Interview avec le Professeur Cury sur l' éducation inclusive au Brésil

23.10.2013 11:55 Il y a : 176 days

Carlos Roberto Jamil Cury, professeur à l'Université catholique du Minas Gerais au Brésil et ancien président du secteur de l’éducation de base au sein du Conseil national de l’éducation brésilien, était invité à donner la conférence inaugurale sur la notion d’éducation inclusive lors du colloque « L’éducation inclusive : une formation à inventer » qui a eu lieu au Siège de l’UNESCO à Paris les 16 et 17 octobre 2013. A cette occasion, M. Cury a répondu à nos questions.

Question 1 : Comment la législation brésilienne cherche-t-elle à promouvoir une mise en œuvre effective du droit à l’éducation, en particulier dans sa dimension inclusive ?

Réponse : Il y a, à ce sujet, un projet de loi très intéressant qui est en voie de promulgation au Brésil.  Il s’agit du plan national d’éducation dont l’un des objectifs concerne plus spécifiquement l’éducation inclusive.

Il vise les personnes qui ont des capacités limitées (physiques ou intellectuelles), les personnes en prison ainsi que toute autre personne présentant une diversité culturelle ou sociale.

Il est intéressant de noter, par exemple, que ce plan national d’éducation prévoit d’intégrer dans le curriculum des cours sur la culture et l’histoire afro-brésilienne dans une perspective plus large, permettant ainsi une approche qui dépasse les stigmatisations. Un autre exemple intéressant au Brésil est un décret de 2005 qui rend l’enseignement de la langue des signes obligatoire dans la formation des professeurs.

Question 2 : Quels sont les principaux défis à la réalisation effective du droit à l’éducation pour tous au Brésil ?

Réponse : Le principal défi est d’ordre social. Pendant de nombreuses années, le Brésil a été un pays élitiste en matière d’éducation. Il existait un examen qui sanctionnait le passage du primaire au collège. Seuls ceux qui réussissaient ce test pouvaient accéder à l’enseignement secondaire. Maintenant que cet examen n’existe plus, il y a un plus grand nombre de jeunes, d’origines très diverses, qui intègrent le cycle secondaire. L’enseignement fondamental couvre aujourd’hui la tranche d’âge 6-14 ans. Après 2016, l’enseignement obligatoire commencera à 4 ans et se poursuivra jusqu’à 17 ans.  Il faudra alors que notre système éducatif s’adapte pour répondre aux besoins d’un nombre accru de jeunes, avec un profil varié. Cela renvoie à la formation des maîtres. Comment préparer les enseignants pour qu’ils soient davantage aptes à comprendre la culture de ces nouveaux profils à l’école ?

Question 3 : Le colloque a montré que, pour que l’éducation soit réellement inclusive, il était urgent et nécessaire de réformer la formation des enseignants. Quelles devraient être selon vous les priorités de cette formation repensée ?

Réponse : Les établissements de formation des enseignants ont une grande responsabilité dans l’application de la législation pour faire en sorte qu’émerge une nouvelle culture qui respecte la diversité ; cela de manière à déconstruire les préjugés, et à construire une dynamique du respect.

Un des grands problèmes auxquels est confronté le Brésil concerne le recrutement des enseignants. Comment attirer un plus grand nombre de professeurs ? Les gens savent que les salaires des enseignants ne sont pas en adéquation avec leur formation. Nombreux sont ceux et celles qui ont suivi la formation d’enseignants mais qui, une fois sur le marché du travail, s’orientent vers des métiers liés, par exemple, à l’informatique.

Les enseignants doivent aussi être mieux formés. Il faut assurer un meilleur équilibre entre la théorie et la pratique. Le gouvernement fédéral a ainsi proposé une bourse aux personnes qui souhaitent faire un stage dans les écoles avant d’être diplômées. Il est important également que les enseignants puissent avoir dans leur formation des modules sur, par exemple, l’histoire et la culture des minorités.

Nous avons au Brésil des écoles inclusives que l’on appelle « écoles référentes ». Ces écoles ont une équipe pluridisciplinaire comprenant des médecins, des psychologues et des assistant(e)s scolaires. L’accessibilité physique est également assurée. Il faut multiplier ce genre de structures pour que tous les enfants et tous les jeunes du Brésil voient leur droit à l’éducation respecté.

 

 


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