» Éducation pour tous : la mission est-elle accomplie ? Entretien avec Olav Seim
13.03.2013 - Education Sector

Éducation pour tous : la mission est-elle accomplie ? Entretien avec Olav Seim

UN Photo/Mark Garten - Olav Seim, Director of the Education for All (EFA) Global Partnerships Team,

Qu’avons-nous appris depuis 2000, année où les leaders de la planète se sont réunis à Dakar et se sont engagés à atteindre les six objectifs de l’Éducation pour tous (EPT) avant 2015 ? En amont de l’importante réunion mondiale co-organisée par l’UNESCO et l’UNICEF sur le rôle de l’éducation dans l’agenda du développement post-2015 (18-20 mars 2013, Dakar, Sénégal), Olav Seim, Directeur de l’équipe des partenariats mondiaux de l’EPT, répond à toutes ces questions.

Pourquoi est-il si indispensable de fixer des objectifs internationaux pour l’éducation ?

Parce qu’on ne peut réaliser de grands progrès qu’à condition de poursuivre des objectifs ambitieux, clairs et quantifiables. Par exemple, entre 2000 et 2008, des progrès considérables ont été réalisés au niveau des deux Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) liés à l’éducation. Plus de 50 millions d’enfants supplémentaires se sont inscrits à l’école primaire et l’égalité entre filles et garçons s’est améliorée dans l’enseignement primaire. Pendant la même période, l’aide à l’enseignement primaire a doublé.

De tels progrès ne risquent-ils pas de donner l’impression que tout va bien dans l’éducation ?

C’est un risque en effet, et les apparences sont trompeuses car nous sommes loin d’avoir atteint les objectifs en matière d’éducation ! Depuis 2010, le nombre d’enfants non scolarisés – soit 61 millions – est resté inchangé et l’aide à l’éducation a stagné.

On peut donc dire que les OMD et les objectifs de l’EPT ne sont que partiellement atteints ?

Oui, en effet. C’est pourquoi les ministres de l’Éducation et d’autres partenaires ont appelé récemment à une intensification des efforts dans la « dernière ligne droite » lors de la Réunion mondiale sur l’éducation qui a eu lieu à l’UNESCO en novembre dernier, afin d’accélérer les progrès sur la voie des objectifs de l’EPT d’ici à 2015.

Les efforts déployés dans « la dernière ligne droite » seront-ils vraiment à la hauteur de vos espérances ?

Oui, car ils se sont déjà intensifiés. Les pays africains qui sont loin d’avoir atteint les objectifs de l’EPT sont en train de signer une « Convention pour l’accélération de l’EPT ». Par ailleurs, l’Initiative mondiale pour l’éducation avant tout (GEFI), prise par le Secrétaire général des Nations Unies, peut jouer un rôle majeur dans « la dernière ligne droite ».

L’accent qui a été mis sur l’accès à l’éducation ne s’est-il pas fait au détriment de la qualité ?

Mettre l’accent sur l’accès à l’éducation était une première étape nécessaire. La qualité est une préoccupation pressante. Pour mesurer les progrès réalisés, il faut disposer de bons indicateurs de la qualité. Or, la qualité de l’apprentissage ne s’améliore pas assez rapidement, notamment dans les régions affectées par une pénurie d’enseignants qualifiés.

Quelles sont les principales caractéristiques d’une éducation de qualité ?

En substance, une éducation de qualité doit refléter l’importance des compétences cognitives et non cognitives, notamment celles qui consistent à apprendre à vivre ensemble selon le principe de la durabilité. L’éducation de qualité doit être envisagée dans la perspective de l’apprentissage tout au long de la vie.

Dans « la dernière ligne droite », ne faudrait-il pas accorder davantage d’importance au genre ?

Si, bien sûr. Il faut notamment surmonter les obstacles qui empêchent les filles de suivre des études secondaires et supérieures, d’autant plus que le maintien des adolescentes et des jeunes femmes à l’école a un effet puissamment positif sur presque tous les OMD.

D’une manière plus générale, nous devons nous assurer que les plus pauvres et les plus vulnérables bénéficient d’une éducation. Pour atteindre cet objectif, nous devons mener des interventions plus ciblées, à même d’atteindre ces personnes, par exemple dans le cadre de programmes de protection sociale.

Pourquoi l’éducation est-elle si importante pour les autres OMD ?

Parce que l’éducation est un droit humain, parce qu’elle joue un rôle fondamental en matière d’exercice des autres droits, et parce qu’elle facilite la réalisation de l’ensemble des OMD. Elle joue un rôle essentiel au niveau de la réduction des taux de mortalité et de morbidité, de l’éradication de la pauvreté et de la faim, du renforcement de la résistance aux catastrophes naturelles et de l’interruption des abus, violences et conflits armés.

Pour vous, quelle est la clé du progrès de l’EPT ?

L’appropriation et les initiatives nationales sont fondamentales. L’éducation doit refléter et respecter la diversité culturelle et permettre de relever les autres défis des pays en matière de développement. C’est la raison pour laquelle il est si important d’impliquer dans le processus toutes les parties prenantes concernées. Nous devons aussi être plus attentifs aux préoccupations des enfants et des jeunes. L’éducation est le passeport qui leur ouvrira les portes de l’avenir dont ils rêvent.

 




<- retour vers Toutes les actualités
Retour en haut de la page