» Le revenu inconditionnel de base peut-il résoudre les inégalités mondiales ?
22.12.2016 - Secteur des sciences sociales et humaines

Le revenu inconditionnel de base peut-il résoudre les inégalités mondiales ?

© Flickr / Garrett Ziegler - Icy and Sot (New York, USA, 2013)

Alors qu'une année mouvementée touche à sa fin, un concept, le revenu universel de base, se répand et gagne de plus en plus le débat public. Et si cette idée, qui suggère que l’on donne un revenu forfaitaire à chaque citoyen peu importe son emploi ou son statut social, était une partie de la solution aux inégalités d'aujourd'hui? Dans sa contribution au Rapport mondial sur les sciences sociales 2016, le Professeur de sociologie Erik Olin Wright a étudié le concept pour nous ...

L'idée d'un revenu de base inconditionnel est assez simple : chaque résident légal dans un pays reçoit une allocation mensuelle suffisante pour vivre au-dessus du seuil de pauvreté. Appelons cela le « niveau de vie culturellement respectable sans chi-chi ». La subvention est inconditionnelle sur l'exécution de toute forme de travail ou autre forme de contribution, et elle est universelle - tout le monde reçoit la subvention, riches et pauvres. Les subventions s'adressent aux particuliers et non aux familles. Les parents sont les gardiens des subventions pour les enfants mineurs, qui peuvent être inférieures aux subventions que reçoivent les adultes.

Des programmes universalistes tels que l'éducation et les soins de santé publiques, qui fournissent des services aux personnes plutôt que de l'argent, se poursuivent parallèlement au revenu de base inconditionnel, mais la plupart des autres transferts redistributifs sont éliminés puisque le revenu de base offre à chacun une subsistance décente. Cela signifie que, dans les systèmes d'aide sociale qui fournissent déjà un soutien généreux de revenu contre la pauvreté grâce à un patchwork de programmes spécialisés, l'augmentation nette des coûts représentée par le revenu de base inconditionnel n'est pas grande. Les diverses subventions aux besoins spéciaux se poursuivent − par exemple, pour les personnes handicapées −, mais elles sont aussi plus petites que maintenant puisque le coût de base de la vie est couvert par le revenu de base. Les règles relatives au salaire minimum sont assouplies, car il devient peu nécessaire d'interdire les salaires inférieurs aux revenus minimum, si tous les revenus génèrent un revenu discrétionnaire. Alors que tout le monde reçoit la subvention, la plupart des gens sont probablement, à un moment donné, contributeurs nets puisque leurs impôts augmentent plus que le revenu de base qu'ils reçoivent.

Le revenu inconditionnel de base a potentiellement de réelles ramifications pour l'inégalité. La pauvreté est éliminée, le contrat de travail devient plus volontaire et les rapports de force entre les travailleurs et les employeurs deviennent moins inégaux puisque les travailleurs ont la possibilité de quitter.

Les possibilités pour les personnes qui créent des associations coopératives de biens et services pour répondre aux besoins humains en dehors du marché augmentent, étant donné qu'une telle activité n'a plus besoin de fournir le niveau de vie de base pour les participants.

Les sceptiques du revenu de base soulèvent habituellement deux objections principales: il réduirait les incitations au travail et l'offre de travail, et les taux d'imposition nécessaires pour financer le revenu de base seraient prohibitifs.

On peut dire deux choses sur la question incitative. Premièrement, les programmes de soutien du revenu soumis à des conditions de ressources sont en proie à des pièges où les gens perdent leurs prestations lorsque leur revenu gagné dépasse un certain seuil. En revanche, le revenu inconditionnel de base ne crée pas de dissuasion pour le travail. Le travail rémunéré augmente toujours le revenu discrétionnaire des personnes ayant un revenu de base. Deuxièmement, bien qu'aucun pays n'ait adopté un revenu de base complet, il existe quelques expériences, limitées dans divers endroits du monde, qui nous permettent d'examiner les effets du revenu inconditionnel de base sur la participation au marché du travail. Aux États-Unis et au Canada, dans les années 1970, il y a eu un certain nombre d'essais contrôlés randomisés, plus particulièrement à Seattle et à Denver, au cours desquels des individus à faible revenu sélectionnés au hasard ont reçu un revenu de base. Plus récemment, en Inde en 2011, huit villages ont été sélectionnés, dans lesquels tous les résidents ont reçu un revenu de base. Dans toutes ces expériences, la réception d'un revenu de base a significativement amélioré la vie des gens tout en ayant, au plus, un effet modeste sur la participation au marché du travail.

Le niveau d'imposition nécessaire pour payer un revenu de base est, bien sûr, une question importante. Mais le niveau d'imposition durable dans n'importe quel pays n'est pas essentiellement une question économique. C'est une question politique qui dépend de la capacité administrative d'extraire des impôts et de la volonté politique de le faire.

______

Cet article a été écrit par Erik Olin Wright dans le cadre du Rapport mondial sur les sciences sociales 2016.


A propos de l'auteur

Erik Olin Wright (USA) est professeur de sociologie à l'Université de Wisconsin-Madison, Wisconsin, États-Unis. Ses intérêts de recherche comprennent : repenser la tradition marxiste des sciences sociales ; la structure de classe et ses transformations dans le capitalisme contemporain ; et « vraies utopies », entendues comme des alternatives émancipatrices viables aux institutions contemporaines. Ses publications les plus récentes incluent Alternatives to Capitalism (avec Robin Hahnel, New Left Project, 2016), Understanding Class (Verso, 2015), American Society: How It Really Works (avec Joel Rogers, WW Norton, 2015) et Envisioning Real Utopias (Verso, 2010).




<- retour vers Toutes les actualités
Retour en haut de la page
t3test.com