» Donner une voix à la société civile dans le cadre d’Éducation 2030
03.07.2017 - Education Sector

Donner une voix à la société civile dans le cadre d’Éducation 2030

© David Philip/Global Campaign for Education

Pour Camilla Croso, l'engagement actif de la société civile à l’échelle mondiale devrait toujours s’ancrer dans des activités nationales.

En tant que Présidente de la Campagne mondiale pour l’éducation, Madame Croso a participé à nombre de discussions, débats et mécanismes relatifs à l'éducation, faisant entendre la voix de la société civile aux plus hauts échelons. À l’occasion d’un entretien avec l’UNESCO, elle a esquissé le rôle de la société civile dans la nouvelle architecture mondiale pour l’éducation et décrit les défis pour l’avenir.

Éducation 2030 appelle à la participation de toutes les parties prenantes dans la planification, la mise en œuvre et le suivi des politiques et stratégies éducatives. Comment la société civile peut-elle renforcer une bonne gouvernance dans l'éducation ?

Le plaidoyer en faveur d’une gouvernance démocratique dans l'éducation est une priorité essentielle de la société civile. Bien que l’on semble parvenu à un consensus sur l’importance fondamentale de la participation active des Organisations de la société civile (OSC), y compris de celles d’enseignants et d’étudiants, au débat, à la formulation et au suivi des politiques, nous en sommes toujours éloignés en pratique. Même si des progrès ont pu être constatés à l’échelon international et dans une certaine mesure à l’échelon régional, c'est encore au niveau national que les progrès se font attendre car les organisations d’enseignants et d'étudiants n’ont souvent pas d’espace pour exprimer leurs opinions.

Le Cadre d’action Éducation 2030 encourage les gouvernements à garantir des espaces et des processus institutionnalisés pour permettre le dialogue, la prise de décision et le suivi des politiques éducatives. Cela permettra de garantir que les cadres juridiques et politiques, ainsi que les pratiques, reflètent l'orientation générale de la population, des acteurs collectifs et des différentes parties prenantes de l’éducation. 

Vous êtes très impliquée à l’échelle mondiale et au niveau des Nations Unies. À votre avis, comment la société civile peut-elle influer sur la mise en œuvre de l’ODD4 à ce niveau-là ? De votre point de vue, quel rôle peut jouer la société civile afin que les parties prenantes soient tenues de rendre des comptes au niveau mondial ?

Les OSC doivent prendre une part active dans les espaces mondiaux déjà en place, mais elles doivent veiller en permanence à ce que cette action ait un ancrage national. Elles devraient avoir pour rôle à la fois de faire connaître les perspectives nationales au niveau mondial, mais aussi de transmettre les perspectives mondiales au niveau national, pour un bon suivi des engagements et des recommandations. Ce mouvement constant entre les différents niveaux s’appuie sur les actions et les impacts des OSC. De ce point de vue, elles doivent s’efforcer de participer à l’élaboration des rapports volontaires nationaux, ou bien réaliser des rapports « coup de projecteur » pour faire la lumière sur des questions cruciales, par exemple.

Au niveau mondial, d’importants mécanismes de suivi et de responsabilité ont été mis sur pied à propos des Objectifs de développement durable pour permettre aux États d’effectuer le suivi de la réalisation de l’ensemble des ODD. Pour ce qui est plus spécifiquement de l’ODD4, il y a l'architecture centrée sur le Cadre d’action Éducation 2030, composée d'un Comité directeur, où la société civile a une représentation permanente, sur les Réunions mondiales sur l’éducation et sur le Rapport mondial de suivi sur l’éducation qui mesurent les progrès, identifient les goulets d’étranglement et y remédient. Très récemment, un Groupe des parties prenantes de l’éducation et de l’université (EASG) a été créé pour permettre aux OSC de l’éducation et de l’université de participer à ces processus de suivi et de surveillance.

Par ailleurs, les OSC devraient plaider pour un effort accru en faveur de l’établissement d’un dialogue inter-sectoriel dans les années à venir. Ce dialogue inter-sectoriel est d’une importance cruciale car le Programme 2030 soulève des problèmes qui intéressent différents secteurs et qui doivent être traités collectivement.

Le financement est l’un des principaux problèmes pour l’éducation. Comment la société civile peut-elle garantir que les ressources financières soient utilisées avec efficacité et équité et qu’elles atteignent les populations les plus vulnérables et les pays les moins avancés ?

Le financement de l’éducation devrait être inscrit dans la constitution et des ressources devraient être réservées, les pays s’engageant à allouer au moins 6 % de leur PIB à l'éducation et garantissant le maintien de ces niveaux même en période de crise.

Dans les pays les plus pauvres et ceux qui continuent d’être confrontés à des défis significatifs en termes d’accès, de qualité et d’équité, un montant encore plus important peut s’avérer nécessaire, comme l’ont montré les études au Brésil et au Salvador.

Les OSC jouent un rôle important, non seulement pour plaider en faveur de niveaux d’investissement appropriés dans l’éducation, que ce soit auprès de la sphère exécutive ou législative, mais aussi pour promouvoir les débats, le partage d’informations, sensibiliser et renforcer les capacités des citoyens. Cela inclut une action dans le cadre du cycle budgétaire, depuis sa préparation jusqu’à son approbation et son exécution. Les données financières doivent être rendues publiques en toute transparence et au moment voulu pour informer les débats et les processus de décision, ce qui est essentiel pour que les budgets renforcent l'équité et atteignent les groupes les plus exclus. En parallèle avec le plaidoyer en faveur de niveaux de financement national accrus dans l'éducation, les OSC doivent s’engager aux côtés des réseaux et campagnes qui œuvrent pour la justice fiscale, travaillant en collaboration et dans une perspective inter-sectorielle.

Au niveau mondial, les OSC doivent poursuivre plus loin leur engagement pour encourager la mise en place de mécanismes et d’organes de fiscalité nationaux, comme cela a été tenté lors de la Conférence sur le financement du développement et pendant la Semaine mondiale d’action 2016 pour l’éducation, qui sont un mécanisme clé du financement des ODD.

L'éducation est un droit essentiel au développement social, économique, humain et environnemental. Elle est indispensable à la cohésion sociale et à la résilience.

La Campagne mondiale pour l’éducation est un mouvement de la société civile créé en 1999. Elle réunit une multitude d'organisations de la société civile nationales, régionales et internationales, de syndicats d'enseignants et de militants pour les droits des enfants, avec l’objectif de mettre un terme à la crise de l’éducation à travers le monde. C'est l’un des représentants de la société civile au Comité directeur ODD–Éducation 2030.

Le mouvement de la société civile est un des membres du Comité directeur mondial ODD-Education 2030, qui s’est réuni à New York les 29-30 juin 2017.




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