» Lancement de l’Année internationale de la cristallographie à l’UNESCO
21.01.2014 - Natural Sciences Sector

Lancement de l’Année internationale de la cristallographie à l’UNESCO

© UNESCO/Nora Hougenade - Opening Ceremony of the International Year of Crystallography, UNESCO Paris, 20 – 21 January 2014

« Notre message est limpide … comme du cristal», observa la Directrice générale de l’UNESCO avec un sourire, dans son message de bienvenue adressé à un auditorium bondé, le 20 janvier 2014, au Siège de l’UNESCO à Paris.

« La cristallographie est essentielle au développement durable, essentielle pour relever les défis mondiaux touchant à l’alimentation, à l’eau, à l’environnement, à l’énergie, à la santé, dit-elle. « Comprendre les formes fondamentales de la matière permet de la transformer en mieux, développer de nouveaux matériaux, concevoir de nouveaux médicaments contre les maladies, améliorer la qualité de l’eau ».

Quelque 800 personnes s’étaient rendues à l’UNESCO pour écouter son message et celui de la trentaine d’autres conférenciers qui devaient s’exprimer durant la cérémonie de lancement officiel de l’Année international de la cristallographie. L’événement était accueilli par l’UNESCO, chef de file au sein des Nations Unies pour l’Année, en partenariat avec l’Union internationale de cristallographie (UICr).

Comme la plupart des sciences fondamentales, la cristallographie tend à être bien moins connue auprès du grand public que ses applications dans des industries qui vont de l’agro-alimentaire à la pharmaceutique, en passant par l’aéronautique, les nouveaux matériaux et l’exploitation minière.

« Rares sont ceux qui savent que de nombreux prix Nobel en physique et chimie récompensent, en réalité, des travaux en cristallographie », remarqua la Directrice générale.

Par exemple, en 2012, le Pr Brian Kobilka reçut le prix Nobel en chimie « pour ses études sur le récepteur couplé à la protéïne G ». Il résuma ses recherches justement, lors de la cérémonie de lancement officiel de l’Année. Il expliqua comment les cellules contenaient des récepteurs, et que certains de ces récepteurs étaient capables de recevoir des hormones. Puis il expliqua comment, dans les années 1980s, il réussit à identifier le gène qui régule la formation du récepteur de l’adrénaline. Plus tard, on découvrit qu’il existe une famille entière de récepteurs qui se ressemblent et agissent de manière similaire, connus sous le nom de récepteurs couplés aux protéinës G. La moitié environ des médicaments utilisés de nos jours font appel à ce genre de récepteurs.

« Le développement a besoin de l’innovation et, dans la plupart des cas, l’innovation scientifique ne peut pas se passer de la cristallographie », poursuivit la Directrice générale. …. « Les gouvernements se doivent de reconnaître le pouvoir de la cristallographie, de concevoir des politiques plus ciblées, d’investir dans la recherche et les réseaux – surtout dans les pays en développement. Cet effort est l’affaire de tous, y compris du secteur privé. Nous devons renforcer la coopération internationale, construire des coalitions régionales consacrées à l’innovation… Nous devons partager les technologies et le savoir-faire, afin de renforcer les capacités des pays en développement.»

Actuellement, les cristallographes ne sont actifs que dans environ 80 pays. Claude Lecomte, Vice-président de l’Union international de cristallographie, informa l’auditoire de l’initiative de l’UICr en faveur du rayonnement de la cristallographie en Afrique. Cette initiative consiste en la formation des professeurs d’université et leurs étudiants au maniement et à l’entretien de l’équipement de base d’un cristallographe, le diffractomètre, fourni gracieusement par Bruker France. En 2012, Claude Lecomte a assuré une formation à l’Université de Dschang au Cameroun. Les prochains bénéficiaires de cette initiative seront la Côte d’Ivoire, le Gabon et le Sénégal.

Tout au long de l’année 2014, un autre projet sera mis en œuvre pour renforcer les capacités en Afrique, mais également en Asie et Amérique latine. L’UNESCO et l’Union internationale de cristallographie organisent des laboratoires de démonstration en partenariat avec des fabricants de diffractomètres. Ces laboratoires de démonstration (« Open Labs») serviront à expliquer le fonctionnement d’un diffractomètre aux étudiants et à leurs professeurs dans au moins une douzaine de pays : Algérie, Argentine, Chine, République du Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Ghana, Inde, Kazakhstan, Mexique, Pakistan, Uruguay, Vietnam. Au Maroc, le laboratoire sera même itinérant.

Ce projet a été accueilli chaleureusement par les jeunes scientifiques qui participaient à la table ronde, le 20 janvier. Le modérateur de cette session, Philip Ball, invita les 15 jeunes scientifiques à donner leur avis sur les obstacles qu’ils estimaient devoir franchir pour mener à bien leurs recherches.

Anders Madsen du Danemark rappela lors de cette session qu’identifier une nouvelle structure demandait des années de travail. Et pourtant, les chercheurs étaient obligés de faire des demandes de financement à répétition pour pouvoir poursuivre leurs recherches. Les jeunes chercheurs souffraient particulièrement du diktat de « publier ou périr », qui les poussait à écrire des articles régulièrement pour attester de leurs compétences, alors que leurs travaux de recherche étaient toujours en cours.

L’argentine Adriana Serquis, quant à elle, regretta le fait que beaucoup de jeunes scientifiques n’avaient pas accès aux installations de mégascience comme la source de rayonnement synchrotron au Brésil.

Pour sa part, le saoudien Mohamed Eddaoudi estima qu’il était temps de reconnaître la crystallographie comme un corps indépendant de la science, et non seulement comme un outil.

Ensuite, Yvon Bibila, de la Côte d’Ivoire, expliqua qu’il avait mis une décennie pour terminer sa thèse de doctorat, faute d’équipement adéquat et aussi à cause de l’isolement dans lequel travaillaient les chercheurs. Sa propre université était contrainte de faire une nouvelle demande de financement chaque mois, dit-il, pour pouvoir mener à son terme les projets de recherche. Et quand le financement se tarissait alors qu’un projet était toujours en cours, les chercheurs avaient tendance à compenser cette perte de leurs poches.

Le polonais Marcin Nowotny rajouta une note d’optimisme. Quinze ans plus tôt, dit-il, la Pologne était encore un pays en développement, avec seulement deux centres équipés en cristallographie. Grâce à une bonne coopération avec l’Allemagne et d’autres soutiens, la Pologne avait désormais rattrapé son retard par rapport à d’autres pays européens.

Tous les jeunes scientifiques, sans exception, ont souligné la valeur qu’ils accordaient à la coopération internationale, à la fois Nord−Sud et entre pays du Sud. Le critère principal d’une coopération réussie, disent-ils, fut la complémentarité entre partenaires. Pour réussir, toute proposition de recherche conjointe devait offrir un apport aux deux partenaires.

Une session dans l’après-midi fut consacrée aux pays émergents, à savoir au Brésil, à la Fédération de Russie, à l’Inde, à la Chine et à l’Afrique du Sud.

La cérémonie de lancement de l’Année internationale de la cristallographie a repris le 21 janvier. La journée a commencé par une série de conférences sur la contribution de la cristallographie à la société et au futur – dont une qui n’a pas manqué de capter l’imagination de tous, la quête d’environnements habitables sur Mars.

David Bish, de la NASA, a expliqué qu’il avait fallu 20 ans pour mettre au point CheMin, une version miniature d’un instrument de diffraction à rayons X − alors que l’original pesait 550 kg !. Conçu pour analyser les sols sur Mars, CheMin devait être suffisamment petit pour pouvoir être porté par le robot Curiosity, qui arriva sur la planète Mars en août 2012. CheMin a découvert la présence de minéraux argileux dans des roches forées, ce qui est compatible avec leur formation dans l’eau.

Cet exploit technique a ouvert la voie au développement de produits dérivés, des diffractomètres portables commercialisés qui peuvent être utilisés par des spécialistes dans divers domaines. Un géologue, par exemple, peut avoir recours à un diffractomètre portable pour analyser un échantillon minéral dans un endroit isolé, ou lors d’une prospection minérale, pétrolière ou gazière.

Un archéologue peut s’en servir pour étudier des objets culturels sur le site même de leur excavation. Un spécialiste de l’art peut analyser, sur place, des pigments dans un tableau exposé au musée – pour en vérifier son authenticité, par exemple – ou sur le mur d’une grotte préhistorique.

La présentation de Philippe Walter sur l’utilisation de « laboratoires mobiles » pour étudier le patrimoine culturel a permis une transition en douceur à la session suivante, qui portait sur l’art et l’architecture de l’Âge d’or de l’Islam. Abdelmalek Thalal, Emil Makovicky and Peter Lu ont expliqué que cet Âge d’or fut marqué par une forme hautement stylisée de l’art, consistant en des motifs géométriques complexes avec un haut degré de symétrie…. une des caractéristiques des cristaux.

La dernière session fut consacrée au thème de « cristallographie et paix ». Quel meilleur exemple que le projet SESAME, qui est en train de construire un centre régional de recherche en Jordanie qui porte le nom anglais de Synchrotron Light for Experimental Science and Applications in the Middle East (SESAME) ? L’UNESCO a joué un rôle clé dans ce projet depuis le début, il y a plus d’une décennie. Sir Chris Llewellyn Smith, Président du Conseil de SESAME et ancien Directeur général de l’Organisation européenne de recherche nucléaire (CERN), a fait le point sur l’état d’avancement de ce projet, confirmant que cette installation de rayonnement synchrotron au Moyen Orient devrait être opérationnelle dès 2016.




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