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27.04.2011 - UNESCOPRESS

Les investissements accrus dans l’éducation en Afrique subsaharienne portent leurs fruits et permettent une scolarisation sans précédent, selon un rapport de l’UNESCO

© UNESCO/D. Willetts - Ecole à Kakuma (Kenya)

Les pays d’Afrique subsaharienne ont augmenté leurs dépenses réelles en éducation de plus de 6% par an au cours de la dernière décennie, selon un rapport publié par l’UNESCO. Malgré ces investissements, beaucoup de pays de la région sont pourtant encore loin de pouvoir fournir à tous les enfants un enseignement primaire de qualité.

Le rapport, intitulé Nouveaux défis pour le financement de l’éducation en Afrique subsaharienne : comment gérer l’expansion tout en garantissant l’équité et la qualité ?, propose les plus récentes et plus complètes données disponibles sur le financement de l’éducation dans 45 pays africains. Publié par l’Institut de statistique de l’UNESCO (ISU), il inclut des données historiques afin de faire ressortir les tendances de ce financement depuis le Forum mondial sur l’éducation de 2000.  

« Le rapport montre très clairement à quel point les nations africaines et leurs partenaires sont mobilisés pour atteindre l’éducation pour tous », déclare la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova. « Il montre aussi que leurs efforts portent leurs fruits, avec un nombre d’enfants scolarisés sans précédent. C’est très encourageant et cela devrait inciter tous les partenaires de l’Afrique à apporter l’appui nécessaire pour combler les lacunes qui subsistent ».  

« Le message de l’éducation pour tous a été entendu », assure Hendrik van der Pol, directeur de l’ISU. « Maintenant, nous devons protéger ces investissements face aux remous économiques actuels. Des décisions stratégiques doivent être prises en fonction de ces données et non sur de simples présomptions ».  

L’augmentation des investissements s’est accompagnée de résultats parfois spectaculaires. Entre 2000 et 2008, le nombre d’enfants scolarisés dans le primaire a progressé de 48%, passant de 87 à 129 millions. Les inscriptions dans les écoles maternelles, l’enseignement secondaire et supérieur ont augmenté de 60% au cours de la même période.  

Au Burundi et au Mozambique, par exemple, les dépenses ont augmenté de 12% par an en moyenne. Sur 26 pays disposant de données, un seul, la République centrafricaine, a diminué ses dépenses en éducation depuis le début de la décennie.  

On considère souvent que les investissements supplémentaires ont servi à absorber les coûts liés à la suppression des droits d’inscription dans le primaire, suppression qui a entraîné une hausse considérable de la scolarisation mais qui s’est aussi traduite par des classes surpeuplées dans beaucoup de pays africains. Selon le rapport, les dépenses publiques pour l’enseignement primaire ont progressé plus vite que les inscriptions dans ce cycle. De nombreux gouvernements ont amélioré l’accès à l’école mais ont aussi cherché à améliorer la qualité de l’éducation.  

En moyenne, l’éducation représente plus de 18% des dépenses publiques en Afrique subsaharienne, contre 15% dans les autres régions. L’Afrique subsaharienne consacre 5% de son produit intérieur brut (PIB) à l’éducation, ce qui la place juste derrière l’Amérique du Nord et l’Europe (5,3%).  

Malgré ces investissements, de nombreux pays de la région sont encore loin de fournir à tous les enfants un enseignement primaire de qualité. Les données les plus récentes montrent que dans un tiers des pays, la moitié des enfants ne termine pas l’enseignement primaire. Trente-deux millions d’enfants en âge de fréquenter le primaire ne sont pas scolarisés dans la région. Le rapport prévoit que ce chiffre va progresser car la population des 5-14 ans devrait augmenter de plus de 34% au cours des 20 prochaines années.  

Compte tenu des récentes crises économiques, la plupart des gouvernements africains devront prendre des décisions stratégiques sur la façon de répondre aux besoins de leurs élèves toujours plus nombreux. Le rapport de l’ISU fournit des données permettant d’étudier les principaux choix auxquels ils sont confrontés. Par exemple, les gouvernements doivent-ils investir le plus dans le primaire, le secondaire ou le supérieur ?  

Le Lesotho, par exemple, dépense 50 fois plus pour chaque étudiant du supérieur que pour un élève du primaire. La plupart des pays de la région investissent au moins 10 fois plus pour chacun de leurs étudiants du supérieur que pour un de leurs élèves du primaire. A Madagascar, 9% seulement de la population scolaire accède à l’enseignement supérieur. Mais ce groupe absorbe 27% de l’ensemble des financements publics destinés à l’éducation. (Voir encadré sur le Burundi)  

Selon le rapport, les gouvernements doivent envisager de consacrer davantage de ressources aux niveaux élémentaires de l’éducation s’ils sont encore loin d’atteindre l’objectif d’un enseignement primaire universel.  

Dans toute la région, les familles sont la principale source privée de financement pour l’éducation. Elles assurent 30% des ressources de l’ensemble de l’enseignement primaire. Cette proportion passe respectivement à 49% et 44% pour le deuxième et le premier cycle de l’enseignement secondaire. La proportion retombe à 22% dans l’enseignement supérieur. Ce qui revient à dire que sur dix dollars investis dans l’enseignement supérieur, huit sortent des poches du gouvernement. Ce qui pose un sérieux problème d’équité.  

Un pays incapable de fournir un enseignement primaire à tous ses enfants doit-il payer 80% des coûts des élèves du supérieur alors que ces derniers sont plutôt issus des couches les plus aisées ? En canalisant davantage de ressources vers les niveaux élémentaires de l’éducation, les gouvernements pourraient stimuler davantage de dépenses des familles en faveur du supérieur, sans menacer pour autant la croissance de ce secteur.  

La communauté internationale représente une autre source majeure de financement de l’éducation. En 2008, elle a fourni 2,6 milliards de dollars à l’éducation en Afrique subsaharienne. Dans l’ensemble de la région, les subventions et les prêts au titre de l’aide publique au développement (APD) ne représentent qu’une petite part (5,6%) de l’ensemble des dépenses d’éducation. Mais dans des pays comme la Guinée, le Mali, le Rwanda et la Zambie, l’APD représente près de la moitié des budgets publics de l’éducation.

Une augmentation significative de l’APD destinée à l’éducation semble improbable dans un futur immédiat. Mais, comme le souligne le rapport, il existe un fossé entre les engagements actuels et les fonds vraiment versés. Entre 2002 et 2008, la communauté internationale était disposée à fournir 15,86 milliards à l’éducation en Afrique subsaharienne mais 9% de cette somme n’ont jamais été déboursés, principalement parce que les pays n’ont pas encore les programmes et structures susceptibles de recevoir ces fonds. De fait, chaque année, 221 millions de dollars (en moyenne) ne sont pas dépensés. Cet argent  aurait pu alimenter les systèmes d’enseignement primaire de cinq pays : Burundi, Cap Vert, Comores, Guinée et Rwanda.                                                   

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Burundi – Etude de cas  

Depuis 1999, le Burundi a réussi à tripler le nombre d’élèves inscrit dans l’enseignement primaire en utilisant trois leviers. D’abord, le gouvernement a accru les dépenses consacrées à l’éducation tout au long de la décennie. Au total, ces dépenses sont passées de 3,2 % à 8,3 % depuis 1999. Ensuite, le gouvernement a consacré une plus large part de ces dépenses à l’enseignement primaire. Les dépenses consacrées à l’enseignement primaire – qui représentaient à peu près autant que celles consacrées à l’enseignement secondaire en 1999 – ont doublées en 2009. Elles représentent près de 53 % du total des dépenses gouvernementales en matière d’éducation. Cette redistribution des ressources a aussi permis au gouvernement  de supprimer les droits d’inscription en 2005.  Résultat de ces efforts : le nombre d’enfants en âge de fréquenter le primaire mais non scolarisés est passé de 723 000 en 1999 à 10 000 en 2009, selon les données de l’ISU.     

 

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                                      Institut de statistique de l’UNESCO     

Pour obtenir un exemplaire du rapport ou organiser une interview avec l’un des auteurs :  

Amy Otchet, Institut de statistique de l’UNESCO (Montréal, Canada) Tél. +1 514 343 7933 a.otchet(at)uis.unesco.org

 

Sue Williams, Siège de l’UNESCO (Paris) Tél. + 33 (0)1 45 68 17 06 Tél. + 33 (0)6 15 92 93 62 s.williams(at)unesco.org

 




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