» L'égalité des sexes, pièce manquante du puzzle de la paix et du développement
12.09.2010 -

L'égalité des sexes, pièce manquante du puzzle de la paix et du développement

L'UNESCO et la Commission nationale hellénique pour l'UNESCO ont coorganisé à Athènes (Grèce), du 9 au 11 septembre 2010, un Forum UNESCO du Futur sur le thème : « L'égalité des sexes : le chaînon manquant – Repenser les objectifs de développement internationalement reconnus au-delà de 2015 ».

Cette réunion de haut niveau se tenait à quelques jours seulement du Sommet de l'Assemblée générale des Nations Unies qui réunira les chefs d'État et de gouvernement à New York, afin d'évaluer les progrès réalisés vers les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). En adoptant cet agenda mondial, la communauté internationale s'est engagée à mener des actions ciblées d'ici à 2015 dans des domaines tels que l'égalité entre les sexes, la pauvreté, la faim, l'analphabétisme ou le VIH/SIDA.

À l'ouverture du Forum, Irina Bokova, Directrice générale de l'UNESCO, a invité les gouvernements et les communautés à bien comprendre qu'« il apparaît de plus en plus clairement qu'une approche transversale de l'égalité des sexes est essentielle, non seulement pour le respect des droits des femmes, mais pour la réalisation des plus larges objectifs du développement et de la paix. [...] Nous devons repenser les objectifs de développement internationalement reconnus à partir du chaînon manquant de l'égalité des sexes, de façon que les droits et les potentialités des femmes forment la trame du tissu social et culturel de tous les pays. Tous les objectifs de développement se renforcent l'un l'autre, mais aucun ne peut être atteint si l'on ne donne aux filles et aux femmes les capacités et la confiance dont elles ont besoin pour vivre librement et dignement ».
 
La cérémonie d'ouverture s'est tenue sur le site archéologique de Pnyka, cadre historique hautement significatif : c'est là en effet que les Athéniens se réunissaient pour prendre leurs décisions – sans les femmes. Le message délivré par le Forum était donc clair : la démocratie ne peut être fondée que sur l'égalité.
 
Outre la Directrice générale de l'UNESCO, le Ministre adjoint de la culture et du tourisme, Georgios Nikitiadis, et la Présidente de la Commission nationale hellénique pour l'UNESCO, nombreuses ont été les personnalités éminentes et les femmes d'excellence dans leurs domaines respectifs à prendre part à cette cérémonie. Parmi les oratrices, citons Eleonora Mitrofanova, Présidente du Conseil exécutif de l'UNESCO ; Asha-Rose Migiro, Vice-Secrétaire générale des Nations Unies ; Tatiana Koke, Ministre lettone de l'éducation et des sciences ; Bibiana Aído Almagro, Ministre espagnole de l'égalité ; Moushira Mahmoud Khattab, Ministre d'État égyptienne à la famille et à la population ; Emma Bonino, Vice-Présidente du Sénat italien ; Carol Bellamy, ancienne Directrice exécutive de l'UNICEF et Nafis Sadik, Envoyée spéciale du Secrétaire général des Nations Unies pour le VIH/SIDA en Asie et ancienne Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP).
 
Dans le contexte de la Déclaration et du Programme d'action de Beijing adoptés à la Quatrième Conférence mondiale sur les femmes en 1995, des Objectifs du Millénaire pour le développement et des six objectifs de l'Éducation pour tous de 2000, cet aréopage de dirigeantes avait un message simple à formuler pour l'avenir : après des années, voire des décennies, passées à proclamer l'égalité des hommes et des femmes, il est plus urgent que jamais de placer l'égalité des sexes au centre de l'agenda mondial de la paix et du développement et d'agir de façon concrète et efficace pour rétablir le lien manquant entre les déclarations et les actes. Elles ont suggéré à cet effet plusieurs lignes d'action.

Partage du pouvoir et coopération. La paix et le développement ne peuvent se réaliser sans la participation systématique des femmes et l'intégration de perspectives d'égalité entre les sexes dans toutes les grandes décisions d'ordre politique, économique et sociétal. Comme l'a fermement rappelé Eleonora Mitrofanova, malgré des progrès indéniables, « les femmes ne jouissent toujours pas d'un accès égal aux institutions politiques et nationales ». Hommes et femmes doivent coopérer dans ce sens, notamment ceux qui, aux postes de décision, devront accepter de les partager réellement avec les femmes.
 
Éduquer les filles et les femmes : un placement avisé. La société dans son ensemble aurait beaucoup à gagner de l'éducation des filles et des femmes. Ces dernières représentent pourtant les deux tiers des 796 millions d'analphabètes recensés par l'UNESCO à travers le monde. L'éducation et l'égalité des sexes devraient être pleinement reconnues en tant que catalyseurs du développement se renforçant mutuellement : « les OMD ne seront pas atteints », a souligné Irina Bokova, « tant que les filles et les femmes n'auront pas acquis, grâce à l'éducation, les connaissances et les compétences leur permettant d'améliorer leurs conditions de vie et celles de leur famille et de leur communauté ».

L'égalité des sexes est déjà un objectif en soi, mais elle est aussi une stratégie permettant d'atteindre tous les objectifs de développement convenus au niveau international. Lors de leur adoption, seuls deux des OMD faisaient expressément mention des droits des femmes et de leur autonomisation. Or, dans la mesure où celles-ci forment la moitié désavantagée de l'humanité, œuvrer pour leur bien-être et leur égalité contribuera automatiquement à la réalisation des objectifs de développement. Nous devons donc revoir systématiquement nos outils stratégiques, de façon à mieux intégrer la perspective d'égalité des sexes dans chaque aspect du développement.
 
Se préoccuper de la santé génésique et sexuelle des femmes. Lorsqu'ont été définis les grands agendas du développement, la communauté internationale n'a pas osé reconnaître l'importance cruciale de la santé génésique et sexuelle comme élément clé pour permettre aux femmes de mieux maîtriser leurs vies. Or les OMD ne peuvent être atteints durablement tant que des pratiques comme les mutilations sexuelles féminines (MSF) ne seront pas vigoureusement combattues et éliminées, et les femmes pleinement sensibilisées aux dangers du VIH et du SIDA. Hommes et femmes doivent avoir, les uns comme les autres, le courage de faire de la santé génésique et sexuelle un des piliers du développement.
 
La culture est un des moteurs du développement. Alors que l'égalité des sexes nous oblige à nous attaquer à des attitudes et des comportements souvent profondément ancrés dans les valeurs et les pratiques traditionnelles, nous ne pouvons nous reposer uniquement sur les cadres politiques officiels. Pour se saisir pleinement de la question de l'égalité, la communauté internationale doit aussi prendre en compte les dimensions culturelles du développement.

Tous ces axes d'action visent un seul et même but : placer l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes au cœur du développement. Pour reprendre les termes de la Vice-Secrétaire générale des Nations Unies : « par l'éducation, l'information et la sensibilisation, nous devons changer les attitudes et les comportements et mettre un terme aux pratiques discriminatoires, dans chaque pays, chaque famille, chaque culture et chaque situation ».

Les participants au Forum UNESCO du Futur ont unanimement reconnu que cette tâche exigerait la coopération de tous les acteurs, se félicitant de la création récente d'ONU-Femmes, la nouvelle entité des Nations Unies sur l'égalité entre les sexes et l'autonomisation de la femme, mise en place pour garantir qu'aucun aspect du développement ne sera envisagé et mis en oeuvre sans prendre pour fondement l'égalité entre les sexes.
 
Le Forum a poursuivi ses délibérations jusqu'au 11 septembre et, au cours d'une série de débats suivis par un auditoire d'environ 200 personnes, abordé les questions suivantes :

  • Le rôle stratégique de l'égalité des genres pour le développement
  • Les femmes : victimes de la violence, architectes de la paix
  • L'égalité entre les genres face aux défis de l'environnement
  • Le rôle de l'UNESCO comme promoteur du changement à travers l'éducation, les sciences, la culture, l'information et la communication.

Liens connexes :




<- retour vers Toutes les actualités
Retour en haut de la page