» Les partenariats public-privé ont permis de doper les programmes d'investissement publics
02.03.2017 - Natural Sciences Sector

Les partenariats public-privé ont permis de doper les programmes d'investissement publics

© shutterstock.com & NASA.

Le lundi 27 février, Elon Musk, le PDG de SpaceX, a annoncé que deux clients venaient de réserver leurs places à bord d’un vol privé à destination de l’orbite lunaire. Le voyage pourrait avoir lieu dès fin 2018.

Ce projet est révélateur d’une nouvelle tendance, qui verrait alors des partenaires privéq assumer le développement de l’économie spatiale, et ainsi permettre à l’Agence spatiale américaine (NASA) de se focaliser sur l’exploration de l’espace lointain.

La NASA n’a pas dit autre chose, le 28 février, dans un communiqué. Après avoir félicité SpaceX pour sa nouvelle initiative, la NASA a expliqué « que le fait de nouer des partenariats avec les entreprises permet à notre agence de soutenir l’essor de l’économie spatiale, tout en nous tournant vers le développement de lanceurs, de fusées et de systèmes afin de nous aventurer au-delà de la lune et de soutenir l’exploration de l’espace lointain ».

Actuellement, la NASA paie l’agence spatiale russe Roscosmos pour transporter des astronautes américains vers la Station spatiale internationale. Alors que la NASA doit composer avec un budget plus restreint aujourd’hui qu’il y a 20 ans, selon le Rapport de l’UNESCO sur la science, l’agence a dû renoncer aux vols spatiaux habités ces dernières années, pour réaliser des économies.

SpaceX a partiellement colmaté la brèche. L’entreprise privée travaille sous contrat pour la NASA. En 2012, un nouveau palier a été franchi dans ce partenariat hors norme, lorsque la capsule de SpaceX, le Dragon, « est devenu le premier vaisseau spatial commercial à acheminer du fret vers et depuis la Station spatiale internationale (ISS) ». SpaceX n’est pas encore en mesure d’assurer des vols habités, mais sa nouvelle capsule, le Dragon 2, doit effectuer son premier vol, sans astronaute, vers l’ISS au cours de l'année 2017. C’est cette capsule qui transporterait les deux touristes vers la lune.

Les milliardaires comme Elon Musk influent de plus en plus sur les priorités de recherche aux États-Unis, selon le Rapport de l’UNESCO sur la science. D’après le rapport, « certains groupes privés interviennent lorsque la volonté politique fait défaut dans la recherche ».

Alors que, dans le cas de SpaceX, des priorités de recherche au niveau fédéral ont été adoptées par des milliardaires, il arrive que l’inverse se produise. Avant l’annonce par le Président Obama de son Initiative BRAIN (pour Brain Research through Advancing Innovative Neurotechnologies, ou Recherches sur le cerveau pour faire avancer les neurotechnologies novatrices), Paul G. Allen et Fred Kavli avaient déjà créé des instituts privés de recherche sur le cerveau dans l’État de Washington, et dans trois universités (Yale, Columbia et Université de Californie) ». Ce sont les scientifiques travaillant dans ces instituts qui ont contribué à l’élaboration du programme fédéral, l’initiative BRAIN, qui implique des agences fédérales, des industriels et des philanthropes.

Un moyen de surmonter des budgets d’austérité

Entre 2013 et 2016, en dépit des efforts du gouvernement américain pour augmenter le financement de la recherche, la politique d’austérité du Congrès a largement prévalu. La concrétisation des priorités de l’exécutif ces dernières années doit donc beaucoup à la collaboration entre le gouvernement, l’industrie et le secteur à but non lucratif. Ceci est particulièrement vrai pour le secteur de la santé, qui a été une priorité de l’administration Obama, au même titre que le changement climatique.

L’un de ces partenariats est en train de développer, d’ici à 2019, jusqu’à cinq projets pilotes relatifs au traitement de trois maladies courantes mais difficiles à soigner : la maladie d’Alzheimer, le diabète de type 2 (chez l’adulte) et deux maladies auto-immunes, la polyarthrite rhumatoïde et le lupus. Lors du lancement du Partenariat pour l’accélération des traitements, en février 2014, le directeur des Instituts nationaux de santé a estimé qu’ « à l’heure actuelle, nous investissons trop d’argent et de temps dans l’étude de “voies sans issue”, tandis que les patients et leurs familles attendent ».

En plus des Instituts nationaux de santé, ce partenariat rassemble l’Agence américaine des médicaments et des produits alimentaires (FDA), ainsi que plusieurs organismes à but non lucratif et 10 groupes biopharmaceutiques. Trois de ces groupes biopharmaceutiques ne sont pas américains, à savoir GlaxoSmithKline (Royaume-Uni), Sanofi (France) et Takeda (Japon). Les laboratoires s’engagent à partager des échantillons (sang, tissus du cerveau prélevés chez des patients décédés) nécessaires pour identifier les biomarqueurs. Ils participeront également aux essais cliniques des Instituts nationaux de santé. Point essentiel, les partenaires industriels ont accepté de rendre toutes les données et analyses issues du partenariat accessibles à l’ensemble de la communauté de la recherche biomédicale. Ils se sont engagés à n’utiliser aucune découverte pour développer leurs propres médicaments, tant que les résultats n’auront pas été rendus publics.

Un autre partenariat public-privé démontre que les Etats-Unis ne pourront atteindre leurs objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre sans l’engagement des acteurs industriels. Le 27 juillet 2015, la Maison blanche a annoncé que 13 grandes entreprises américaines s’étaient engagées à investir 140 milliards de dollars dans des projets de réduction des émissions, dans le cadre de l’American Business Act on Climate Pledge :  Bank of America s’est engagée à augmenter ses investissements en faveur de l’environnement jusqu’à 125 milliards de dollars d’ici 2025, contre 50 milliards actuellement ; Coca-Cola s’est engagé à réduire son empreinte carbone d’un quart d’ici 2020 ; Google, qui est le premier acheteur mondial d’énergie renouvelable pour alimenter ses centres de données, a annoncé qu’il allait tripler ses achats au cours de la prochaine décennie ; la chaine de supermarchés Walmart, leader mondial de la distribution, s’est engagée à augmenter sa production d’énergies renouvelables de 600 % et à doubler le nombre de ses supermarchés fonctionnant grâce à ces énergies ; Berkshire Hathaway Energy (groupe Warren Buffett), quant à elle, va doubler ses investissements en faveur des énergies renouvelables à 30 milliards de dollars ; et enfin, Alcoa, le fabricant d’aluminium, vise une réduction de 50 % de ses émissions de CO2 à l’horizon 2025.

Donner un coup de pouce à des économies convalescentes

L’Union européenne (UE) aussi, privilégie des partenariats public-privé pour doper ses programmes d’investissement publics. Le partenariat public-privé Usines du futur a été lancé en 2008 dans le cadre du Plan européen de relance économique, alors que seuls trois pays membres de l’UE avaient échappé à la récession (Bulgarie, Pologne et Slovaquie). Quelque 150 projets impliquant des entreprises industrielles et institutions de recherche majeures ont été financés dans le cadre de ce partenariat par le biais du Septième programme cadre pour la recherche et l’innovation de l’UE (2007-2013). Ce partenariat se poursuit désormais sous le programme-cadre actuel, Horizon 2020 (2014-2020).

La numérisation de l’industrie fait partie des domaines de recherche du partenariat Usines du futur, car elle est considéré comme étant vitale pour moderniser l‘industrie manufacturière européenne. En Allemagne, par exemple, la numérisation de l’industrie est, depuis 2011, au coeur de la Stratégie en matière de hautes technologies du pays. Une nouvelle plateforme de l’Industrie 4.0 de l’Allemagne, programme dont le nom fait référence à la quatrième révolution industrielle, a été lancée en avril 2015. Baptisée Made in Germany, cette plateforme est gérée par le gouvernement fédéral (Ministères des affaires économiques et de la recherche), des entreprises, des associations professionnelles, des instituts de recherche et des syndicats. Bien que certaines technologies prônées par Industrie 4.0 se concrétisent, comme en témoigne l’existence d’usines intelligentes chez Siemens, la recherche est encore loin d’être terminée.

Si l’Europe produit énormément de nouvelles connaissances, elle s’en sort moins bien pour ce qui est de transformer les nouvelles idées en produits et procédés rentables d’un point de vue commercial. La science et l’innovation font face à un marché plus fragmenté que les grandes économies constituées d’un seul État-nation, comme les États-Unis ou le Japon. L’UE a donc besoin de se doter d’une politique de recherche commune afin d’éviter les redondances au niveau des travaux de recherche menés dans les différents États membres.

Depuis 2010, la politique de recherche de l’UE est fortement axée sur l’innovation grâce à l’adoption de l’initiative phare Une Union pour l’innovation. Celle-ci repose sur 34 engagements et livrables destinés à lever les obstacles qui s’opposent à l’innovation, notamment le coût élevé du brevetage, la fragmentation du marché, la lenteur de l’élaboration des normes et la pénurie de main-d’oeuvre qualifiée. Elle cherche à révolutionner la collaboration entre les secteurs public et privé, notamment grâce à des partenariats d’innovation entre les institutions européennes, les autorités nationales et régionales et les entreprises.

Cette politique se retrouve au niveau national, alors que les politiques de la République tchèque, de l’Italie, de la Pologne et de la Roumanie, entre autres, mettent l’accent sur la multiplication des partenariats public-privé.

Un moyen de lier la politique industrielle à l’innovation

En Amérique latine, les partenariats public-privé ont connu une métamorphose ces dernières années. Dans une région où l’industrie ne contribue que modestement à l’effort national de recherche – 0,12% du PIB en Argentine et 0,17% du PIB au Mexique en 2013 –, le Brésil et, dans une moindre mesure, l’Argentine, le Chili, le Mexique et l’Uruguay, ont réalisé des progrès en créant des fonds sectoriels et en reliant la politique industrielle aux objectifs de ces fonds en matière d’innovation.

Le Brésil a été le premier à créer des fonds sectoriels pour transférer les impôts prélevés auprès de certaines entreprises publiques aux secteurs et services clés, afin de promouvoir le développement industriel ; il en a créé pas moins de 14 entre 1999 et 2002 dans des secteurs comme le pétrole et le gaz, l’énergie, l’industrie spatiale ou les technologies de l’information. Plus récemment, le Brésil (en 2013), mais aussi l’Uruguay (en 2008), ont lancé des fonds sectoriels pour promouvoir des partenariats public-privé dans l’industrie agroalimentaire. Le Mexique, quant à lui, a créé 11 fonds sectoriels en 2003 et un douzième, consacré à la recherche sur la durabilite, en 2008.

Le Fonds sectoriel argentin (FONARSEC, datant de 2009) établit des partenariats public-privé afin d’améliorer la compétitivité des secteurs suivants : biotechnologie, nanotechnologie, TIC, énergie, santé, agroalimentaire, développement social, environnement et changement climatique. L’Argentine a également créé un fonds sectoriel pour les logiciels (FONSOFT, 2004).

Le 30 novembre 2016, l’Argentine a adopté une loi sur des contrats en matière de partenariat public-privé, afin de réguler et stimuler l’investissement privé dans des secteurs clé de l’économie comme le développement des infrastructures, la production, le logement, les services, la recherche appliquée et l’innovation technologique. Deux mois plus tôt, l’Argentine avait entériné un plan ambitieux de développement d’infrastructures nationales de transport dont la valeur a été estimée à 35 milliards de dollars.

L’industrie a contribué pour 0,52% du PIB à la recherche brésilienne en 2012, de loin la contribution la plus élevée dans la région, équivalent à près de la moitié (45%) de l’effort national de recherche. Toutefois, le Brésil n’est pas parvenu jusqu’ici à mettre l’innovation au service de la croissance économique. La productivité du travail stagne depuis les années 1980 et la part du Brésil dans les exportations mondiales a reculé ces dernières années à 1,4%. L’innovation a toujours tendance à être tributaire du transfert des technologies du secteur public vers le secteur privé.

Pis, le ralentissement actuel de l’économie empêche les fonds sectoriels du gouvernement d’engranger des recettes, les bénéfices trimestriels des entreprises étant souvent bas.

La plupart des firmes brésiliennes éprouve de l’indifférence pour le développement de nouvelles technologies. Il existe bien sur des domaines ou l’innovation technologique suscite de l’interet : Embraer, le constructeur aéronautique brésilien, Petrobras, la société pétrolière d’État, et Vale, le grand conglomérat minier, et Natura Cosméticos, fabricant de produits d’hygiène personnelle, de cosmétiques et de parfums. L’industrie agroalimentaire, aussi, investit dans l’innovation.

Natura Cosméticos réinvestit environ 3 % de son chiffre d’affaires dans la R&D. Par conséquent, les deux tiers de ses revenus tirés des ventes en 2013 étaient liés à des produits d’innovation sortis au cours des deux années précédentes.

Natura Cosméticos a établi des partenariats de recherche avec des instances publiques. L’entreprises utilise des extraits de plantes pour créer de nouveaux produits, ce qui demande des échanges avec les communautés amazoniennes et des partenariats avec des instituts de recherche tels que l’Entreprise brésilienne de recherche agricole (Embrapa) et l’Université fédérale de Santa Catarina. Cette collaboration génère des brevets. En 2015, Natura a inauguré, en association avec la la Fondation de recherche de l’État de Sao Paulo (FAPESP), le Centre de recherche appliquée en bien-être et en comportement humain, qui comprend des équipements de recherche installés dans les universités publiques de l’État.

Des partenariats pour faire avancer les priorités du gouvernement

En Afrique subsaharienne, on note de grandes divergences dans les dépenses gouvernementales en matière de santé publique : 0,8% du PIB en Soudan du Sud, 1,1% du PIB en Guinée-Bissau et au Nigéria et 9,1% du PIB au Lésotho. Certains gouvernements ont noué des partenariats public–privé pour complèter les dépenses publiques. Au Gabon, par exemple, le gouvernement et Shell Gabon ont entamé, en 2012, une démarche de prévention du VIH par le jeu auprès des jeunes, alors que la tuberculose est en progression. Le Gabon a consacré 2,1% du PIB à la santé publique en 2013.

Il y a plus de 200 îles habitées aux Maldives. Le gouvernement encourage du pays encourage des partenariats public-privé en proposant des terrains et d’autres incitations aux entreprises privées afin qu’elles créent des institutions d’enseignement supérieur sur certaines îles. Dans ce cadre, la société indienne Tata a accepté en 2014 de créer une faculté de médecine et un hôpital régional sur l’atoll de Lamu.

Ces dernières années, on a assisté à une explosion des technologies de l’information et de la communication (TIC), souvent centrées sur des pôles d’innovation. Pour soutenir le secteur en plein essor des nouvelles entreprises technologiques au Kenya, le gouvernement a conclu en janvier 2013 un partenariat avec un incubateur privé de start-up dans les technologies de l’information et de la communication (TIC), NaiLab. D’un montant de 1,6 million de dollars et d’une durée de trois ans, ce programme d’incubation technologique permettra à NaiLab d’élargir sa portée géographique à d’autres villes kenyanes pour aider les start-up à obtenir des informations, des capitaux et des contacts professionnels. En décembre 2013, le gouvernement a annoncé qu’il mettrait en place des incubateurs technologiques dans les 47 comtés du pays.

En Ouganda, pendant ce temps, le gouvernement a donné la priorité au développement du réseau des infrastructures dorsales du pays, composé de câbles en fibre optique, par le biais de l’Autorité ougandaise de l’investissement, organisme parapublic qui travaille de concert avec le gouvernement pour faciliter les investissements du secteur privé dans ce domaine, parmi d’autres.

En septembre 2013, le gouvernement a ouvert un Centre d’incubation pour l’externalisation des processus métiers au Bureau ougandais de statistique. Ce centre est régi par trois sociétés privées. Le gouvernement ougandais cible cette industrie pour lutter contre le chômage des jeunes et stimuler les investissements dans les services adaptés aux technologies de l’information.

Le gouvernement cherche également à créer de nouvelles entreprises et des emplois dans l’industrie agroalimentaire, grâce à un partenariat public-privé qui cible les jeunes innovateurs. Lancée en mai 2014, cette société à but non lucratif, CURAD Limited (en français : Consortium pour l’amélioration de la réactivité des universités au développement du secteur agroalimentaire), est basée à l’Université de Makerere.

De nombreux projets visent le développement industriel

Comme le montrent certains des projets précités, les partenariats public-privé sont souvent axés sur le développement industriel. Ainsi, en février 2013, le gouvernement gabonais s’est associé à Ireland Blyth Ltd en vue de développer l’industrie marine et des produits de la mer au Gabon.

Le financement du « Silicon Savannah » du Kenya, surnom affectueux dont le gouvernement affuble la Cité technologique Konza en cours de construction, repose sur un modèle de partenariat public-privé en vertu duquel le gouvernement fournit les infrastructures de base et le cadre stratégique et réglementaire de soutien, laissant aux investisseurs privés la charge de la construction et du développement industriel. Grâce à ce projet, le gouvernement espère créer 200 000 emplois dans les TICs d’ici à 2030.

Au Singapour, l’agence publique A*STAR finance depuis novembre 2014 une nouvelle initiative appelée « Smart Nation ». Son objectif est de développer de nouveaux partenariats entre les secteurs public et privé en vue de renforcer les capacités de Singapour dans les domaines de la cybersécurité, de l’énergie et des transports, et ainsi de faire de la ville-Etat un pays « vert » et d’améliorer les services publics. Dans le cadre de sa contribution à l’initiative Smart Nation, l’Institut de recherche en information-communication d’A*STAR a signé un accord avec IBM portant sur la création de solutions innovantes dans les domaines du big data, de l’analytique, de la cybersécurité et de la mobilité urbaine.

En décembre 2014, le ministre chargé de l’initiative Smart Nation, Vivian Balakrishnan, a expliqué quelle était la logique soustendant la création de cette initiative lors de l’ouverture du festival Singapore Maker. Il a souligné que le passage de la production de masse à la personnalisation de masse des technologies comme celle de la téléphonie mobile, associé à la baisse des prix du matériel informatique, à la généralisation des capteurs et à la connectivité simplifiée, a mis les données et l’innovation à portée de main des individus. Le ministre a entrepris de rendre accessibles au public « autant de données que possible » et a invité « [tous ceux qui ont] un produit ou un service susceptible de faciliter la vie, à le présenter [à l’initiative] ». Un bureau du programme Smart Nation a d’ailleurs été installé dans le cabinet du Premier Ministre. Celui-ci rassemble les citoyens, le gouvernement et les acteurs industriels afin d’identifier les problèmes, de développer conjointement des prototypes et de les mettre en place de manière efficace.

Au Sri Lanka, un groupe de grandes entreprises srilankaises se sont associées avec une institution publique pour créer une plateforme nationale de l’innovation au service du développement économique fondé sur la technologie, grâce à la commercialisation de produits nanotechnologiques. Créé en 2008, l’Institut sri-lankais de nanotechnologie (SLINTEC) est une coentreprise de la Fondation nationale pour la science et de grandes entreprises sri-lankaises telles que Brandix, Dialog, Hayleys et Loadstar. SLINTEC ambitionne de contribuer à faire passer la part des exportations de haute technologie de 1,5 à 10 % du total des exportations d’ici 2015.

Autre cible privilégiée des partenariats public-privé, les énergies renouvelables. Au Maroc, le gouvernement s’est associé à un consortium dirigé par la société saoudienne Acwa Power et son partenaire Sener, entre autres, pour créer la plus grande centrale solaire du monde à Ouarzazate.

Au Kénya, où près de la moitié de la production électrique est d’origine hydraulique, la fréquence croissante des sécheresses provoque des coupures d’eau et d’électricité, le gouvernement s’est engagé à développer ses champs géothermiques dans la vallée du Rift. La Geothermal Development Company (GDC) a été fondée en 2009 en vertu de la loi sur l’énergie de 2006. Cette entreprise d’État est censée protéger les investisseurs contre les risques élevés des investissements en capital associés au forage de puits géothermiques. Cependant, pour l’exercice fiscal 2012-2013, 20 millions de dollars seulement sont revenus à la GDC sur un budget de 340 millions de dollars US que l’État kényan a accordés en vue de l’étude et du développement de l’énergie géothermique et du charbon.

En janvier 2013, le Ministère de l’éducation rwandais a initié un Programme de partenariat pour le transfert de connaissances, en collaboration avec la Banque africaine de développement, pour favoriser l’essor industriel. A ce jour, le programme a parrainé cinq partenariats entre des entreprises privées et deux facultés de l’Université du Rwanda, le Collège des sciences et technologies et le Collège d’agriculture, des sciences animales et de médecine vétérinaire. L’entreprise apporte ses idées de produit ou service à développer et l’université fournit l’expertise correspondante.

Malgré l’importance qu’accordent les politiques publiques aux partenariats université–industrie, ceux-ici semblent être moins répandus qu’on aurait pu penser. Lorsque l’Institut de statistiques de l’UNESCO a sondé, en 2014, des firmes manufacturières actives en innovation, il s’est avéré que dans la plupart des 65 pays sondés, moins d’une firme innovante sur cinq collaborait avec le monde universitaire. Le Kénya se démarquait d’autres pays, dans la mesure où près de la moitié de ses firmes innovantes (46%) faisaient état de partenariats avec l’industrie. Le Rwanda n’a pas répondu au questionnaire.

Des partenariats pour former le personnel dans des secteurs économiques stratégiques

Le Rapport de l’UNESCO sur la science souligne les vertus de la formation en partenariat avec des multinationales étrangères. « Les économies en développement peuvent mettre à profit les connaissances et les compétences des grandes entreprises étrangères qui y sont implantées, pour doter les entreprises et fournisseurs locaux d’un niveau de professionnalisme identique » plaide-il. « En encourageant les fabricants étrangers de produits de haute technologie à animer des programmes de formation dans les pays d’accueil, les gouvernements les impliqueront également dans les stratégies nationales de formation, ce qui aura des retombées positives aussi bien pour les producteurs que pour les fournisseurs ».

Synopsys Inc. est un bon exemple de ce type de partenariat. En octobre 2014, cette multinationale a fêté ses 10 ans de présence en Arménie. Spécialisée dans la fourniture de logiciels et de services connexes visant à accélérer l’innovation dans le domaine des puces et des systèmes électroniques, elle emploie aujourd’hui 650 personnes en Arménie. En 2004, Synopsys Inc. a racheté LEDA Systems, qui avait créé une Chaire interdépartementale sur les circuits et systèmes micro-électroniques en partenariat avec l’École polytechnique d’Arménie. Cette Chaire, qui fait désormais partie du Programme universitaire mondial de Synopsys, forme chaque année plus de 60 spécialistes des micropuces et de l’automatisation de conception de circuits électroniques. Synopsis a depuis élargi cette initiative en créant des chaires interdépartementales au sein de l’Université d’État d’Erevan, de l’Université russo-arménienne (slave) et de l’Académie régionale européenne.

En Malaisie, en 2012, dix multinationales, dont Agilent Technologies, Intel, Motorola Solutions et Silterra, ont créé leur propre plateforme de recherche participative en partenariat avec l’université et l’État, afin de répondre aux besoins en matière de recherche des secteurs électrique et électronique, qui emploient près de 5 000 chercheurs et ingénieurs. Ces multinationales génèrent un revenu annuel de près de 25 milliards de ringgits (environ 6,9 milliards de dollars US) et investissent près de 1,4 milliard de ringgits dans la R&D. Elles bénéficient, par ailleurs, des bourses de recherche que le Ministère de la science, de la technologie et de l’innovation a décidé d’élargir aux multinationales en 2005, alors qu’il les proposait jusqu’alors uniquement aux entreprises nationales. Outre la R&D, la plateforme participative soutient le développement des talents, l’objectif ultime étant d’aider l’industrie à accroître la valeur ajoutée de ses produits.

Grâce à des partenariats public-privé, les gouvernements peuvent faire en sorte que la formation réponde aux nouveaux besoins des employeurs, un souci pour tous les pays, quel que soit leur niveau de revenu. Aux États-Unis, par exemple, le gouvernement a annoncé le lancement d’un concours pour l’obtention de bourses d’apprentissage (American Apprenticeship Grants) en décembre 2014. Le concours encourage des partenariats public-privé entre employeurs, associations professionnelles, syndicats, établissements universitaires à cycle court, administrations au niveau local et des États, et organisations non gouvernementales, en vue d’élaborer des programmes d’apprentissage de haute qualité dans des domaines stratégiques tels que la fabrication de pointe, les technologies de l’information, les services aux entreprises et les soins de santé. Ce mécanisme a été mis en oeuvre par le Département du travail, qui disposait d’un budget de 100 millions de dollars.

Source: adapté du Rapport de l’UNESCO sur la science : vers 2030, version française parue en décembre 2016




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