La fille sur la photo - Rosian Zerner

28.01.2013 16:23 Il y a : 2 yrs

« Je suis l’enfant sur la photo choisie pour cette annonce ! » a écrit Rosian Zerner à l’UNESCO, après avoir reçu des informations sur les événements organisés à l’occasion de la Journée de commémoration de l’Holocauste (27 janvier).

© United States Holocaust Memorial Museum, Washington / Rosian Zerner - Rosian Bagriansky à la ferme de Lyda Goluboviene, Lituanie, 1944 et Rosian Zerner aujourd’hui

 « Nous avons obtenu la photographie auprès du Musée mémorial des États-Unis pour l'Holocauste et nous avons été frappés par le contraste entre le sourire radieux de la petite fille et la réalité brutale de l’Holocauste, » explique Karel Fracapane, responsable à l’UNESCO de la coordination des événements de la Journée internationale. « Lorsque la photo a été prise, elle venait juste d’échapper aux horreurs du ghetto de Kovno en Lituanie et vivait cachée, en se déplaçant d’un lieu à un autre, séparée de ses parents. Mais nous ne savions pas que « la fille sur la photo » était vivante. »

Rosian Zerner est bien vivante et a gentiment accepté d’accorder un entretien à l’UNESCO, depuis la région de Boston, aux Etats-Unis, où elle vit aujourd’hui.  

Qu’avez-vous ressenti quand vous avez vu la photo ?

 « J’ai été stupéfaite de voir mon propre visage, sur cette annonce, en train de me regarder. J’avais fait don de la photo au Musée mémorial pour l’Holocauste. Elle a été prise à la ferme de Lyda Goluboviene, qui a été la principale personne à me sauver. Je me souviens du manteau, je l’ai porté pendant toute la Seconde Guerre mondiale. Il n’est jamais devenu trop petit car je ne cessais de perdre du poids ! »

Est-ce que vous avez encore le tempérament optimiste de la fille sur la photo ?

Oui, j’ai toujours essayé d’avoir une attitude positive. Je crois aux miracles. En fait, je suis la preuve vivante que des miracles se produisent. Non seulement j’ai survécu à l’Holocauste mais j’ai retrouvé ma famille en Lituanie, un pays où environ 95 % des juifs ont été assassinés, y compris 40 autres membres de ma famille.  

Le thème de la Journée de commémoration de l’Holocauste est « Avoir le courage d’aider : le sauvetage pendant l’Holocauste ». Combien de sauveteurs avez-vous eus ?  

J’ai eu au moins sept sauveteurs. La plupart ont agi par conviction, par respect de la vie humaine et parce qu’ils croyaient en un monde meilleur. Malheureusement, ils étaient beaucoup trop rares à prendre un tel risque.

Comment avez-vous échappé au ghetto de Kovno et qui fut votre premier sauveteur ?

Mon premier sauveteur fut Bronja Budreikaite, la secrétaire de mon père, qui m’avait rencontrée de l’autre côté de la barrière en fil de fer barbelé qui entourait le ghetto. J’avais six ans. Mes parents – qui, en réalité, furent mes premiers sauveteurs – m’ont poussée dans un trou qu’ils avaient creusé sous la barrière, tout en évitant les gardes, les projecteurs et les chiens. Mon nom de guerre est alors devenu Irena Budreikaite.

Quel genre de personnes étaient vos sauveteurs?

C’était des être humains ordinaires, principalement des femmes, que leurs actes ont rendus extraordinaires : une agricultrice, une couturière, un journaliste, une femme au foyer. Certains étaient des scientistes chrétiens d’origine russe. J’ai même été sauvée un Allemand. Mes sauveteurs ont également sauvé d’autres personnes : un sourd-muet, une veuve russe et ses enfants et d’autres juifs.

Où vos sauveteurs vous cachaient-ils ?

On me cachait dans des maisons, des greniers, des granges ou dans les bois. J’ai été cachée dans un orphelinat où l’on m’a rasé la tête à cause des poux et où le prêtre me protégeait alors que certaines des religieuses me dénonçaient. Dans les villages, certains me secouraient mais d’autres m’auraient volontiers tuée s’ils avaient appris que j’étais juive. Dès que je sentais la suspicion, il fallait que je m’en aille. Si la guerre avait duré plus longtemps, je n’aurais plus su où me cacher. Parfois, j’en avais assez de fuir mais ma volonté de vivre l’emportait toujours. 

Pour vous, quel est le rôle de l’éducation à l’Holocauste ?

L’éducation est une priorité. Nous devons nous souvenir des faits et de la signification de l’Holocauste et nous devons les enseigner aux générations futures. Je pense que personnellement, j’ai la responsabilité de m’exprimer sur ce sujet car je fais partie de l’une des dernières générations à avoir été témoin de l’Holocauste. Je fais cela non seulement par gratitude envers les sauveteurs et pour rendre hommage aux victimes mais aussi parce que je suis préoccupée par le révisionnisme et le déni de l’Holocauste que l’on peut observer, même au plus haut niveau, dans certains pays. Peut-être que l’éducation à l’Holocauste peut servir d’exemple pour que l’histoire ne se répète pas. Elle peut également être un phare qui nous guide vers un monde meilleur.

Propos recueillis par Mme Jean O’Sullivan

Les principaux sauveteurs de Rosian Zerner figurent sur la liste des « Justes parmi les nations » au Yad Vashem, Mémorial national des martyrs et des héros de la Shoah à Jérusalem. Ce sont Bronja Budreikaite, Natalija Fugaleviciute, Natalija Yegorova, Lyda Goluboviene, Vitautas Kaunietskas, Helene Holzman et sa fille Margarete Holzman qui vit toujours, en Allemagne. « Bien que ce soit sa mère qui m’ait cachée, la vie de Margarete était en danger et elle a donc également fait partie de mes sauveteurs, » déclare Rosian, qui va régulièrement en Allemagne rendre visite à Margarete.

 


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