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06.04.2017 - UNESCO Office in Dakar

Les forces de sécurité sénégalaises formées sur la liberté d’expression, la sécurité des journalistes et défenseurs des droits des femmes

©UNESCO

Le Bureau régional de l'UNESCO pour l’Afrique de l’Ouest (Sahel) à Dakar, en partenariat avec le Bureau régional pour l’Afrique de l’Ouest du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH - BRAO), le Centre d’Information des Nations Unies (CINU), ARTICLE 19 Afrique de l’Ouest, et l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), a organisé deux sessions de formation des forces de sécurité sur la liberté d’expression, la sécurité des journalistes, et défenseurs des droits des femmes.

Ces formations qui se sont tenues à Dakar, du 20 au 25 mars 2017, visaient à améliorer les capacités des forces de sécurité à garantir la liberté d’expression et la sécurité des journalistes et à faciliter le dialogue et la coopération entre eux, les médias et les défenseurs des droits des femmes. Elles interviennent dans le cadre de la mise en œuvre par le HCDH et l’UNESCO du Plan d’Action des Nations Unies sur la sécurité des journalistes et la question de l'impunité, Plan approuvé par le Conseil des chefs de secrétariat des organismes des Nations Unies en 2012 et par la Résolution A/RES/68/163 de l’Assemblée Générale, adoptée en 2013. « Le renforcement de la sécurité des journalistes permet une meilleure diffusion de l’information au sein de la société, ce qui est, à moyen terme, propice à la consolidation de paix, de la gouvernance démocratique, et du développement durable » a souligné Andrea Ori, Représentant du Bureau régional pour l’Afrique de l’Ouest du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.

Dans le cadre l’atelier, la Déclaration de Carthage, adoptée lors de la Conférence de l’UNESCO sur la Journée mondiale de la liberté de la presse en Tunisie en mai 2012, joue un rôle particulier : elle insiste sur la nécessité de renforcer la liberté de la presse et d'améliorer la sécurité des journalistes. Elle appelle toutes les parties prenantes à créer un environnement libre et sûr pour les journalistes, les professionnels des médias et les producteurs de médias sociaux pour produire de l'information à travers les médias traditionnels ou nouveaux, et à soutenir la mise en œuvre du Plan d'action sur la sécurité des journalistes et la question de l'impunité. A cet égard, la formation a permis de renforcer les capacités des agents du ministère en techniques de communication et de relations avec la presse. « Si les forces de sécurité souhaitent établir des rapports de confiance avec les citoyens, elles doivent établir des rapports professionnels avec les médias afin de mieux faire connaitre leurs accomplissements et leur travail au service de la population sénégalaise » a souligné Gwang-Chol Chang, directeur par intérim du Bureau régional de l'UNESCO pour l’Afrique de l’Ouest (Sahel) à Dakar.

Pendant six jours, une quarantaine de policiers et gendarmes, ainsi qu’une dizaine de journalistes et femmes défenseurs des droits de l’homme ont donc soulevé les défis liés au manque de communication et d’information qu’ils rencontrent au quotidien dans leur profession. « Bien souvent on ne parle que des dérapages des forces de l’ordre et des médias et pas des aspects positifs de notre métier. Nous voulons que les gens nous voient comme des personnes soucieuses de leur bien-être. Médias et forces de l’ordre sont en effet un service public, nous devons nous associer pour le bien des populations » a rapporté un des gendarmes présents. En effet, pendant les exercices la question de l’absence de dialogue entre journalistes et forces de l’ordre a souvent été abordée : « les forces de l’ordre, doivent améliorer leur communication, car ignorer les médias c’est exposer la population à des risques dont celui de divulguer des informations incorrectes qui pourraient-elles mêmes engendrer des soulèvements dans la société. » a précisé un autre membre des forces de l’ordre.

Une intervention qui a posé la question de la confiance entre les différents corps de métier :« Les forces de sécurité et médias doivent communiquer et briser la méfiance qui existe entre eux. Nous attendons beaucoup des journalistes car ils sont la voix du monde » a déclaré un des participants. Les journalistes quant à eux souhaiteraient : « Avoir la confiance de pouvoir travailler avec les forces de sécurité, savoir que notre liberté d’expression et sécurité seront garantis, qu’une bonne collaboration se fasse entre gendarmes et femmes et hommes des médias. »

« Il ne s’agit pas de pointer du doigt un groupe et de dédouaner l’autre dans cette formation, mais de véritablement mettre chacun devant ses responsabilités » a précisé le formateur, le Commandant Ian Lafrenière. Pour orienter les exercices pratiques, il a fait appel à ses nombreuses expériences de terrain au Canada et en Afrique et à un panel d’intervenants des Nations Unies et d’organisations défendant la liberté d’expression.

Au niveau national, le Sénégal, par le biais du préambule de la constitution reconnait la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. La Charte Africaine des Droits de l’Homme et du Peuple reconnaît également le droit d’accès à l’information. Cependant comme l’a précisé Fatou Jagne Senghor, Directrice Régionale de d’Article 19 pour l’Afrique de l’ouest : « même si la liberté d’expression est garantie au Sénégal, la pratique est en avance sur les textes qui restent contraignants. C’est un sujet toujours d’actualité puisqu’aujourd’hui, journalistes et organisations militent pour arriver à la dépénalisation des délits de presse dans les textes. »

Mme Aby Coly, de la Plateforme des femmes pour la paix demandait pour sa part davantage de respect des droits des femmes et hommes. Mme Eugénie Aw, journaliste et ancienne directrice de l’école de journalisme (CESTI), l’a appuyée en ce sens en mettant l’accent sur la situation spécifique des femmes. Elle note qu’au Sénégal, par exemple, 10% de reportages seulement sont consacrés aux femmes. Par ailleurs, dit-elle, « La première violence faite aux femmes journalistes est d’abord dans les médias. Concernant l’image, même si beaucoup de présentatrices sont femmes, les stéréotypes perdurent. Comment faire pour que les femmes puissent exercer de manière professionnelle et ne pas avoir spécifiquement à dire femmes journalistes ? »

Toutes ces questions et réflexions échangées au cours de la formation sont des éléments centraux de l’action de l’UNESCO qui vise à soutenir la liberté de la presse, à promouvoir la sécurité des journalistes, la liberté d’expression, l’égalité des genres dans les médias mais aussi l’accès à l’information. Elles ont permis aux différents corps de métier présents de mieux comprendre l’importance du rôle de chacun afin d’améliorer le dialogue et la coopération entre eux. A l’issue de cette première édition au Sénégal, qui fait suite à l’organisation par l’UNESCO de formations en Tunisie, Somalie, Rwanda, Soudan du Sud et Mali, les participants sont repartis avec un kit leur permettant de revenir sur leurs acquis, pour mieux les mettre en pratique, et pour former leurs homologues à mieux informer avec transparence et dans les règles sécuritaires respectueuses des droits des femmes et des hommes.

Cette formation, basée sur le curriculum de l'UNESCO sur le maintien de l’ordre et respect de la liberté d’expression, fait partie d'un effort de plus grande envergure pour la mise en œuvre du Plan d’Action des Nations Unies sur la sécurité des journalistes et la question de l'impunité, mené par l'UNESCO, qui vise à coordonner les efforts des différents acteurs dans ce domaine. Elle s’inscrit dans le cadre de l'UNESCO pour la promotion d’un environnement propice à la liberté d'expression, la liberté de la presse et la sécurité des journalistes, pour faciliter le pluralisme et la participation dans les médias, et soutenir les institutions médiatiques durables et indépendantes. La formation a également reçu un soutien technique du Royaume du Norvège.




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