La région Asie-Pacifique fait des progrès dans le domaine de l’éducation, mais il reste du « travail inachevé », selon le Sous-Directeur général de l’UNESCO pour l’éducation

18.08.2014 12:51 Il y a : 130 days

Depuis que les objectifs de l’Éducation pour tous (EFA) ont été fixés en 2000, la région Asie-Pacifique a fait d’immenses progrès dans le domaine de l’éducation. Toutefois, bien qu’il soit important de reconnaître les succès, le Sous-Directeur général de l’UNESCO pour l'éducation, M. Qian Tang, indique qu’il ne faut pas se reposer sur ses lauriers, car il reste beaucoup de « travail inachevé » à accomplir.

©UNESCO/Sirisak ChaiyasookUNESCO Assistant Director-General for Education, Qian Tang at the Asia-Pacific Regional Education Conference (APREC) held in Bangkok

M. Tang a récemment participé à la Conférence régionale sur l'éducation pour la région Asie-Pacifique (APREC) organisée à Bangkok en août, durant laquelle des responsables de haut niveau de toute la région se sont réunis pour partager des expériences en matière d’EPT et convenir de domaines prioritaires pour l’après-2015.

En marge de l’APREC, M. Tang s’est exprimé sur l’importance de la conférence et sur la nécessité de réduire les disparités existant entre les pays et à l’intérieur des pays, tout en tenant compte des contraintes économiques.

Comment évaluez-vous les progrès accomplis par la région Asie-Pacifique dans la réalisation des objectifs de l’EPT ?

Depuis une dizaine d’années, on dit que l’Asie est le moteur du développement mondial. C’est la même chose pour l’éducation. Le développement de l’éducation dans la région Asie-Pacifique occupe une position dominante par rapport au reste du monde. Dans les cultures asiatiques, l’éducation a toujours été une priorité pour les familles et la société. Dans certains pays, il s’agit d’une longue tradition, mais au cours des 15 dernières années, de plus en plus de pays et, en particulier, les pays les moins avancés, ont commencé à les rattraper.  

De 1999 à 2011, des progrès considérables ont été accomplis par la région Asie-Pacifique dans la réalisation des six objectifs de l’EPT, en particulier en ce qui concerne l’éducation primaire pour tous et l’égalité des genres. Au cours des 15 prochaines années, j’aimerais que la région conserve cette position pour essayer de poursuivre le développement de l’éducation, notamment en termes de promotion de l’équité et de l’égalité.

L’équité et l’égalité – pourriez-vous nous présenter ces objectifs dans le cadre de la région Asie-Pacifique ?

Je pense que le plus grand défi est de parvenir à un développement équilibré entre les pays, mais aussi à l’intérieur des pays. Dans cette région se trouvent les pays les plus développés, mais aussi les moins avancés. À travers les efforts de coopération régionaux, les pays développés peuvent aider l’ensemble de la région.

Des défis se posent également au sein des pays. La région de Shanghai, par exemple, est plus développée que d’autres régions de Chine. Cela représente aussi un défi pour les responsables des politiques nationales, qui doivent combler les écarts et atteindre un équilibre entre les différentes régions.

Lorsque vous avez été nommé au poste d’ADG en 2010, vous avez parlé de la façon dont la vision des objectifs de l’EPT était réduite aux Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) de l’éducation primaire pour tous et de l’égalité des genres. Quels étaient les défis posés par cette vision restreinte pour faire progresser l’agenda de l’éducation à l’échelle mondiale ?

Ces dernières années, depuis que j’ai été nommé ADG, j’ai rencontré une centaine de ministres de l’éducation. Lorsque j’ai rencontré les ministres de l’éducation d’Amérique latine, ils m’ont dit « votre OMD [l’éducation primaire pour tous] ne nous concerne en rien, car l’éducation primaire n’est plus un problème pour nous. Nous l’avons généralisée il y a bien longtemps ». Ils m’ont dit « la prochaine fois que vous fixez un objectif mondial, pensez à nous, pensez à sa pertinence pour les pays à revenu moyen et même pour les pays de l’OCDE ».

De la même façon, lorsque j’ai parlé au Secrétaire de l’éducation des États-Unis, il y a deux années, il m’a dit « j’ai un gros problème » avec l’alphabétisation fonctionnelle et l’équité, même aux États-Unis. Nous devrions élaborer un agenda pertinent à l’échelle mondiale. C’est pourquoi nous encourageons une approche holistique ; il est question d’un processus d’apprentissage tout au long de la vie, d’accès, d’équité et de qualité, des sujets qui concernent tout le monde.

Je pense qu’aucun pays dans ce monde ne peut prétendre avoir atteint cet objectif. C’est un objectif très ambitieux, mais réalisable, pertinent pour tous, et bien sûr les capacités sont différentes d’un pays à l’autre.

Comment les récentes difficultés financières de l’Organisation ont-elles affecté l’action de l’UNESCO dans le secteur de l’éducation ?

Ces dernières années, notre budget a été réduit de 30-40%, mais dans le même temps, les ressources complémentaires ont augmenté. Les donateurs ciblent la plupart de ces ressources financières au niveau national. Nous avons convaincu un grand nombre de donateurs, de pays et de membres du secteur privé que l’UNESCO était un partenaire de confiance, afin de pouvoir mettre en œuvre des programmes. Par exemple, nous avons conclu un partenariat avec le Gouvernement du Pakistan pour mettre en œuvre le Fonds Malala pour l’éducation des filles.

[Les difficultés financières] nous ont obligés à redoubler d’efforts pour mobiliser des fonds extrabudgétaires. Dans le secteur de l’éducation, je ne m’inquiète pas du manque de ressources ; je m’inquiète du manque de personnel pour mettre en œuvre les programmes. Les fonds arrivent, mais nous n’avons pas suffisamment de personnel. Nous sommes victimes de notre propre succès.

Entretien réalisé par Noel Boivin, UNESCO Bangkok.


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