, les réductions des dépenses non salariales peuvent également avoir de sérieux effets négatifs sur la qualité de l’ensemble du système éducatif. “Réduire les fonds affectés à des dépenses non salariales dont les niveaux sont déjà bas pourrait avoir un effet dévastateur sur la qualité de l’éducation. Les élèves seraient en effet directement affectés par la réduction des manuels scolaires disponibles, des outils pédagogiques, des aides au fonctionnement des écoles, de l’entretien courant des écoles, des services de repas, des équipements de santé dans les écoles, etc.,” prévient l’ISU. Bien que les salaires des enseignants semblent être bien protégés, leur paiement en temps opportun suscite encore certaines préoccupations, en particulier quand le gouvernement est confronté à une forte baisse de ses recettes.

Lorsque les opportunités d’emploi diminuent, les étudiants ont tendance à rester plus longtemps dans l’enseignement tertiaire. Plusieurs pays industrialisés et en développement sont confrontés à cette augmentation de la demande centrée sur la poursuite des études qui se traduit par davantage de pression sur les budgets de l’éducation.

“D’une manière générale, les donateurs, notamment les donateurs bilatéraux, seront moins susceptibles de respecter leurs engagements en matière d’aide, car selon toute vraisemblance, l’impact de la crise sur les pays les plus pauvres imposera une augmentation des niveaux de l’aide,” redoute M. Atchoarena. L’aide extérieure joue un rôle majeur dans la protection des progrès réalisés en matière d’éducation et dans le soutien apporté aux pays pour atteindre l’Éducation pour tous, notamment en Afrique subsaharienne. En dépit des progrès rapides réalisés dans la région sur la voie de l’enseignement primaire universel, plusieurs pays sont encore loin de pouvoir atteindre, d’ici à 2015, les objectifs de l’EPT. Pour investir dans les infrastructures, la plupart d’entre eux dépendent fortement de l’aide au développement. 

Le Rapport mondial de suivi sur l’Education pour tous de l’UNESCO a déjà souligné qu’une augmentation de l’aide pourrait contribuer à réduire les restrictions budgétaires, mais les budgets de l’aide au développement sont désormais soumis à des pressions plus fortes. L’aide à l’éducation de base a déjà baissé de 22 % entre 2006 et 2007.  Selon le Rapport, les pays à faible revenu ne pourront atteindre les principaux objectifs en matière d’éducation que si un montant de 7 milliards de dollars EU vient en complément de l’aide qui leur est octroyée. 

Les crises économiques précédentes ont démontré que l’aggravation de la pauvreté constitue une menace pour l’éducation. Si le chômage augmente et les recettes diminuent, note M. Atchoarena, le coût d’opportunité de l’éducation augmentera. “Certains parents seront peut-être même obligés de déscolariser leurs enfants et de les envoyer travailler au sein de l’économie informelle”, commente-t-il. Dans un proche avenir, l’UNESCO et l’OIT partageront des informations afin de produire une évaluation qui portera sur les perspectives en matière de travail et d’éducation.

“Les données disponibles indiquent que plusieurs pays déploient de nombreux efforts pour respecter leurs engagements budgétaires en matière d’éducation,” conclut M. Atchoarena. “Néanmoins, il convient de rester vigilants.”

Liens:

Institut de statistique de l’UNESCO – La première source couvrant les données de l’éducation à travers le monde


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