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04.05.2012 - UNESCO

Interview avec Eynulla Fatullayev, lauréat 2012 du Prix mondial de la liberté de la presse UNESCO/ Guillermo Cano

Eynulla Fatullayev, lauréat 2012 du Prix mondial de la liberté de la presse UNESCO/Guillermo Cano

Eynulla Fatullayev, journaliste azerbaïdjanais et militant des droits de l’homme, a été désigné lauréat du Prix mondial de la liberté de la presse UNESCO/Guillermo Cano 2012 par la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova. Il a été choisi par un jury international indépendant.

Selon vous, qu’est-ce que la liberté de la presse ?

Une presse libre est capable de créer des débats publics sur les questions des droits de l’homme, des libertés politiques, elle peut mettre en cause les agissements du gouvernement et enquêter sur des actes de corruption ; c’est ce que l’on observe dans les pays démocratiques. Et ce qui paraît normal là-bas relèverait plutôt de l’exploit dans  mon pays. En 2007, j’ai été entraîné dans un engrenage de répression impitoyable parce que j’avais agi au nom de la liberté de la presse. J’ai été détenu en isolement pendant deux ans, période pendant laquelle ma condition physique et psychologique s’est nettement détériorée ; au final, j’ai purgé une peine de plus de quatre ans d’emprisonnement, ce qui a vigoureusement renforcé mes convictions en ce qui concerne la liberté de la presse. Je me suis rendu compte que la liberté de la presse était une liberté fondamentale, et qu’aucune autre forme de liberté ne pourrait survivre sans elle.

Engagé dans une bataille déséquilibrée face à un gigantesque adversaire, j’ai été sauvé par ce qui restait de presse libre dans mon pays, quelques journalistes qui s’accrochaient encore. Sans leur soutien, difficile d’imaginer ce qui me serait arrivé. Dans ces geôles dignes du Moyen-Âge, je n’aurais pas pu vivre en préservant ma dignité et le respect que j’ai pour moi-même.   

Les réactions face aux acteurs de la liberté de la presse, au même titre que pour la liberté d’expression,  sont très différentes d’un pays ou d’une époque à l’autre. Les esprits libres étaient passés au bûcher au 16è siècle, excommuniés au 18è, provoqués en duel au 19è. Depuis cette époque, ils ont la possibilité d’émettre des opinions critiques dans la presse et l’ensemble des médias. Ce qui me motive, ce à quoi j’aspire pour mon pays, c’est que la presse écrite soit suffisamment libre pour pouvoir exprimer des critiques.  

Quelles actions souhaiteriez-vous voir menées par l’UNESCO en faveur de la liberté de la presse ?

L’UNESCO est une organisation qui a beaucoup œuvré pour le développement de l’éducation et de la culture, notamment dans notre pays, et particulièrement avec les plus jeunes générations. Sous l’égide de l’UNESCO, un dialogue interrégional, intercuturel et international continue d’exister, et c’est en grande partie grâce à Mme Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO. J’éprouve une grande gratitude envers Mme Bokova et l’UNESCO dans son ensemble, qui n’ont cessé de faire des déclarations et qui se sont employés sans compter pour obtenir ma libération. En mai 2010, par exemple, quand à la suite d’un jugement de la Cour européenne des droits de l’homme exigeant ma libération immédiate, Mme Bokova a effectué la même requête auprès des autorités de mon pays.

L’UNESCO fait parties des quelques organisations mondiales qui font autorité, c’est pourquoi je crois en ses capacités d’influencer les gouvernements des pays où la démocratie ne fait pas encore partie du décor pour défendre la liberté de la presse et la liberté d’expression.

Pensez-vous que recevoir le Prix mondial de la liberté de la presse UNESCO/Guillermo Cano va changer le cours de votre carrière ?

Le recevoir a été une très grande surprise. J’avais déjà reçu un certain nombre de prix internationaux, notamment les récompenses les plus prestigieuses d’Amnesty International et de Human Rights Watch en 2009, le Prix international du Comité pour la Protection des Journalistes (CPJ) pour la liberté de la presse la même année ; en 2008, j’ai été fait membre honoraire de l’association English Pen. Cependant, le Prix UNESCO/Guillermo Cano est sans aucun doute le plus prestigieux. J’en suis très fier. Maintenant que j’ai reçu cette récompense, je sais que je vais devoir faire encore plus pour défendre les valeurs universelles.

Quels sont les enjeux des activités de journaliste et d’activiste ?

Ce que l’on essaie de faire, c’est de rappeler aux autorités que le peuple ne leur laissera pas faire tout et n’importe quoi. Notre devoir consiste à rappeler aux gouvernants la sonorité de mots comme « réputation » ou « honte ».  Je suis convaincu que cette récompense va avoir un grand impact sur la société azerbaïdjanaise et permettra aux plus jeunes de comprendre qu’en période de troubles, ils ne peuvent s’en remettre qu’à leur propre conscience.




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