28.02.2014

« La protection du patrimoine est inséparable de la protection des civils dans les conflits »

© UNESCO /
Professor Maamoun Abdul Karim, Aleppo

L’UNESCO accueillait jeudi 27 février une conférence de l’Université des Nations Unies sur les Nouvelles guerres du XXIe siècle, avec la participation d’intellectuels et de personnalités politiques, observateurs et acteurs des conflits de ces dix dernières années.

Dans son discours inaugural, M. Daniel Rondeau, représentant de l’Université des Nations Unies auprès de l’UNESCO a rappelé que si les affrontements ont toujours accompagné le destin des hommes, de nouvelles formes de guerre apparaissent, où les conflits interétatiques ont laissé place à des conflits décentralisés qui rendent les interventions difficiles et posent de nouvelles questions. L’émergence du concept de la responsabilité de protéger en est un exemple.

C’est dans ce contexte que la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, a évoqué la « crise du tout-militaire » et des solutions fondées uniquement sur le « hard power » après les interventions en Afghanistan, en Iraq ou en Libye. La diplomatie et le « soft power » reviennent au premier plan de la gestion des crises. « Il n’y a pas à choisir entre la protection des vies humaines et l’éducation des enfants qui sont l’avenir du pays. Il n’y a pas à choisir entre la protection des vies humaines et la sauvegarde du patrimoine qui porte l’histoire d’un peuple » a-t-elle déclaré.

L’ancien ministre Bernard Kouchner, fondateur de Médecins Sans Frontières et de Médecins du Monde, a retracé l’histoire de la responsabilité de protéger en précisant qu’aujourd’hui, 95% des victimes des guerres sont civiles. L’un des aspects majeurs des conflits modernes réside notamment dans cette attention plus soutenue sur le respect des droits de la personne, et dans la volonté de la Communauté internationale de sanctionner les atteintes aux droits humains. Madame Fatou Bensouda, Procureure de la Cour Pénale Internationale, a présenté quelques uns des enjeux de cette pénalisation des crimes de guerres, évoquant notamment le cas des atteintes du patrimoine mondial. Dominique de Villepin, ancien premier ministre français, également présent, a lui mis en garde contre l’usage systématique de la force au détriment de la diplomatie et de la voie politique, regrettant la « militarisation des esprits » qui prône l’intervention armée au risque de déstabiliser davantage les Etats et d’aggraver les situations déjà fragilisées. « la Responsabilité de protéger a acquis une force normative réelle, mais la solution politique est la seule durable, et doit accompagner toute opération militaire » a ainsi souligné Mats Berdal, Professeur au département d’étude des guerres du King’s College (Londres).

 

« Dans un monde interdépendant, la sécurité est indivisible » et nous devons construire des solutions ensemble, a lancé Igor Ivanov, ancien ministre des affaires étrangères russes, en soulignant l’impuissance de la communauté internationale à prévenir les conflits et a appelé à renforcer les moyens et les outils de la prévention. Dans le même esprit l’Ambassadeur Pierre Morel a rappelé l’urgence du dialogue inter et intra-religieux, et le besoin de renforcer la veille et l’anticipation des conflits : « Il y a des mots qui tuent, et dans chaque situation de conflit, comme dans le génocide au Rwanda avec le rôle qu’a joué la radio Mille Collines, on peut retracer la montée de la violence dans la radicalisation des discours et des stéréotypes religieux ou culturels ».

De nombreux intervenants ont également souligné la centralité du développement et de la lutte contre la pauvreté pour la construction de toute paix durable. Mohamed El Baradei, prix Nobel de la paix, a appelé à définir des critères objectifs pour toute intervention au titre de la responsabilité de protéger. « Les formes de guerre ont évolué, la guerre est devenue un fait social, et nous devons y répondre en recréant du lien social, en agissant sur les leviers sociaux, le développement humain, l’éducation. » a souligné Bertrand Badie, professeur à Sciences Po. Je ne crois pas à la solution militaire de conflits qui ne sont plus militaires. »

« Cette réflexion nous ramène aux fondements du travail de l’UNESCO et nous allons continuer : nous aurons le 12 juin une autre Conférence sur Culture et Conflits, ici à l’UNESCO, afin de prolonger cette réflexion sur les moyen de renforcer notre multilatéralisme dans ce monde globalisé et si fragile. » a conclu la Directrice générale.

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