» Le Rapport mondial de suivi sur l’éducation 2016 a été lancé avec un appel urgent à donner la priorité à l’édu...
07.09.2016 - Education Sector

Le Rapport mondial de suivi sur l’éducation 2016 a été lancé avec un appel urgent à donner la priorité à l’éducation pour atteindre les ODD

© UNESCO - UNESCO Director-General Irina Bokova with panelists and speakers Mundiya Kepanga, Charles Hopkins, Kemi Williams, Sakena Yacoobi, Aaron Benavot, Kevin Watkins and Tarald Brautaset

Le nouveau Rapport mondial de suivi sur l’éducation (GEM), lancé ce mercredi 6 septembre 2016 par l’UNESCO à Londres, illustre le pouvoir de l’éducation pour aider à progresser dans la réalisation des objectifs mondiaux du Programme de développement durable à l’horizon 2030, mais alerte sur les défis importants qui devront être relevés pour atteindre les cibles en matière d’apprentissage.

Le Rapport GEM 2016, intitulé « L’éducation pour les peuples et la planète : créer des avenirs durables pour tous », est le premier d’une nouvelle série de rapports qui s’étendra sur 15 ans, et le premier rapport de suivi officiel de l’ODD 4. Il montre que l’éducation ne pourra exploiter sa capacité à stimuler les progrès que si l’ensemble des acteurs s’impliquent davantage, si l’apprentissage a réellement lieu tout au long de la vie et si les systèmes d’éducation tiennent compte pleinement du développement durable. L’éducation elle-même doit évoluer pour apporter une solution holistique aux défis mondiaux, parmi lesquels l’expansion de l’urbanisation et des populations réfugiées.

Le Rapport GEM 2016 révèle que, selon les tendances actuelles, l’enseignement primaire universel ne sera atteint qu’en 2042 ; l’enseignement secondaire du premier cycle universel en 2059 ; et l’enseignement secondaire du second cycle universel en 2084, soit beaucoup plus tard que l’échéance de 2030 fixée pour les engagements mondiaux définis dans les Objectifs de développement durable.

Lors du lancement qui s’est tenu à Londres parallèlement à d’autres manifestations à Kigali, à Jakarta et à Medellin, la Directrice générale de l’UNESCO Irina Bokova a déclaré que « le pouvoir de l’éducation est notre message aujourd’hui. L’éducation sauve des vies, l’éducation ouvre la voie à la durabilité. C’est pourquoi nous devons trouver de nouvelles façons d’agir, pour donner la priorité à l’éducation. Les individus ne vivent pas leur vie en vase clos – leur éducation n’est pas dissociée de leur santé, de leur environnement, de leur travail, de leur sentiment de sécurité. Nous devons amener l’éducation dans toutes les discussions, dans la construction de la paix, dans l’aménagement urbain, dans le secteur de la santé ».

Au cours d’un débat organisé après le lancement et animé par Kevin Watkins, directeur exécutif de l’Overseas Development Institute, Mundiya Kepanga, un chef de la région des Hautes-Terres de Papouasie-Nouvelle-Guinée a évoqué son regret de ne pas disposer d’un système éducatif moderne. « Sans éducation moderne, je suis comme un homme avec une seule jambe. Je fais le rêve que l’école soit gratuite dans le monde entier pour tous les enfants, car nous partageons tous la même planète », a-t-il dit.

Les liens entre l’éducation, la justice sociale et l’autonomisation ont été mis en évidence par le Dr Sakeena Yacoobi, directrice de l’Institut afghan d’apprentissage : « Éducation, santé, égalité des genres, environnement – c’est comme une chaîne, tout doit aller ensemble ». S’appuyant sur plus de vingt années de travail communautaire, elle a souligné que la qualité de la formation des enseignants et les méthodes participatives étaient la clé de l’apprentissage réussi et de la pensée critique.  

Les politiques doivent mettre l’accent en priorité sur l’équité et l’inclusion. « Les raisons pour lesquelles les enfants n’apprennent pas ne sont pas uniquement liées à leur pauvreté, mais aux discriminations systématiques dont ils sont victimes », a indiqué Helle Thorning-Schmidt, directrice d’Aide à l’enfance. « Parce que ce sont des filles. Parce qu’ils sont issus de certains groupes ethniques. Parce qu’ils sont réfugiés. Parce qu’ils vivent dans des régions rurales. Nous devons combattre les discriminations systématiques ».  

Malgré les messages forts, le Rapport GEM 2016 met en évidence le potentiel inexploité de l’éducation pour accomplir des progrès plus importants dans la réalisation des objectifs de l’éducation et précise que les avancées même modestes des 15 prochaines années apporteront des avantages considérables en termes de développement.

L’Ambassadeur Tarald Brautaset, Envoyé spécial pour l’éducation auprès du Ministère norvégien des affaires étrangères, a affirmé que « grâce à ce Rapport, nous avons une pile d’arguments de poids pour parler aux chefs d’État de l’importance de l’éducation pour améliorer la santé, l’environnement et l’équité ».

Le rapport estime que le sous-financement chronique de l’éducation freine les progrès. Afin de couvrir le manque de financement annuel de 39 milliards de dollars des États-Unis, le montant de l’aide devrait être multiplié par six. Une rupture radicale est nécessaire, en particulier dans les pays à revenu faible et à revenu intermédiaire, afin de mobiliser les ressources nationales, renforcer l’éducation à tous les niveaux, et relever de toute urgence les défis en adoptant une approche globale.

Le rapport indique également la nécessité pour les systèmes éducatifs de porter une attention accrue aux questions environnementales. La moitié des programmes scolaires nationaux à travers le monde ne font aucune référence explicite au changement climatique ni à la durabilité environnementale dans leurs contenus.

Le Dr Charles Hopkins, de la Chaire UNESCO sur la réorientation de la formation des enseignants vers le développement durable de l’Université de York à Toronto, au Canada, a souligné l’importance d’une approche intégrée : « Nous avons mené des recherches dans 18 pays où les systèmes scolaires avaient intégré la durabilité en tant que principal moyen de dispenser les programmes. Cela a conduit à une amélioration significative de la qualité ».  

L’éducation doit s’étendre au-delà de l’enceinte de l’école et tout au long de la vie, et mettre l’accent sur les compétences pertinentes pour l’emploi. Deux tiers de l’ensemble des adultes manquent de compétences en calcul ; 37 % des adultes dans les pays de l’UE ont participé à des cours de formation pour adultes en 2011. Seulement 6 % des adultes dans les pays les plus pauvres ont déjà participé à des programmes d’alphabétisation. 

Les inégalités dans l’éducation augmentent le risque de violence et de conflit. Dans 22 pays d’Afrique subsaharienne, les régions dans lesquelles le niveau d’instruction moyen est très bas ont 50 % de risque de connaître un conflit dans les 21 ans.

Autres conclusions principales :

  • Même si le rythme des progrès est le plus rapide jamais connu dans la région, 1 pays sur 10 en Europe et en Amérique du Nord n’atteindra pas l’enseignement secondaire du second cycle universel d’ici 2030.
  • Les pays les plus pauvres du monde devraient atteindre l’enseignement primaire universel plus d’un siècle après les pays les plus riches.
  • Dans les pays à faible revenu, l’achèvement de l’enseignement secondaire du second cycle universel d’ici 2030 pourrait augmenter le revenu par habitant de 75 % d’ici 2050 et tirer 60 millions de personnes de la pauvreté.
  • L’achèvement de l’enseignement secondaire du second cycle universel d’ici 2030 empêcherait 200 000 décès liés à des catastrophes dans les 20 années suivantes.



<- retour vers Toutes les actualités
Retour en haut de la page