» 11 éléments du patrimoine immatériel inscrits sur la Liste de sauvegarde urgente
25.11.2011 - UNESCOPRESS

11 éléments du patrimoine immatériel inscrits sur la Liste de sauvegarde urgente

Des écoliers qui s'exercent au Saman lors d'un événement spécial. Le Saman ne fait pas encore partie du programme des écoles indonésiennes.© Centre for Research and Development of Culture, Indonésie

Le Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine immatériel, réuni à Bali (Indonésie) du 22 au 29 Novembre, a ajouté 11 nouveaux éléments à la Liste du patrimoine immatériel nécessitant une sauvegarde urgente :

Eshuva, prières chantées en Harákmbut des Huachipaire du Pérou : Les Huachipairi sont un groupe ethnique autochtone parlant le harákmbut et vivant dans la forêt tropicale du sud du Pérou. L'eshuva, prière chantée exprimant les mythes religieux de ce peuple, est interprété pour soigner un malade ou lors de cérémonies traditionnelles. Si l'on en croit la tradition orale, les chants eschuva auraient été appris directement des animaux de la forêt et ils permettent d'invoquer les esprits de la nature et de solliciter guérison, soulagement ou bien-être de leur part. Les chants sont uniquement interprétés en harákmbut, sans instrument.

Al Sadu, tissage traditionnel dans les Émirats arabes unis : Al Sadu désigne une forme traditionnelle de tissage utilisée aux Émirats arabes unis par les femmes bédouines des communautés rurales afin de produire des vêtements soyeux et des accessoires décoratifs pour les chameaux et les chevaux. Les hommes tondent les moutons, les chameaux et les chèvres, et les femmes se rassemblent en petits groupes pour filer et tisser tout en échangeant des nouvelles sur la famille et en chantant ou en récitant des poèmes à l'occasion. Lors de ces rassemblements, les filles apprennent en observant et en participant peu à peu à des tâches comme le tri de la laine, avant de s'essayer aux techniques plus complexes requises par le tissage.

Le Yaokwa, rituel du peuple Enawene Nawe pour le maintien de l’ordre social et cosmique (Brésil) : Les Enawene Nawe qui vivent dans la forêt pluviale du sud de l’Amazonie accomplissent le rituel du Yãkwa tous les ans durant les sept mois de la saison sèche afin d’honorer les esprits Yakairiti et maintenir ainsi l’ordre social et cosmique. Les différents clans assument des responsabilités en alternance : un clan se lance dans des expéditions de pêche dans toute la région, pendant qu’un autre prépare des offrandes de sel gemme, de poissons et de mets rituels pour les esprits, joue de la musique et danse. Le Yãkwa et la biodiversité locale qu’il célèbre représentent un écosystème extrêmement délicat et fragile, dont la continuité dépend directement de la conservation de ce dernier.

La danse Saman (Indonésie) : Des garçons et des jeunes hommes des Gayo de la province d’Aceh à Sumatra interprètent la danse Saman assis sur leurs talons ou agenouillés en rangs serrés. Les danseurs tapent dans leurs mains, se martèlent la poitrine et les cuisses, frappent le sol, claquent des doigts, balancent et tournent leur corps et leur tête en suivant un rythme changeant. Les vers qu’ils chantent dispensent des conseils et peuvent être de nature religieuse, romantique ou humoristique. Le Saman est exécuté lors de fêtes nationales et religieuses pour cimenter les relations entre les villages.

Les compétences traditionnelles de construction et de navigation des bateaux iraniens Lenj dans le golfe Persique : Par tradition, les lenjes iraniens sont construits manuellement avec du bois et sont utilisés par les habitants de la côte nord du golfe Persique pour les voyages en mer, le commerce, la pêche et la plongée pour récolter les huîtres perlières. Les savoirs traditionnels associés aux lenjes comprennent la littérature orale, les arts du spectacle et les festivals, en plus de la navigation et ses techniques, la terminologie, les prévisions météorologiques, et les compétences requises pour construire des bateaux en bois. Aujourd’hui, les lenjes en bois sont remplacés par des bateaux en fibre de verre et la philosophie, la culture et le savoir traditionnel liés à la navigation dans le golfe Persique s’estompent peu à peu.

Le Naqqāli, narration dramatique iranienne : Le Naqqāli, représentation théâtrale, a longtemps joué un rôle important dans la société iranienne, aussi bien dans les cours que dans les villages. Le conteur - le Naqqāl - raconte des histoires en vers ou en prose tout en faisant des gestes et des mouvements. Parfois aussi, son récit s’accompagne d’une musique instrumentale et est illustré par des rouleaux de toile peints. En tant qu’artistes et détenteurs de la littérature et de la culture persanes, les Naqqāls doivent connaître les expressions culturelles, les langues, les dialectes ainsi que la musique traditionnelle de leur région. Le Naqqāli requiert un talent immense, une très bonne mémoire et un don d’improvisation pour captiver le public.

La société secrète des Kôrêdugaw, rite de sagesse du Mali : Pour les communautés bambara, malinké, senoufo et samogo du Mali, la société secrète des Kôrêdugaw est un rite de sagesse qui est célébré dans les fêtes et à de nombreuses autres occasions. Les initiés suscitent l’hilarité par leur comportement glouton, leur humour caustique et leur esprit, mais ils font aussi preuve d’une grande intelligence et de sagesse. La société éduque, forme et prépare les enfants à affronter les épreuves de la vie et à gérer des problèmes sociaux. Les Kôrêdugaw incarnent la générosité, la tolérance, l’inoffensivité et la maîtrise du savoir, et appliquent les règles de conduite qu’ils préconisent aux autres.

L’épopée maure T’heydinne (Mauritanie) : L’épopée T’heydinne se compose de dizaines de poèmes dans la langue hassaniya, célébrant les glorieux exploits des émirs et des sultans maures et préservant la mémoire collective de la société. Chantés par les griots et accompagnés par des instruments à cordes traditionnels comme le luth et la harpe, ainsi que par des timbales, les poèmes sont transmis de père en fils, les jeunes griots apprenant d’abord à jouer de ces instruments avant d’être initiés à la tradition poétique. Ces spectacles sont l’occasion de réunions tribales régionales ou familiales qui renforcent les liens sociaux et encouragent une culture de la paix sociale et de l’entraide.

La technique d’interprétation du chant long des joueurs de flûte limbe – la respiration circulaire (Mongolie) : La flûte limbe est une flûte traversière en bois de feuillu ou en bambou traditionnellement utilisée pour les chants longs populaires mongols. Grâce à la technique de la respiration circulaire, les joueurs de flûte limbe peuvent produire les mélodies continues caractéristiques de ce chant long. La flûte limbe se caractérise par les mélodies euphoniques, le mélisme et les airs cachés qu’elle produit, ainsi que par les mouvements adroits et délicats de la langue et des doigts requis pour sa pratique. Le petit nombre d’interpètes qualifiés est devenu préoccupant puisqu’il ne reste plus que quatorze joueurs de flûte limbe.

Le chant Xoan de la Province de Phú Thọ (Viet Nam) : Les chants Xoan sont interprétés dans la province de Phú Thọ, au Viet Nam, les deux premiers mois du calendrier lunaire. Par tradition, les chanteurs des clubs de Xoan se produisaient dans des lieux sacrés comme les temples, les sanctuaires et les maisons communales lors des fêtes de printemps. Des danses et des instruments tels que des cliquettes et différents tambours accompagnent le chant Xoan. La connaissance de la pratique, des coutumes associées, des techniques de chant, des percussions et des danses sont traditionnellement transmises oralement par le chef de la guilde. Ces dernières années d’autres formations et clubs ont repris le flambeau.

Hezhen Yimakan, Chine: L’art du conte dit Yimakan est une composante essentielle de la cosmogonie et de la mémoire historique des Hezhen, une minorité ethnique du nord-est de la Chine. Les contes du Yimakan, narrés en vers et en prose dans la langue de cette ethnie, se composent de nombreux épisodes indépendants qui décrivent des alliances tribales et des batailles, y compris la victoire de héros hezhen sur des monstres et des envahisseurs. Ce patrimoine oral est précieux pour la défense de l’identité et de l’intégrité territoriale de l’ethnie, et il préserve aussi les connaissances traditionnelles relatives aux rituels chamaniques, à la pêche et à la chasse.

Au total, 18 dossiers proposés pour inscriptions sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitent une sauvegarde urgente.

  • Les cinq meilleures pratiques de sauvegarde sélectionnées sont :

Un programme pour cultiver la ludodiversité : la sauvegarde des jeux traditionnels en Flandre (Belgique) : La ludodiversité se réfère à la grande diversité des jeux, des sports, des exercices physiques, des danses et des acrobaties. L’organisation non gouvernementale Sportimonium a mis en œuvre des mesures visant à sauvegarder le patrimoine des jeux et des sports en Flandre (Belgique), dont des formes de jeux de tir, de boules, de lancer et de balle. Les mesures de sauvegarde développées par Sportimonium comprennent le soutien à des organisations spécialisées ou faitières, des publications, des festivals, des manifestations, des échanges d’expertise, des actions de promotion, des services de prêt de matériel de jeux traditionnels, ainsi qu’un parc de jeux traditionnels. La documentation et la recherche systématiques constituent la base du programme, dont les résultats peuvent être consultés dans un centre de documentation.

L’appel à projets du Programme national du patrimoine immatériel (Brésil) : Chaque année, le programme national du patrimoine immatériel lance un appel national à projets pour encourager et soutenir des initiatives de sauvegarde et de pratiques proposées par des organisations brésiliennes publiques ou privées à but non lucratif. Les projets doivent impliquer la participation de la communauté et des groupes concernés, promouvoir l’inclusion sociale et l’amélioration des conditions de vie des producteurs et des détenteurs de ce patrimoine, et respecter les droits individuels et collectifs. Le département du patrimoine immatériel de l’IPHAN (institut national du patrimoine historique et artistique) à Brasilia sélectionne les projets, après évaluation par un comité national d’experts.

Le musée vivant du Fandango (Brésil) : L’Association culturelle Caburé, une organisation non gouvernementale, a créé le musée vivant du Fandango pour promouvoir des actions de sauvegarde du fandango, un style musical et de danse populaire pratiqué dans les communautés côtières au sud et sud-est du Brésil. Environ 300 praticiens locaux ont participé à la création d’un musée communautaire de plein air et d’un circuit de visites et d’échanges d’expériences, de centres culturels et de centres de recherche, et de lieux de vente d’artisanat local. Le musée organise des actions de sensibilisation, tels que des spectacles locaux et des ateliers avec des enseignants, la publication de livres et de CD, l’exploitation d’un site web et la mise à disposition de collections bibliographiques et audiovisuelles.

La méthode Táncház : un modèle hongrois pour la transmission du patrimoine culturel immatériel (Hongrie) : La méthode Táncház (« maison de danse ») d’enseignement de la danse folklorique et de la musique combine des formes traditionnelles d’apprentissage avec des méthodes modernes de pédagogie et de folklore. Toute personne, sans distinction d’âge ou de compétence, sans expérience préalable, peut devenir un participant actif. À travers la pratique et la transmission de ce patrimoine culturel immatériel, l’objectif est d’établir une forme de loisir qui soit fondée sur les valeurs, contribue au renforcement des liens au sein de la communauté, et reste distrayante tout en étant didactique. Le festival national et le salon du Táncház représentent chaque année la plus grande réunion de tous les porteurs, médiateurs et amateurs de cette méthode. Des ateliers, des camps, des théâtres ainsi que des clubs d’artisanat se sont également développés.

La revitalisation du savoir traditionnel de l’élaboration de la chaux artisanale à Moron de la Frontera, Séville, Andalousie (Espagne) : La pratique traditionnelle de l’élaboration de la chaux a longtemps été une source d’emploi pour Morón de la Frontera et un marqueur de son identité, mais les fours sont peu à peu tombés en désuétude et la transmission de ce savoir a cessé. L’Association culturelle des fours à chaux de Morón a été créée pour sensibiliser à la pratique et à l’importance de l’élaboration de la chaux artisanale, et pour améliorer les conditions de vie des artisans. Elle a donné naissance à un centre ethnographique et à un musée vivant où le processus de fabrication est exposé in situ, favorisant ainsi la transmission des techniques aux nouvelles générations.

Le Comité examinera aussi 39 éléments sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel et quatre demandes d’assistance internationale.

La Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel a été adoptée par la Conférence générale de l’UNESCO en 2003 et compte désormais 139 Etats parties. Seuls les pays qui l’ont ratifiée peuvent présenter des éléments à l’inscription sur les Listes du patrimoine culturel immatériel.

Le Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel est composé de 24 représentants des Etats membres de l’UNESCO. Ses membres sont élus pour un mandat de quatre ans. La moitié des membres sont renouvelés tous les deux ans.

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  • Contacts médias

A Bali :

Rasul Samadov

r.samadov(at)unesco.org; +62 (0)81 246 578 947

Pierre Beaulne

pr.beaulne(at)unesco.org

A Paris :

Isabelle Le Fournis

i.le-fournis(at)unesco.org; <a name="clickToCallLink">+33 (0) 1 45 68 17 48</a>

Médias audiovisuels : Carole Darmouni

c.darmouni@unesco.org; +33 (0) 1 45 68 17 38




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