05.09.2016 - Sciences exactes et naturelles

Le G20 compte pour 92% des dépenses mondiales en recherche

© Shutterstock.com / Les deux-tiers de la population mondiale habitent un pays du G20 et ce groupe compte pour les neuf-dixièmes des dépenses mondiales en recherche.

Les 20 plus grandes économies du monde se rencontrent les 4 et 5 septembre prochains dans la ville chinoise de Huangzhou. Elles comptent pour les deux-tiers (64%) de la population mondiale mais 80% du PIB et 92% des dépenses en recherche-développement (R&D), selon le Rapport de l’UNESCO sur la science.

Quant à la création privée de connaissance, dans ce domaine, la domination du G20 est encore plus marquée : 94% des brevets accordés par le US Patents and Trademark Office.

Malgré le fait que le nombre de chercheurs a augmenté partout dans le monde depuis 2009, la part du G20 n’a rétréci que de moins d’un point pour cent. Quelque 6,74 millions chercheurs sur un total de 7,76 millions vivent dans un pays du G20, équivalent à 87% des effectifs mondiaux.

Le G20 domine donc toujours la richesse et la recherche mondiales. Cependant, à l’intérieur même du G20, il y a moins d’écart qu’avant, surtout en ce qui concerne la Chine et la République de Corée, qui sont passés respectivement à 19,6% (+42%) et 4,4% (+ 22%) des dépenses mondiales en recherche-développement. Du fait de cette tendance, les parts de nombreux pays du G20 à revenue élevés sont en baisse, notamment celles de de l’Allemagne, de l’Australie, du Canada, des États-Unis, de la Fédération de Russie, de la France, du Japon, de l’Italie et du Royaume-Uni.

Les tendances en matière de PIB suivent la même trajectoire. Alors que la part mondiale des pays du G20 à revenu élevé a baissé entre 2009 et 2013, celle de la Chine est passée de 13,4% à 16.1%.

Au niveau mondial, les dépenses en recherche-développement ont progressé plus rapidement que le PIB dans les années suivant la crise financière mondiale de 2008–2009. La baisse des dépenses publiques en recherche dans les pays à revenu élevé comme corollaire de budgets d’austérité a été largement compensée par l’investissement soutenu du secteur des entreprises.

Pendant ce temps, des pays en développement caractérisés par des industries primaires fortes, tels l’Argentine, l’Éthiopie, le Kenya, le Mali et le Mexique, ont pu profiter d’une croissance dynamique, grâce au boom du marché des matières premières, pour relever leur propre engagement envers la recheche. Certaines économies émergentes ont également augmenté leur investissement en recherche pendant cette période, comme la Malaisie ou la Turquie.

Tous les cinq membres des BRICS (Brésil, Fédération de Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) sont membres du G20. Ils ont vécu des expériences diverses entre 2009 et 2013. En Fédération de Russie, où les start-up à base de technologie restent l’exception, l’investissement gouvernemental en recherche-développement civile a augmenté sur toute la période, mais l’investissement industriel a peu évolué, malgré les efforts du gouvernement pour stimuler l’innovation.

En Chine, l’investissement dans la recherche-développement a progressé aussi bien dans le secteur public que dans celui des entreprises. En Afrique du Sud, en revanche, l’augmentation des dépenses publiques n’a pas suffi pour compenser la chute de l’investissement dans le secteur privé. Au Brésil et en Inde, la situation a été inversée. Ici, c’est l’investissement privé qui a progressé plus vite que l’engagement public. Cela n’a pas empêché la crise de 2008 de nuire à l’innovation au Brésil, selon le Rapport de l’UNESCO sur la science, toutes les entreprises interrogées en 2013 ayant fait état d’une baisse de cette activité depuis 2008. Le rapport a prédit qu’il « est fort probable que cette tendance affecte les dépenses, si le ralentissement de l’économie brésilienne persiste ».Un an plus tard, le Brésil et la Fédération de Russie étaient tous deux en récession.

L’Europe, le Japon et les États-Unis dominent toujours la recherche mondiale

L’Union européenne (UE), le Japon et les États-Unis dominent toujours la création privée de connaissance. Ils détiennent huit brevets triadiques sur dix (83%) triadic patents – ceux qui sont déposés auprès des bureaux des brevets américain, japonais et européen simultanément par le même candidat pour la même invention. Ceci dit, la Chine et la République de Corée ont fait un bond en avant dans ce domaine depuis une décennie. À eux deux, ils comptent désormais pour 8,3% des brevets triadiques, dont 5,5% pour la seule République de Corée. Les deux pays ont en commun que le secteur des entreprises finance les trois-quarts de la recherche. Alors que l’engagement envers la recherche est deux fois supérieur en République de Corée (4,15% of PIB, contre 2,09% en Chine), les entreprises chinoises compte désormais pour un-cinquième des dépenses en recherche-développement du monde, contre seulement 5% en 2001.

Selon le Rapport de l’UNESCO sur la science, les entreprises de l’UE ont tendance à se focaliser sur la recherche-développement de basse à moyenne intensité, contrairement à leurs principaux compétiteurs, les États-Unis et le Japon. Par ailleurs, seulement deux entreprises basées dans l’UE figurent parmi les dix entreprises les plus dépensières en recherche-développement, bien que les entreprises européennes comptent pour 30% des dépenses dans ce domaine des 2 500 meilleures entreprises. Ces deux entreprises sont toutes les deux allemandes et toutes deux dans le secteur des automobiles, à savoir Volkswagen and Daimler. Un quart des dépenses en recherche-développement par des entreprises européennes provient du secteur des automobiles.

Quant aux entreprises innovantes spécialisées dans l’internet, l’UE est quasiment absente de ce champ d’activité. Onze sur 15 des plus grandes entreprises publiques dans ce domaine sont basées aux États-Unis et le reste en Chine. « Les tentatives visant à reproduire l’expérience de la Silicon Valley dans l’UE n’ont pas tenu leurs promesses », constate le rapport. « Les principaux géants européens spécialisés dans le matériel informatique de l’économie numérique (Siemens,Ericsson, Nokia) ont même perdu beaucoup de terrain ces dix dernières années dans les classements mondiaux des acteurs de la R&D. Cependant, l’entreprise de logiciels et de services informatiques SAP, implantée en Allemagne, a récemment été classée parmi les 50 principaux acteurs de la R&D ».

« Les performances des entreprises européennes en matière de R&D ont également été amoindries du fait d’une progression décevante de la R&D dans des secteurs comme l’industrie pharmaceutique et les biotechnologies (0,9 % de croissance de R&D en 2013) ou le matériel et l’équipement informatique (-5,4 %), qui font généralement beaucoup appel à la R&D. Si l’UE se positionne presque au même niveau que les États-Unis pour l’industrie pharmaceutique, elle accuse en revanche un sérieux retard dans le domaine des biotechnologies ».

Le Rapport de l’UNESCO sur la science en déduit que « Si l’Europe produit énormément de nouvelles connaissances, elle s’en sort moins bien pour ce qui est de transformer les nouvelles idées en produits et procédés rentables d’un point de vue commercial. La science et l’innovation font face à un marché plus fragmenté que les grandes économies constituées d’un seul État-nation, comme les États-Unis ou le Japon. L’UE a donc besoin de se doter d’une politique de recherche commune afin d’éviter les redondances au niveau des travaux de recherche menés dans les différents États membres ».

Le ≪ système de brevet communautaire ≫, approuvé par 25 États membres de l’UE (tous sauf la Croatie, l’Espagne et l’Italie) en 2013, devrait réduire les coûts imputables aux frais administratifs et aux traductions pour les 25 États membres de 85 %. Le système entrera en vigueur une fois l’Accord sur le juridiction unifiée du brevet deviendra effective. Au 3 septembre 2016, pourtant, seuls dix des 13 pays minimum avaient ratifié l’accord.

Pendant ce temps, au Japon, une préoccupation au niveau politique a été le transfert de technologie à l’étranger par des entreprises japonaises et la diminution de l’investissement étranger au Japon. Une loi qui est entrée en vigueur en novembre 2012 incite les entreprises multinationales à relocaliser leurs centres de recherches et succursales asiatiques au Japon. Depuis, la baisse de la fiscalité des entreprises, conjuguée à la dépréciation importante du yen et la chute des prix de pétrole, a convaincu de nombreuses entreprises manufacturières japonaises de rapatrier leurs usines.

L’investissement dans la recherche en baisse dans trois pays du G20 ayant profité du boom des matières premières

Le niveau d’investissement dans la recherche a baissé dans trois pays du G20 à revenu élevé qui ont connu, pourtant, une période faste pendant le boom des matières premières, grâce notamment à leurs exportations de combustibles fossiles et de minérais. Ces trois pays sont l’Australie, le Canada et la Fédération de Russie.

La réussite économique de l’Australie au cours des dernières décennies est en grande partie liée au boom des ressources naturelles (minerai de fer et charbon en particulier). Le secteur minier concentre une part non négligeable du budget de la recherche des entreprises : 22% en 2011, équivalent à 13% de l’ensemble des dépenses en recherche-développement du pays, selon le Rapport de l’UNESCO sur la science. À lui seul, ce secteur a compté pour 59% des exportations de l’Australie en 2013. La baisse de la demande chinoise et indienne, en particulier, a taillé dans le budget de la recherche du secteur minier mais aussi celui de la recherche publique au sens large.

Au Canada, la part des produits liés à l’énergie (pétrole et gaz) dans les exportations totales du Canada est passée de près de 13 % en 2002 à plus de 25 % en 2012. Au cours de la même période, l’intensité de la recherche nationale est passée de 2,0% à 1,6% du PIB, surtout après 2009 lorsque « les dépenses publiques de recherche-développement internes ont souffert de la détermination du gouvernement a retrouver l’équilibre budgétaire ».

Depuis le début de l’année, les gouvernements australien et canadien s’efforcent de réduire leur dépendance vis-à-vis les technologies de combustibles fossiles.

En Fédération de Russie, « paradoxalement, la croissance économique rapide liée au boom des matières premières de la période 2000-2008 a plutôt eu un impact négatif sur l’inclination des entreprises à se moderniser et à innover ». Cela s’est traduit par une explosion des importations de technologies de pointe et par une dépendance technologique croissante vis-a-vis des pays développés dans certains secteurs, tels que les produits pharmaceutiques et l’équipement médical de haute technologie. En mai 2014, le président russe a prôné un elargissement des programmes de substitution d’importations pour inverser cette tendance.

Entre 2009 et 2013, l’enveloppe budgétaire fédérale allouée à la R&D civile est passé de 63 à 81 milliards de roubles (en prix constant de l’année 2000), mais l’intensité de la recherche russe a diminué au cours de la même période de 1,25% à 1,12% du PIB. « La faiblesse de l’apport financier de l’industrie à la R&D constitue une préoccupation constante », constate le rapport. L’industrie pratique la majeure partie de la recherche (60%) mais n’en finance que 28% (2013). Cette proportion est même en baisse par rapport à 2000 (33%). L’innovation est circonscrite surtout au marché domestique et les entreprises manifestent peu d’intérêt pour la croissance verte. « Même les entreprises qui ont recours à des inventions écologiques (technologies économes en énergie, etc.) n’obtiennent quasiment aucun avantage concurrentiel sur le marché intérieur ».

Une des ambitions du décret présidentiel de 2012 est de faire passer l’intensité de la recherche nationale à 1,77% du PIB d’ici 2015. En parallèle, la part des industries en haute technologie dans le PIB doit augmenter de 130% d’ici 2018.

Source: Rapport de l’UNESCO sur la science : vers 2030 (paru en 2015, version française à paraître fin 2016) ; voir les chapitres sur le Brésil, le Canada, la Chine, l’Union europeénne, l’Inde, la Fédération de Russie et les États-Uni.




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