21.01.2014

Enseigner l’Holocauste partout dans le monde

L’Holocauste est une référence incontournable pour alerter les consciences face aux violations des droits humains et face à la violence d’Etat. Comment les enseignants peuvent-ils traiter cette question sensible dans des sociétés multiculturelles en permanente évolution ? Quelle est la pertinence de l’enseignement de l’holocauste dans des régions du monde qui n’ont a priori pas de lien avec l’histoire du peuple juif et des crimes nazis ? Alors que l’enseignement de l’holocauste progresse dans le monde, des nouvelles méthodes d’enseignement sont-elles en train d’émerger ?

La nouvelle publication de l’UNESCO, « L’enseignement de l’holocauste dans un monde globalisé » met en lumière la nécessité d’enseigner l’histoire de l’holocauste aujourd’hui partout dans le monde. Publiée le 27 janvier 2014 – date anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau, inscrit sur la Liste du Patrimoine mondial – cette publication réunit les analyses de grands spécialistes du monde entier et explore différentes approches de l’enseignement de l’holocauste et du devoir de mémoire. Elle souligne notamment le rôle clef de l’enseignement de l’holocauste dans des contextes nationaux et culturels divers pour traiter des questions locales difficiles.

© AFS
Worshop at Anne Frank House

« Avec cette publication, les enseignants auront à leur disposition le bilan actualisé des principales questions débattues en matière d’enseignement de l’holocauste » écrit la Directrice générale de l’UNESCO Irina Bokova dans la préface du livre. « Ce recueil permettra également aux responsables politiques de cerner les objectifs et les implications du traitement de cette question complexe. Cette précieuse publication contribue à nos efforts pour permettre la compréhension mutuelle et le respect dans des sociétés qui connaissent des mutations profondes. »

Ce livre débute par l’examen de la situation de l’enseignement de l’holocauste en Europe, où le génocide est largement enseigné. Il décrit comment l’Allemagne ne cesse de s’interroger sur le sens de sa culpabilité et de sa responsabilité, comment la concurrence des mémoires constitue un défi nouveau pour les enseignants français et comment en Pologne, deux conceptions de la mémoire – une conception juive et une polonaise – doivent trouver le moyen de coexister en paix.

Le livre aborde ensuite une série de questions relatives aux méthodes éducatives, notamment à la recherche dans le domaine de la pédagogie, aux tendances actuelles des manuels et aux opportunités de développement des études de génocide.

En exposant une étude approfondie de l’enseignement de l’holocauste en dehors des frontières européennes, le dernier chapitre montre comment la référence universelle à l’holocauste peut devenir un point de départ pour comprendre d’autres traumatismes historiques. En Argentine et en Afrique du Sud, l’enseignement de l’holocauste permet l’étude des traumatismes locaux et contribue ainsi au développement d’une culture nationale de la commémoration. En Chine, il familiarise les étudiants avec de nouveaux concepts, sur la base desquels ils pourront s’interroger sur le passé de souffrance et de persécution de leur pays. Au Rwanda, il permet de mettre en perspective l’histoire du pays et facilite ainsi l’approche des événements plus récents. Transmettre la mémoire de l’holocauste est essentiel pour la promotion des droits de l’homme et la défense de la démocratie dans le monde, comme l’illustrent les analyses des institutions telles que Facing History and Ourselves ou bien du Musée mémorial des États-Unis pour l’holocauste.

© Shoah Memorial
Shoah Memorial

« Que nous vivions en Afrique centrale, en Chine, dans la région du Pacifique Sud ou bien en Suisse, nous devons être conscient du danger que représentent les génocides. L’enseignement de l’holocauste nous permet de tenir l’humanité à l’écart de cette forme extrême de crimes de masse » écrit Yehuda Bauer, grand historien ayant contribué à la rédaction du livre.

L’holocauste est un patrimoine partagé de l’humanité. Il porte un message  universel de paix et de compréhension mutuelle aujourd’hui. L’UNESCO s’engage pour que l’enseignement de l’holocauste et les leçons que l’on peut en tirer soient enseignés à travers le monde. Cette tâche est d’autant plus urgente que les témoins de cette période disparaissent et que des crimes contre l’humanité continuent à se produire aujourd’hui. L’UNESCO travaille à la promotion de l’enseignement de l’holocauste dans les Etats membres à travers des activités éducatives pour la paix et les droits de l’homme et à travers un programme pour l’éducation de l’holocauste. Etudier l’histoire de ce génocide signifie prendre des responsabilités pour le futur. C’est un appel pour protéger la dignité de tous et pour construire une véritable citoyenneté globale.

Chacun doit contribuer à l’édification de remparts contre le négationnisme, l’intolérance et la haine. « Je vois le travail précurseur de l’UNESCO en matière d’éducation à l’holocauste comme une contribution à la culture de la paix – nous devons comprendre le passé pour nous prémunir de la violence et de la discrimination aujourd’hui. Combattre les conditions de l’extrémisme nécessite une culture de la paix, fondée sur de nouvelles formes de solidarité globale » a déclaré Irina Bokova.

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