28.02.2014

Sauvons le patrimoine culturel des nouvelles « guerres du XXIe siècle »

© UNESCO/Prof. Maamoun Abdul Karim - Mosquée d'Alep

La conférence « Les guerres du XXIème siècle – 2000-2014 », organisée par l’Université des Nations Unies (UNU) au siège de l’UNESCO le 27 février, examinera la façon dont la communauté internationale se doit de répondre aux « nouvelles guerres » de notre époque.

Pour l’UNESCO, la paix ne résulte pas d’un traité : elle est l’une des composantes d’une culture mondiale fondée sur le respect, la compréhension et le dialogue mutuels. Rédigés en 1945, les premiers mots de la Convention de l’UNESCO n’ont rien perdu de leur impact : « Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix. » Faire de réels progrès en matière de développement et de paix exige une véritable avancée des connaissances et capacités humaines. Il est donc nécessaire de développer les talents de chacun, en commençant par l’éducation, la science, la culture, ainsi que la communication et l’information.

L’une des questions les plus difficiles touche au rôle des interventions internationales au nom de la protection des populations en danger. Bien que le Sommet mondial des Nations Unies de 2005 ait défini la responsabilité de protéger, l’usage de la force demeure un sujet sensible.

Parmi les participants à la conférence de l’UNU, des personnalités qui ont joué un rôle éminent dans la résolution de divers conflits de ces dix dernières années, dont Bernard Kouchner (ancien Ministre français des Affaires étrangères et européennes et théoricien du « devoir d’ingérence »), Fatou Bensouda (Procureur à la Cour pénale internationale), Igor Ivanov (ancien Ministre russe des Affaires étrangères), Mohamed El Baradei (ancien Directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique et lauréat du Prix Nobel de la paix), Dominique de Villepin (ancien Premier ministre français), ou encore Sergio de Queiroz Duarte (ancien Haut-Représentant des Nations Unies pour les affaires de désarmement). La possibilité – ou non – de « combattre le mal », la responsabilité de protéger et les problématiques liées à la souveraineté, de même que les nouveaux défis que la communauté internationale doit relever, seront débattus lors des discussions.

Pour l’UNESCO, l’éducation est essentielle à la protection de la dignité humaine, sans distinction de couleur, de genre, ou d’origine nationale, ethnique ou religieuse. En inculquant le respect de la diversité, elle participe à lutter contre l’extrémisme violent. On ne peut admettre l’existence de cultures d’exclusion. La culture est devenue un enjeu de sécurité internationale des conflits actuels. Lorsqu’un conflit éclate, elle est une cible de premier choix utilisée pour alimenter la haine et bloquer la réconciliation. Par exemple, entre 1992 et 1995 à Sarajevo, les belligérants se sont attaqués aux livres, aux bibliothèques et aux panneaux des rues de la ville dans le but de troubler le mode de vie à la base même du rassemblement des différentes cultures. « Détruire la culture nuit aux sociétés sur le long terme. Elle les prive de sources de mémoire collective ainsi que de précieux atouts sociaux et économiques, » a écrit Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO.

En réponse immédiate aux dommages causés par un incendie le 7 février dernier à Sarajevo, l’UNESCO y a envoyé des experts afin de contribuer à la restauration des Archives de Bosnie-Herzégovine. 

Aujourd’hui, trois sites du patrimoine mondial de l’UNESCO en Syrie – Palmyre, le Crac des Chevaliers, et Alep, y compris la Citadelle d'Alep – sont utilisés à des fins militaires, ce qui aggrave les risques de destructions imminentes et irréversibles. « Les dommages causés au patrimoine culturel sont un coup porté à l'identité et à l'histoire du peuple syrien – un coup porté au patrimoine universel de l'humanité... J’appelle toutes les parties au conflit en Syrie à s'abstenir d'utiliser tout site culturel ou ses environs immédiats à des fins militaires quelles qu’elles soient, afin d'éviter d'exposer ces biens à d’autres destructions ou dommages. Tout ceci doit faire partie des efforts plus larges pour mettre fin à la violence et mener à la paix, » a déclaré la Directrice générale le 20 février. Deux jours plus tard, le Conseil de sécurité des Nations Unies a émis une résolution appelant « toutes les parties à mettre immédiatement fin à toutes formes de violence qui ont infligé des souffrances aux habitants de la Syrie, à préserver la diversité de la société syrienne qui fait sa richesse et le patrimoine culturel du pays, et à prendre les mesures nécessaires pour protéger les sites du patrimoine mondial qui se trouvent en Syrie. » Le moyen le plus sûr de protéger le patrimoine culturel en cas de conflit est d’en tirer le meilleur pour éviter les guerres, et d’en faire un pilier de la consolidation de la paix.



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