Félix Houphouët-Boigny

© UNESCO/ Mamadou S. Koné

"Notre combat n'est pas terminé, il ne sera jamais terminé. Le vrai combat demeure, c'est le combat pour la paix." Félix Houphouët-Boigny

Dans la résolution portant création du Prix, en 1989, la Conférence générale de l'UNESCO donnait au Prix le nom hautement symbolique de Félix Houphouët-Boigny, le Sage de l’Afrique. Autant ce Prix répondait à la mission prioritaire originelle de l’Organisation, autant le nom de Félix Houphouët-Boigny symbolisait la paix à laquelle il a consacré toute sa vie.

 

Le Sage de l'Afrique (1905-1993)

Médecin, planteur, élu député à l’Assemblée constituante française en octobre 1945, Félix Houphouët-Boigny devait attacher son nom à la loi du 4 avril 1946 abolissant le travail forcé sur tous les territoires des colonies françaises d’Afrique noire. « La fondation de l’Union française par l’Assemblée nationale peut-elle se concilier avec cet esclavage déguisé qu’est le travail forcé et son cortège de souffrances ? » s’était-il exclamé devant les députés réunis au Palais-Bourbon.

En octobre de la même année, le Congrès de Bamako qu’il réunit, débouche sur la création du Rassemblement démocratique africain (RDA), premier mouvement politique d’émancipation des peuples de l’Afrique noire française.

De 1956 jusqu’à la proclamation, en 1960, de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, son pays, Félix Houphouët-Boigny a fait partie de tous les gouvernements de la IVe République. A ce titre, il a participé à l’élaboration des textes successifs qui, de la loi-cadre de juin 1956 à la nouvelle Constitution française du 4 octobre 1958, organisent l’autonomie et prévoient l’accession à l’indépendance des anciennes colonies françaises d’Afrique noire qui en feraient la demande. Par l’action patiente et tenace qu’il a menée au sein des gouvernements auxquels il a participé, et les résultats qu’il a obtenus pour l’ensemble de l’ancienne Afrique noire française, il a écrit l’une des pages les plus exemplaires de l’histoire de la décolonisation.

En acceptant les responsabilités qui lui étaient confiées en tant que ministre délégué à la présidence du Conseil, Félix Houphouët-Boigny avait déclaré à Guy Mollet : « Dans ma collaboration avec vous, j’essaierai de vous faire éviter en Afrique noire les erreurs et les incompréhensions qui ont conduit la France aux situations malheureuses que nous connaissons en Indochine et en Afrique du Nord. » Toute la suite de son action a été l’illustration de cet engagement fondé sur la recherche permanente du dialogue et de la paix.

Sur toutes les tribunes internationales, de 1956, année où il dirigea la délégation française aux Nations Unies, à sa disparition en 1993, Félix Houphouët-Boigny n’a cessé, dans tous ses discours, de prêcher la tolérance et la reconnaissance des légitimes aspirations des peuples, seules voies menant, selon lui, à une paix juste et durable.

En juillet 1962, il préconisait déjà le dialogue entre Arabes et Israéliens. Au cours d’un voyage à Jérusalem, il déclarait à ses hôtes israéliens : « Nous pensons qu’il n’y a pas au monde de problème si difficile, si ardu soit-il, qui ne puisse être réglé par la voie de la négociation. »  Un mois auparavant, à l’Institut royal des affaires internationales de Londres, le 7 juin 1962, il énonçait sa philosophie politique et sa confiance en « l’esprit humain » : « Nous avons toujours préféré, en toutes circonstances, la négociation, persuadés que, de la confrontation des idées et des intérêts en cause, peut sortir un compromis acceptable pour tous. »

© UNESCO/ Mamadou S. Koné
Le Président de la République de Côte d'Ivoire, entouré de MM. Frederik W. De Klerk et Nelson Mandela, premiers lauréats du Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix.

Homme de paix et visionnaire politique, Félix Houphouët-Boigny avait prédit la disparition totale de l’apartheid en Afrique du Sud, par des voies pacifiques : « c’est une erreur de croire qu’il n’y a pas d’autre alternative que la guerre pour faire disparaître l’apartheid, alors que l’on peut et que l’on doit, dans une perspective de paix en Afrique, recourir au dialogue. De toute façon, le dialogue s’imposera un jour, avant ou après la guerre. Il est infiniment préférable d’y recourir au plus tôt pour éviter la guerre qui, je ne le répéterai jamais assez, ne règle rien de nos jours. »

La convergence entre la philosophie de Félix Houphouët-Boigny et les idéaux de l’UNESCO est évidente. Dans le discours qu’il prononça le 30 juin 1976 devant le Conseil économique et social des Nations Unies, le Président Félix Houphouët-Boigny déclara :

« Rien ne changera tant que les hommes d’État n’auront pas fait de la recherche de la paix autre chose que l’habillage de leur politique. Tout changera lorsque cette recherche de la paix sera devenue l’objet essentiel, réel, de leurs préoccupations et leur seconde nature. Les intérêts qu’ils défendaient jusqu’alors leur paraîtront à ce moment-là bien dérisoires et pervers. La paix, ce n’est pas un mot, c’est un comportement. »

 

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