» Itinéraire de mémoire d’esclavage : la découverte d’un Paris méconnu
23.12.2012 - Culture Sector

Itinéraire de mémoire d’esclavage : la découverte d’un Paris méconnu

Projet La Route de l’esclave : résistance, liberté, héritage

Du VIe au XXème siècle, des dizaines de millions d’Africains ont été arrachés par la force à leurs terres et mis en esclavage en Europe, au Moyen et Proche et Orient, dans les Amériques, les Caraïbes et dans l’Océan indien. C’est la plus grande déportation d’êtres humains dans l’histoire de par son ampleur et sa durée et la violence qui l’a caractérisée. La traite négrière et l’esclavage, enfin reconnus comme un crime contre l’humanité en 2001, ont profondément façonné notre monde moderne et ont laissé de nombreuses traces.

Cette histoire terrible est aussi inscrite dans la géographie même des nos pays, dans la topographie de nos villes. Ports et fortifications, châteaux et demeures, marchés et cimetières, entrepôts et autres lieux de sévices, sites de révolte et de marronnage, jalonnent les routes de l’esclavage et témoignent.  Mais ces sites et lieux de mémoire restent souvent inconnus, quand ils ne sont pas recouverts d’un autre récit ou tout simplement détruits sans le moindre égard.  Si certaines villes comme Nantes, Londres, Liverpool ou New York ont commencé à accomplir leur devoir de mémoire en réhabilitant certains de leurs sites liés à l’esclavage, d’autres villes résistent encore à reconnaître ce passé. Ainsi, Paris, capitale d’une puissance jadis esclavagiste, possède un important patrimoine qui raconte l’implication française dans ce trafic mais aussi le combat mené contre l’esclavage.  Les noms des rues et des places, des stations de métro, des lieux emblématiques rappellent cette histoire tragique que peu de Parisiens connaissent. 

Par exemple, Dugommier n’est pas seulement le nom d’une station de métro ou de la paisible rue situé dans le 12ème arrondissement, c’est aussi celui d’un planteur guadeloupéen, propriétaire d’esclaves, général en 1792 et demeuré fervent partisan de l’esclavage qui défendra cette institution ignoble jusqu’au bout… combien de  Parisiens connaissent l’histoire de la rue Richepanse, du nom d’un autre général de Napoléon envoyé en Guadeloupe pour écraser dans le sang la révolte des esclaves et commettre un massacre qui a marqué la mémoire des guadeloupéens. Grâce au combat de quelques associations, cette rue a dû changer de nom et  porte aujourd’hui celui de l’élégant Chevalier Saint George.

On peut citer aussi une place dans le 17ème arrondissement qui portait le nom de Place des Trois Dumas dont le général Dumas, d’ascendance africaine, héros de la révolution française et père d’Alexandre Dumas, un des écrivains français les plus lus au monde. Sous l’occupation allemande, la statue du général fut détruite par les nazis avec l’accord des autorités de Vichy, et rebaptisée d’abord place Malesherbes, puis, en 1977, place du général Catroux. Malgré la lutte des associations pour corriger ce geste, la statue du général Dumas n’est toujours pas réédifiée, mais un monument a été construit en 2009 par la Mairie de Paris pour commémorer l’esclavage.     

C’est cet itinéraire que l’historien Marcel Dorigny, spécialiste de l’esclavage, a voulu reconstituer en effectuant un travail minutieux  pour en faire un guide de tourisme de mémoire et combler un grand vide. En effet, la première ville touristique du monde n’a pas encore mis en place un circuit pour des visiteurs intéressés par cette histoire.

Sollicité par le projet La Route de l’esclave de l’UNESCO dont un des objectifs est de soutenir et promouvoir de tels itinéraires de mémoire, Marcel Dorigny a accepté de faire découvrir ce parcours insolite parisien à des experts invités par l’UNESCO venant des différentes régions du monde.  Il les conduira du Jardin de Luxembourg au Panthéon, en passant par la rue Schoelcher et le Jardin d’Acclimatation, autant de lieux qui attestent de l’empreinte de cette tragédie dans l’espace parisien et racontent un autre récit de son passé.

Cette visite balisée s’inscrit dans le prolongement de la réunion technique organisée le Projet La Route de l’esclave du 11 au 12 décembre 2012 à l’UNESCO sur  l’élaboration d’un guide méthodologique et de modules de formation destinés aux opérateurs culturels désireux de développer le tourisme de mémoire liés à la traite négrière et à l’esclavage.




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