» Si loin, si proche : la source d’une canicule marine identifiée dans un océan lointain
28.02.2013 -

Si loin, si proche : la source d’une canicule marine identifiée dans un océan lointain

CC Platours via Flickr. L'un des plus longs récifs côtiers du monde, situé dans le site du patrimoine mondial de la Côte Ningaloo, a été touché par une forte canicule en 2010-2011.

En 2010-2011, une anomalie récurrente des conditions de circulation océanique dans l’océan Pacifique – connue sous le nom de « La Niña »- a engendré une forte canicule marine à plus de 10 000 km, dans l’océan Indien, le long de la côte ouest de l’Australie. Celle-ci a eu des conséquences écologiques désastreuses, du blanchiment des récifs coralliens à l’extinction des poissons, notamment dans deux sites du Patrimoine mondial marin de l’UNESCO. Le lien entre ces deux évènements climatiques et maritimes éloignés dans l’océan Pacifique et dans l’océan Indien a été établi à travers une collaboration entre chercheurs océanographes américains et australiens, utilisant les données collectées par le Système mondial d'observation de l'océan (GOOS) et en particulier, celles issues de son programme d’observation phare – Le réseau global international Argo de flotteurs profileurs.

Des records de températures ont été observés sur la surface de la mer en février et en mars 2011, durant l'été austral, sur la côte ouest de l'Australie. Ceux-ci dépassaient 3 °C, au-dessus des normales saisonnières, avec un pic excédant les 5 °C pendant une période de deux semaines au plus fort de l'événement. La température de l'eau influe sur la croissance, la survie, l'abondance et la répartition de la plupart des espèces marines. De nombreux organismes marins ne peuvent guère s'adapter à ces rapides hausses de température de court terme. Ces dernières peuvent être nocives, voire même mortelles, provoquant le blanchiment des coraux, la mortalité de nombreux poissons et pouvant avoir des conséquences catastrophiques sur les écosystèmes marins.

La canicule marine a eu de profondes répercussions sur la structure de l'écosystème marin dans ce point névralgique de la biodiversité mondiale. Deux sites du patrimoine mondial de l’UNESCO sont situés dans cette zone : la Baie Shark, qui abrite les plus vastes bancs d’herbiers marins du monde et cinq espèces de mammifères menacées et la Côte de Ningaloo, qui comprend un des plus longs récifs côtiers du monde. Tous deux ont été touchés. De plus, les principales pêcheries et industries de fruits de mer et d’aquaculture ont été touchées. Dans certains cas - y compris dans le secteur lucratif des ormeaux - le stock ne s’est pas reconstitué. L'impact sur l’économie australienne et sur les ressources en nourritures australiennes et asiatiques (via l’exportation) a été vivement ressenti.

Ce phénomène extrême dans l'océan Indien - désormais appelé le « Niño Ningaloo » en raison de sa proximité avec le site du patrimoine mondial de Ningaloo – a été généré par des caractéristiques inhabituelles dans le courant de Leeuwin. Le courant de Leeuwin est le plus long courant de frontière continue au monde formé d’eaux chaudes. Il circule depuis la mer au nord de l'Australie vers le sud au long de la côte occidentale de l'Australie. Il est la force motrice qui crée les conditions nécessaires à la biodiversité marine unique de ce lieu, dont la richesse est mondialement reconnue. Les conditions atmosphériques et océaniques extrêmes provoquées dans les océans Pacifique et Indien par le phénomène climatique de « La Niña » en 2010-2011 l’ont fortement atteint (voir la carte).

Le « Niño Ningaloo » nous rappelle brutalement que nous sommes tous connectés à travers l’océan et que les évènements climatiques lointains ont un impact direct dans les milieux situés à plus de 10 000 km, dans un autre océan. « Comprendre les facteurs qui influencent la formation des événements tels que le Niño Ningaloo de 2011 est une première étape essentielle dans la prévention des impacts de phénomènes de réchauffement climatique extrême à l'avenir », a déclaré le chercheur principal, Dr Ming Feng, de l’Organisation fédérale pour la recherche scientifique et industrielle australienne (CSIRO). Ceci est particulièrement vrai dans le contexte actuel de réchauffement océanique.

Il nous serait impossible d’établir et de comprendre le lien entre ces événements éloignés sans des initiatives telles que le Système mondial d’observation de l’océan (GOOS). Dirigée par la Commission océanographique intergouvernementale (COI-UNESCO), cette plate-forme mondiale de coopération internationale recueille des données en temps réel sur l'état physique et le profil biogéochimique des océans de la planète, données fournies par des navires, des bouées, des flotteurs immergés, des marégraphes et des satellites. Les données océaniques observées simultanément dans différents océans, par des pays de tous les continents permettent aux scientifiques de trouver des mécanismes mondiaux de téléconnexion dans les conditions météorologiques océaniques et atmosphériques comme le « Niño Ningaloo ». Le GOOS fournit les outils afin de faciliter la collaboration dans la recherche océanographique entre les pays du monde possédant une façade océanique surtout dans un intérêt sociétal. L'un des programmes phares du GOOS est le projet international Argo - un partenariat entre plus de 30 pays, de tous les continents, travaillant ensemble pour fournir un éventail de données mondiales homogènes provenant de plus de 3 000 balises immergées mesurant la température, la salinité et la profondeur chaque fois qu’elles apparaissent à la surface de la mer.

Les résultats de la recherche collaborative sur ce phénomène extrême de « Niño Ningaloo » ont été publiés par Nature Scientific Reports en février 2013. « La nature trouve toujours le moyen de nous surprendre et le Niño Ningaloo n'est que le dernier épisode de cette saga qui continue », a déclaré Dr Michael McPhaden de l’Agence nationale océanographique et atmosphérique américaine (National Oceanic and Atmospheric Administration, NOAA). « Il s'agit de recherches importantes pour la société car elles nous révèlent que des évènements qui se produisent dans des endroits éloignés géographiquement et parfois éloignés dans le temps peuvent influencer ce qui se passe dans notre jardin. »

Il est possible de comprendre le climat et l’océan grâce à la surveillance et l’observation continue. Sans les données du programme Argo et la collaboration engagée dans le cadre du GOOS pour la collecte et le partage des données océaniques, il aurait été difficile de parvenir à ces résultats de recherche publiés moins de deux ans après l'événement. En fin de compte, l'amélioration des observations océaniques aide la société à mieux se préparer, à mieux réagir et à mieux s'adapter aux futurs événements extrêmes qui ont de graves répercussions écologiques, économiques et sociales.

Plus d'information :

Sources : Commonwealth Scientific and Industrial Research Organization (CSIRO) et National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA)




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