» Entretien avec Michelle Bachelet, Directrice exécutive d'ONU Femmes
24.02.2011 - UNESCOPRESS

Entretien avec Michelle Bachelet, Directrice exécutive d'ONU Femmes

© UN photo/Paulo Filgueiras - Michelle Bachelet, Directrice exécutive de l'ONU Femmes

À l’occasion du lancement officiel d’ONU Femmes, le 24 février 2011, Le Courrier de l’UNESCO publie en avant-première une interview avec Michelle Bachelet, Directrice exécutive de cette nouvelle entité de l’ONU.

1) Qu’est-ce qui vous a incité à faire de la violence contre les femmes une des priorités de l’ONU Femmes ? Et quels types de violences les femmes subissent-elles dans le monde ?  

La violence contre les femmes constitue l’un des violations les plus répandues des droits humains. Nous en avons fait l’une des cinq grandes priorités de l’ONU Femmes, car si nous réussissons à réaliser des progrès dans ce domaine, nous pourrons aller plus dans d’autres domaines. Une femme qui ne subit pas de violences a plus de chances de trouver un bon travail, d’aspirer à l’éducation, de s’occuper de sa santé et de prendre des positions de responsabilité dans sa communauté ou ailleurs.

Les femmes subissent toutes sortes de violence : violence domestique, viol, violence sexuelle comme arme de guerre, mariage précoce, mutilation génitale. De nombreuses sociétés à travers le monde sont confrontées à l’un ou l’autre de ces problèmes, de telle sorte que si l’on tient compte des expériences que les femmes ont eues tout au long de leur vie, le taux de victimes atteint jusqu’à 76 % de la population féminine mondiale.  

2) Quelles sont vos autres priorités et comment allez-vous trouver les ressources nécessaires pour réaliser vos objectifs ?  

Nous allons développer et soutenir des projets innovants visant à renforcer l’indépendance économique des femmes, à leur confier des rôles d’avocates et de leaders du changement, à les placer au cœur des processus de paix et de sécurité, et à inscrire les priorités d’égalité des genres  dans les stratégies nationales. Mobiliser des ressources pour réaliser ces objectifs servira entre autres à démontrer à quel point les femmes contribuent au développement non seulement de leur propre condition, mais de leur société dans son ensemble. Les preuves en sont de plus en plus fréquentes. Le dernier Rapport sur l’inégalité entre les hommes et les femmes (Global Gender Gap Index Report), publié par le Forum économique mondial, montre par exemple que, sur 114 pays, ceux qui ont atteint le plus haut niveau d’égalité entre les hommes et les femmes sont les plus compétitifs et affichent les taux de croissance les plus élevés.  

3) Quelles sont les ressources humaines et financières dont dispose actuellement l’ONU Femmes ? Est-ce assez pour réaliser votre mission ?  

L’ONU Femmes a hérité des ressources des quatre entités de l’ONU qui ont fusionné en vue de sa création. À partir de ces ressources, auxquelles s’ajouteront d’autres contributions, suivant la recommandation du Secrétaire général Ban Ki-moon, faite en janvier 2010, il est prévu que le budget annuel soit d’au moins 500 millions de dollars américains. C’est l’objectif que nous nous efforcerons d’atteindre.  

4) Avez-vous l’intention de vous focaliser davantage sur certains pays ? Si oui, lesquels, et pour quelles raisons ?  

Nous allons travailler avec tous les États membres de l’ONU qui font appel à nous, que ce soit des pays développés ou en voie de développement. L’ONU Femmes est actuellement présente, à des degrés variables, dans environ 80 pays et nous aurons besoin de renforcer notre présence dans les pays qui en ont le plus besoin. Nous allons le faire progressivement, notamment au fur et à mesure que nous développerons nos capacités et ressources institutionnelles. Dans chaque pays, une des priorités sera d’atteindre les groupes des femmes les plus marginalisées. Ce sont elles qui ont le plus besoin du soutien de l’ONU Femmes et les atteindre peut être la meilleure façon d’utiliser nos ressources. Comme l’UNICEF a commencé à le démontrer, la méthode la plus efficace consiste à investir dans la partie de la population la plus marginalisée.  

5) Quelle est la place de l’égalité des genres dans les « Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) » ? Comment pensez-vous pouvoir lui donner plus d’importance ?  

Parvenir à l’égalité des genres, objectif numéro trois des OMD, est primordial pour la réalisation de tous les autres objectifs. Nous continuerons à faire valoir, d’ici à 2015 (années butoir des OMD), le lien crucial existant entre l’égalité des genres et tous les autres objectifs, qu’ils concernent la pauvreté, la santé, l’éducation ou l’environnement.  

Un des problèmes prioritaires qui nous concernent est la mortalité maternelle. Sur le plan mondial, nous sommes loin d’avoir fait assez de progrès. Nous pouvons –  et devons –  faire plus. Sauver davantage de vies lors de l’accouchement demande des connaissances élémentaires et des moyens peu chers qui pourraient être facilement disponibles partout, si les gouvernements et la communauté internationale décidaient vraiment d’en faire une priorité.  

6) Le nombre de femmes élues à la tête des États, des gouvernements et d’agences de l’ONU est en hausse ces dernières années. Est-ce que ce phénomène a déjà eu des effets positifs sur des problèmes cruciaux concernant les femmes dans le monde ?

Le 8 mars, nous allons célébrer le 100e anniversaire de la « Journée internationale des droits de la femme ». Dans une perspective historique, des progrès immenses ont été accomplis. Bien qu’il reste toujours des défis, l’égalité des genres est entré dans une dynamique qu’elle n’a jamais connue par le passé. Cela est vrai à la fois sur le plan international et au sein de la majorité des pays.  

La raison en est que les femmes ont pris en main la défense de l’égalité des genres – à divers niveaux, aussi bien au sein de leur communauté qu’à la tête des États. Les femmes dirigeantes ont fait en sorte qu’un nombre croissant de personnes ont compris que les femmes doivent être impliquées dans l’économie, que l’on doit arrêter la violence contre les femmes, que l’on doit utiliser la capacité des femmes à être les moteurs de changements qui profiteront à tout le monde. Et que nous devons fournir les moyens et entreprendre les actions nécessaires pour atteindre ces objectifs – comme nous l’avons fait en partie avec la création de l’ONU Femmes qui est le « champion » de la défense des droits de la femme dans le monde.  

Cet entretien, conduit par Jasmina Šopova, paraîtra dans le numéro Avril-Juin 2011 du Courrier de l’UNESCO.




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