» Haïti : une formation qui apporte sa pierre à la reconstruction
20.05.2010 - UNESCOPRESS

Haïti : une formation qui apporte sa pierre à la reconstruction

Apprendre à bâtir avec des matériaux plus solides et selon des méthodes parasismiques. Tel est le sens d’un projet pilote lancé à Camp-Perrin, dans le sud-ouest du pays, pour former les maçons haïtiens. Soutenu par l’UNESCO, ce projet, qui entame actuellement sa troisième session, a été lancé le 10 mars lors de la visite en Haïti de la Directrice générale de l’UNESCO.

Une pelle ronde dans les mains, Jean Sprumont s’active à grands coups nerveux. Au bout de quelques minutes, un cratère de ciment, de sable et d’eau se forme dans la cour encombrée de tamis et de moules à parpaings. Montrant la pâte grisâtre, Jean Sprumont s’adresse en créole à la quinzaine de maçons haïtiens venus assister à la formation sur les méthodes anti-sismiques: « Sa se béton kalité. Kalité do kibon pouli é lyben brasé » (C’est un bon béton. Il a la bonne quantité d’eau et il est bien mélangé).

 

Jean Sprumont n’est pas un formateur comme les autres. Ce responsable de projet belge vit en effet depuis 44 ans en Haïti. Présent à Port-au-Prince le 12 janvier, il a vu s’effondrer des immeubles entiers en quelques secondes. « Cette ville s’est construite dans la fantaisie bétonnière la plus complète, lâche-t-il avec amertume. On en a vu le résultat tragique. »

 

Pour tenter de remédier à des habitudes de construction qui ont conduit à amplifier la catastrophe, l’atelier-école de Camp Perrin, situé près des Cayes, dans le sud-ouest du pays, a mis en place en partenariat avec l’UNESCO une formation de dix jours intensifs pour les maçons, ferrailleurs et contremaîtres haïtiens.

 

Selon Jean Sprumont, deux éléments contribuent à rendre le béton résistant aux secousses d’un tremblement de terre : la quantité d’eau - qui ne doit pas être trop importante au risque de le transformer en « soupe »-, et l’homogénéité des agrégats que l’on mélange au ciment. « Le séisme a secoué le pays, explique-t-il. Mais ce sont les constructions qui ont tué les gens. Une trop forte quantité d’eau et la présence d’argile et de limon dans le béton sont les causes de la chute de plus de 50 % des bâtiments de Port-au-Prince lors du tremblement de terre ».

 

Certains des maçons qui assistent à la formation aux techniques parasismiques possèdent déjà une bonne expérience –  ce sont des « boss » en créole -, d’autres sont de simples apprentis. Mais tous ont la possibilité de s’initier à des modes de constructions à même de résister à un prochain séisme. Ils apprennent en particulier à bâtir des maisons de forme cubique, à un ou deux étages, dont la base est entourée d’une ceinture de béton armé, afin que tous les éléments restent liés entre eux.

 

Une casquette noire vissée sur la tête, Michel Raoul, 40 ans, est un maçon originaire de Camp Perrin. « Pour nous qui avons la chance de suivre cette formation, nous avons la possibilité de ne pas commettre les erreurs qui ont été commises dans le passé », explique-t-il. « Mais, ajoute-t-il après une courte hésitation, le problème vient souvent du propriétaire. Il nous dit « Protège moi sur le ciment » (ne dépense pas sur le ciment). Alors qu’en fait, au lieu de le protéger, cela peut causer sa mort ».

 

Le séminaire commencera bientôt sa troisième promotion de maçons (à raison de 10 à 15 personnes par session). A terme, l’atelier-école de Camp Perrin formera près de 500 maçons à des techniques qui permettront de sauver de nombreuses vies en cas de séisme. Afin de multiplier le nombre de personnes formées et permettre une plus grande transmission du savoir, les meilleurs éléments de chaque promotion sont encouragés à devenir eux-mêmes des formateurs.

 

C’est le cas de Venus Toussaint Joseph, un « boss » de 39 ans. « Je souhaite enseigner ces méthodes aux autres afin de contribuer aux changements dans notre manière de construire des bâtiments, explique t-il sur un ton calme. Le fait de trier des agrégats avant de les mélanger avec le ciment permettra par exemple de rendre les constructions plus solides. »

 

Plusieurs maçons-stagiaires viennent de Port-au-Prince, où leurs maisons ont été détruites ou gravement endommagées par le tremblement de terre. Comme des milliers de personnes, ils se sont réfugiés en province avec leur famille. Taille fine et regard franc, Augustin Adrien Lefait est originaire de Carrefour, un quartier populaire du sud de la capitale. Bien qu’il travaille depuis 12 ans comme maçon, il avoue avoir des lacunes : « Je n’ai pas eu la chance de faire une école de maçonnerie, j’ai appris sur le tas avec un boss. Pour moi cette formation est une opportunité de connaître d’avantage mon métier ».

 

A l’issue du séminaire, un ouvrage en français et en créole, contenant des explications illustrées par des schémas, sera édité, puis distribué aux professionnels du bâtiment dans le pays. Mais si l’on en croit Hérbert de Montuma, qui dirige l’atelier-école de  Camp Perrin, le séminaire semble déjà rencontrer un certains succès : « J’ai déjà reçu de nombreuses demandes de responsables associatifs et de prêtres d’autres communes – comme Les Cayes, Torbeck, Maniche et même Duchity­- qui souhaitent que l’on vienne donner cette formation chez eux. »

 

Ces signes encourageants n’empêchent pas Hébert Montuma de rester modeste. « C’est une bonne formation, mais ce n’est pas en dix jours qu’on peut tout apprendre sur la construction parasismique. Au delà des techniques que l’on enseigne ici aux maçons, il s’agit de leur faire prendre conscience que lorsqu’ils sont appelés sur un chantier, ils ont le devoir de faire les choses avec professionnalisme et éthique. »

 

 

Mehdi Benchelah, Camp Perrin, Haïti.

 




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