» Entretien avec Sylvie Kayitesi Zaïnabo : « La pauvreté est un déni des droits humains. »
25.09.2008 - SHSregards 20

Entretien avec Sylvie Kayitesi Zaïnabo : « La pauvreté est un déni des droits humains. »

dans SHSregards 20

Ancienne ministre de la Fonction publique et du Travail du Rwanda, Sylvie Kayitesi Zaïnabo, présidente de la Commission rwandaise des droits de la personne, a été élue à la tête du Réseau des Institutions nationales africaines des droits humains, en 2007.
Elle aborde, dans cet entretien, la question des droits humains en Afrique et la situation des réfugiés et des déplacés victimes des conflits internes qui minent le continent et installent les populations dans une précarité qui les empêchent de vivre en harmonie et en paix. Sylvie Kayitesi Zaïnabo invite par ailleurs à lutter contre la pauvreté perçue comme un déni des droits humains, afin de permettre aux plus démunis d’avoir accès à la nourriture, au logement décent, à l’éducation et à la santé.

Les Institutions nationales des droits humains occupent une place particulière dans le réseau mondial des organisations chargées de promouvoir ces droits. Que représentent-elles et comment fonctionnent-elles en Afrique ?

Les Institutions nationales des droits humains occupent effectivement une place particulière dans le réseau mondial des organisations en charge de promouvoir les droits de l’homme. En tant qu’institutions étatiques, elles constituent de véritables passerelles entre la société civile et les gouvernements.

La création de ce type d’instances, dans chaque pays, s’est d’ailleurs faite sous l’orientation des « Principes de Paris » tels qu’ils ont été établis par la résolution n°1992/54 de la Commission des Nations Unies, elle-même confirmée par l’Assemblée générale des Nations Unies dans sa résolution n°48/134 du 20 octobre 1993.

Selon ces principes, une Institution nationale est investie des compétences de protection et de promotion des droits humains et se doit aussi d’être indépendante des gouvernements en place pour être efficace.

Notons que jusqu’en 2007, sur 53 pays africains, on ne comptait des Institutions nationales des droits humains que dans 32 pays seulement. Parmi elles, certaines sont en conformité avec les « Principes de Paris » et d’autres ne le sont pas encore. Celles d’entre elles qui se trouvent à l’étape naissante de leur développement rencontrent, par ailleurs, des difficultés, ayant à faire face à plusieurs défis dans la mesure où elles cherchent non seulement à gagner la confiance des populations, mais aussi à être plus efficaces par rapport aux autres organisations de défense des droits de l’homme.

Quel est le rôle du Réseau africain des Institutions nationales des droits humains que vous présidez depuis 2007 ?

Ce réseau a été créé, en 1996, juste après l’adoption des « Principes de Paris », pendant une période caractérisée par la mise en place de plusieurs structures de ce type dans différents pays africains. Il a pour vocation de soutenir l’établissement et le renforcement des Institutions nationales des droits humains sur tout le continent et vise à améliorer le travail de chacune d’entre elles au niveau de son pays. Le fait d’être en réseau permet par ailleurs d’assurer une plus grande visibilité des institutions africaines au niveau international.

Mais cela fait peu de temps qu’il se nomme ainsi. À l’origine, cette organisation de coordination et de promotion avait pris l’appellation de « Comité de coordination des Institutions nationales africaines ». C’est seulement l’année dernière, en octobre 2007, qu’elle a changé de nom pour se transformer en « Réseau », à la suite d’une assemblée générale, qui s’est tenue en marge de la 6e Conférence des Institutions nationales des droits humains en Afrique.

Présidente du Comité des droits de l’homme du Rwanda, êtes-vous la 1re femme élue à la tête de cette organisation ?

Non. Plusieurs autres femmes l’ont été avant. Depuis sa création, cette organisation a ainsi été présidée par la présidente de la Commission ougandaise des droits de l’homme, puis par la Secrétaire exécutive de la Commission des droits de l’homme du Nigeria, en remplacement du président de cette Commission.

Comment votre réseau s’organise t-il pour apporter aide et assistance aux 12 millions d’hommes, de femmes et d’enfants qui fuient les zones de conflits en Afrique, conférant au continent un triste record avec près de la moitié du nombre total de personnes déplacées dans le monde ?

Le Réseau a une claire perception du problème des déplacés dans le monde et plus particulièrement en Afrique. La preuve en est l’organisation de la 6e conférence des Institutions nationales africaines des droits de l’homme qui avait pour but de renforcer le rôle des Institutions nationales en matière de protection des réfugiés, des personnes déplacées dans leurs propres pays et des apatrides. La conférence a été l’occasion de définir des stratégies en vue d’une meilleure prise en charge de ce groupe de population vulnérable. Les institutions membres du Réseau se sont résolues à apporter assistance aux personnes déplacées dans leur propre pays à travers leurs activités de protection.

Outre la question des réfugiés, quels sont les principaux défis auxquels l’Afrique doit faire face en termes de droits humains ?

Outre la question des réfugiés et des déplacés dans leurs propres pays, qui résulte des conflits internes, l’Afrique doit faire face à beaucoup d’autres défis qui affectent la jouissance effective de leurs droits par les populations. Il s’agit notamment de la pauvreté qui est d’ailleurs perçue comme un déni des droits humains. Le pauvre est en effet démuni de ressources pour accéder aux denrées alimentaires, au logement décent, à l’éducation, aux soins de santé.

Le renforcement des droits des femmes est aussi un autre enjeu essentiel qui doit être relevé. Le rôle des femmes dans la reconstruction des pays en post-conflit et dans le développement socio-économique de leurs pays est en effet crucial.

La réforme du système des Nations Unies modifie-t-elle vos relations avec des partenaires comme l’UNESCO ?

Le Réseau africain des Institutions nationales des droits humains devient de plus en plus visible dans les instances internationales grâce à sa présence au sein du Bureau du Comité international de coordination pour la promotion et la protection des droits humains et à son Secrétariat permanent qui lui permet de mettre en scène ses activités sur le plan international, grâce, entre autres, à l’organisation de nombreuses conférences internationales.

Aujourd’hui, nous collaborons ainsi avec d’autres institutions nationales à travers le monde, mais également avec le Haut Commissariat aux Droits de l’Homme, le Comité international de coordination pour la promotion et la protection des droits de l’homme (CIC), la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, la Communauté des pays de l’Afrique de l’Est et encore bien d’autres organisations intergouvernementales et non gouvernementales.

Quant aux relations avec l’UNESCO, nous sommes très désireux de les renforcer davantage, spécialement dans le cadre du programme d’éducation aux droits de l’homme car nous sommes convaincus que les institutions nationales des droits humains sont des partenaires stratégiques pour la mise en application de ce programme.

Propos recueillis par Nfaly « Vieux » Savané


Sylvie Kayitesi Zaïnabo

Née en mai 1962, Sylvie Kayitesi Zaïnabo est titulaire d’une licence en droit de l’Université nationale du Rwanda. Très engagée en faveur des droits des femmes et de l’enfant dans son pays, elle fut Associate Protection Officer au Haut Commissariat pour les Réfugiés de 1996 à 1999, date à laquelle elle fut nommée Secrétaire d’État au ministère des Terres, de la Réinstallation et de la Protection de l’Environnement, puis ministre de la Fonction Publique et du Travail du Rwanda.




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