» Entretien avec Pier Ferdinando Casini : « Pas de démocratie sans partenariat hommes-femmes. »
06.03.2009 - SHSregards 23

Entretien avec Pier Ferdinando Casini : « Pas de démocratie sans partenariat hommes-femmes. »

dans SHSregards 23

À l’occasion de la Journée des femmes 2009, SHSregards publie un entretien réalisé avec Pier Ferdinando Casini, juste avant qu’il ne quitte ses fonctions de Président de l’Union interparlementaire (UIP), en octobre 2008. Invité à exposer le rôle joué dans la promotion des droits humains par cette organisation qui fédère plus de 150 parlements à travers le monde, il souligne que la participation des femmes à la vie politique est en train de modifier les priorités politiques dans le monde entier et affirme une conviction forte : « Il ne saurait y avoir de démocratie sans un véritable partenariat entre hommes et femmes dans la conduite des affaires publiques ».

Quels sont les principaux objectifs de l’Union interparlementaire ?

L’Union interparlementaire (UIP) est l’organisation mondiale des parlements qui compte aujourd’hui 154 parlements parmi ses membres. Elle promeut la paix, le dialogue et la démocratie, et s’emploie à renforcer l’institution parlementaire.

Elle a joué un rôle essentiel dans l’élaboration de principes démocratiques de gouvernance et dans l’établissement de normes internationales en matière d’élections libres et régulières, dans le fonctionnement des systèmes multipartites.

L’expertise de ses membres lui permet d’apporter conseils et appui technique aux pays en transition politique ou en situation d’après conflit. Ces dernières années, l’UIP a ainsi joué un rôle actif dans la mise en place des systèmes parlementaires de plus de 50 pays, dont l’Afghanistan, l’Albanie, la Guinée équatoriale, l’Irak, le Nigeria, le Pakistan, le Rwanda, Sri Lanka, le Timor-Leste et l’Uruguay.

Quels types d’actions conduit l’UIP pour défendre et promouvoir les droits humains ?

Elles sont de plusieurs ordres. Tout d’abord, l’UIP aide les parlementaires – une communauté forte de plus de 40 000 personnes – à représenter leurs électeurs. En 1976, elle a créé le Comité des droits de l’homme des parlementaires, qui a pour mission d’enquêter sur des plaintes pour violation de leurs droits. Depuis, le Comité a examiné plus de 500 cas dans une centaine de pays et, a pu, bien souvent, trouver une issue satisfaisante.

Il existe, par ailleurs, une Commission permanente de l’UIP qui se consacre entièrement à l’étude de questions relatives à la démocratie et aux droits de l’homme. Ses recommandations impliquent un suivi parlementaire afin de consolider et de renforcer le respect des libertés fondamentales dans les législations nationales.

Pour permettre aux parlements nationaux d’être plus efficaces en matière de droits humains, l’UIP organise également, depuis 2004, une réunion annuelle des membres d’instances parlementaires chargées des droits de l’homme. Elle a aussi lancé un projet à l’intention des parlementaires des pays d’Afrique francophone pour les assister dans leur travail de la mise en oeuvre des recommandations des traités de l'ONU relatifs aux droits de l’homme visant à l’adoption de nouvelles lois ou à la modification des lois existantes.

Comment cette organisation aide-t-elle à articuler les débats nationaux et internationaux ?

L’UIP tient deux assemblées par an, qui sont, pour les parlementaires venus de toutes les régions du monde, un espace unique leur permettant de confronter leurs expériences et de traiter des grands thèmes d’actualité d’intérêt général. Elles sont également une occasion pour les délégations des parlements membres de l’UIP d’organiser des rencontres bilatérales, et de renforcer ainsi la diplomatie parlementaire.

Par exemple, lors de l’assemblée qui s’est tenue en avril 2008 au Cap, en Afrique du Sud, plus de 1 200 délégués ont débattu de la lutte contre la pauvreté, de l’équilibre entre sécurité nationale et libertés individuelles, des politiques étatiques et de l’aide étrangère, sans oublier les questions relatives aux travailleurs migrants, à la traite des êtres humains, à la xénophobie et aux droits humains.

Tout au long de l’année, nous organisons aussi des conférences spécialisées, des réunions régionales et des séminaires dans les différentes régions du monde. Une Conférence parlementaire s’est ainsi tenue, en 2007, en partenariat avec le Parlement européen, sur l’Organisation mondiale du commerce (OMC). La même année, une réunion parlementaire a également eu lieu, à Manille, pour débattre du VIH / Sida.

L’UIP a-t-elle eu l’occasion de s’appuyer sur des études conduites par des scientifiques ?

Bien entendu. L’assemblée du Cap a, par exemple, été le cadre de lancement d’un important rapport, produit en partenariat avec de nombreuses organisations. Cette publication a été l’occasion de rassembler des experts mondiaux de la santé, des responsables politiques et des parlementaires du monde entier pour débattre de l’urgence d’accélérer les mesures permettant d’atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement en matière de réduction de la mortalité maternelle et infantile.

Intitulé Conduire le changement pour le bien des mères, des nouveaux-nés et des enfants, ce rapport révèle, en effet, que seule une fraction des 68 pays en développement – qui représentent pourtant 97 % des cas de mortalité maternelle et infantile dans le monde – a enregistré des progrès suffisants pour assurer les soins de santé essentiels qui permettent de sauver la vie à des femmes, des nourrissons et des enfants.

À l’issue du débat, un engagement fort a été pris par les législateurs, les représentants d’organisations telles que l’UNICEF et l’OMS, mais également par des médecins et des journalistes spécialisés de la revue The Lancet, en faveur de la campagne « Compte à rebours 2015 ».

S’agissant de l’UIP, cet engagement ne restera pas lettre morte, puisqu’une évaluation de ce qui aura été fait en 2008, au niveau national, pour combattre la mortalité maternelle et infantile, sera présentée lors de la prochaine assemblée de l’UIP, qui se tiendra du 5 au 10 avril 2009, à Addis-Abeba en Éthiopie.

Mais ce n’est là qu’un des nombreux exemples de la collaboration entre experts et parlementaires travaillant pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement.

L’UIP publie elle-même de nombreux rapports et études. Cherchez-vous ainsi à influer sur les stratégies politiques nationales ?

La publication d’ouvrages utiles à la décision politique est effectivement une activité importante de l’Union interparlementaire. En matière de statistiques sur les femmes dans les parlements, l’UIP est d’ailleurs devenue la référence. La promotion d’une participation accrue des femmes à la vie politique est même l’un des programmes qui donne une grande visibilité à notre organisation.

Pour l’UIP, il ne saurait en effet y avoir de démocratie sans un véritable partenariat entre hommes et femmes dans la conduite des affaires publiques. Nous savons, en effet, que, même si de plus en plus de femmes occupent des fonctions politiques élevées, plus de 80 % des élus dans le monde sont des hommes.

Une très récente étude de l’UIP, intitulée Égalité en politique : Enquête auprès de femmes et d’hommes dans les parlements, montre que la participation des femmes à la vie politique est en train de modifier les priorités politiques dans le monde entier. La présence des femmes dans les parlements commence à se faire sentir et à redéfinir les projets politiques.

L’UIP suit donc non seulement les progrès des femmes en politique à travers le monde, mais, en outre, elle met sur pied des séminaires en faveur des candidats, hommes et femmes, lors d‘élections qui se tiennent dans des pays en développement et des démocraties émergentes qui favorisent l’égalité des genres. Un séminaire de ce type a notamment été conduit au Rwanda, et cela a porté ses fruits, puisque le Rwanda est désormais le pays qui compte le plus grand nombre de femmes au Parlement, avec 56,33 % d’élues, devant la Suède avec 47 %.

Quel type de relations entretenez-vous avec l'UNESCO ?

L’UIP et l’UNESCO ont signé un accord de coopération en 1997. En 2003, dans le cadre de ce partenariat, nous avons lancé un réseau parlementaire et publié conjointement un Guide de la pratique parlementaire destiné à aider le secrétariat, mais aussi les réseaux de l’UNESCO, à mieux comprendre le fonctionnement des parlements nationaux. L’UIP a ainsi apporté à l'UNESCO et à ses Commissions nationales un éclairage unique sur les parlements qui devrait permettre de rendre encore plus efficace la collaboration entre l’Organisation et ses États membres.

Propos recueillis par Nfaly « Vieux » Savané


Pier Ferdinando Casini

Agé de 54 ans, Pier Ferdinando Casini a présidé l’Union interparlementaire, d’octobre 2005 à octobre 2008, date à laquelle il a été remplacé dans cette fonction par Theo-Ben Gurirab, actuel Président de l’Assemblée nationale de la République de Namibie. Licencié en droit, auteur de plusieurs essais portant sur la politique internationale, la vie parlementaire italienne, ou encore la constitution européenne, M. Casini est, depuis 1983, régulièrement réélu député de la République italienne. Au cours de ses différents mandats nationaux, il a été membre, entre autres, des commissions des Affaires étrangères et de la Défense du Parlement et assura la vice-présidence de la Commission parlementaire d’enquête sur le terrorisme en Italie. En 2001, il présida également la Chambre des Députés italienne.




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