» Une voix s’exprime pour l'égalité des sexes dans l'éducation : Evernice Munando
05.07.2017 - Education Sector

Une voix s’exprime pour l'égalité des sexes dans l'éducation : Evernice Munando

© FSNT - Evernice Munando, Female Students Network Trust, 2016 laureate for UNESCO Prize for Girls’ and Women’s Education

À la veille de la réunion du Jury international de l’UNESCO pour la 2ème édition du Prix UNESCO pour l’éducation des filles et des femmes, l’UNESCO s’entretient avec Evernice Munando, Fondatrice et Directrice exécutive du Female Students Network Trust (Réseau des étudiantes) au Zimbabwe.

Le Réseau des étudiantes (FSNT) a été l’un des deux lauréats 2016 du Prix UNESCO pour l’éducation des filles et des femmes, récompensant son initiative d’autonomisation des étudiantes de l’éducation tertiaire par ses programmes de développement du leadership et de mentorat.

Pourquoi avez-vous décidé de faire ce travail et de vous faire le champion de l’égalité des sexes ?

Je fais ce travail parce que c'est ma passion. J’ai lutté pour faire des études, malgré les différents défis que j’ai rencontrés, tels que la violence sexuelle et le patriarcat. J'ai grandi dans une famille de 9 enfants (4 filles, 5 garçons) où la préférence était toujours donnée aux garçons. Dans un tel contexte, j’ai été la seule fille de ma famille à parvenir à ce niveau d’études. J'ai décidé qu'il serait indispensable que je devienne avocate et championne de l’égalité des sexes, afin de pouvoir inspirer d'autres filles et de leur montrer que tout est possible avec l'éducation.

Qu'est-ce que cela a signifié pour vous d'être Lauréate du Prix 2016 pour l’éducation des filles et des femmes ?

Cette récompense a ranimé ma passion et m’a redonné des forces. Le fait d’être reconnue au niveau mondial a mis en évidence le travail que j’accomplis pour changer la vie des filles et les mentalités et pour autonomiser les filles et les femmes par l'éducation. Je me suis rendue compte que mon travail au Zimbabwe me permet d’avoir un impact au niveau mondial et que notre organisation fait partie du programme de développement – aux Nations Unies comme au Zimbabwe. Recevoir ce Prix nous a placées sous les feux des projecteurs et nous a mises au défi de faire encore plus, de continuer à plaider pour l’éducation des filles et des femmes et d’avoir un impact sur davantage de filles, y compris sur celles qui vivent dans des zones éloignées.

Que va faire votre organisation maintenant ?

Grâce au Prix 2016, je peux vous dire que l’argent a fait du chemin. La semaine dernière par exemple, nous avons célébré une femme, Melissa Thandi, qui a surmonté les obstacles du patriarcat en devenant la première Présidente du Conseil représentatif étudiant (SRC) du Collège Polytechnique de Harare. Jamais, depuis sa fondation en 1919, il n'y avait eu de présidente du SRC. Cette année, grâce à notre travail de plaidoyer, nous avons réussi à ce que plusieurs femmes occupent des postes de leadership. De plus, elles sont aussi des mentors et motivent les autres filles dans les instituts de formation des enseignants.

Pour ce qui est de l'accès à l'éducation, notre organisation a réussi à mettre plusieurs étudiantes en contact avec des organisations de services qui les ont aidées à poursuivre leurs études, par exemple grâce à des bourses d’études de l'Ambassade des États-Unis.

La reconnaissance du gouvernement est aussi un résultat important. Nous plaidons pour des politiques en matière de harcèlement sexuel. Le mois dernier, le gouvernement du Zimbabwe, par la voie du Ministère de l’enseignement tertiaire et supérieur pour les sciences, les technologies et le développement, a lancé une première campagne pour la formulation de politiques relatives au harcèlement sexuel. Avec le montant du prix, nous avons élaboré des orientations de politique en matière de harcèlement sexuel qui servent maintenant de modèles pour définir des politiques significatives sur le harcèlement sexuel dans les établissements d'éducation tertiaire.

Vous êtes ici pour participer à la conférence Le Soft Power de l’UNESCO aujourd’hui consacrée à la promotion de l’autonomisation et du leadership des femmes. Quel conseil donneriez-vous à l’UNESCO pour approfondir son travail dans le domaine de l’égalité des sexes dans l'éducation ?

Je conseillerais à l’UNESCO d'aider des organisations de base comme la nôtre. L’UNESCO a normalement vocation à traiter avec les gouvernements et les Commissions nationales au niveau des pays, plutôt qu’avec les organisations de base. Je lui conseillerais donc d’envisager également une action de plaidoyer fondée sur la recherche, en se basant sur les statistiques du terrain, afin que lorsque nous mesurons l'impact, nous puissions fournir des éléments factuels sur les problèmes et transmettre ces éléments au niveau national et international.

Je demande, dans le contexte de l’ODD 4, et plus spécifiquement de l'égalité des sexes, de l’autonomisation et de l'inclusion des femmes et des filles dans l'éducation – quels sont les points de référence ? Il est extrêmement important que l’UNESCO appuie davantage d’initiatives qui ont une programmation fondée sur des constatations réelles, afin que nous puissions mesurer l'impact réel par rapport à ces points de référence.

Pour ce qui est de ses prochaines étapes, le Réseau des étudiantes va renforcer ses programmes de mentorat et se lancer aussi dans l’éducation sexuelle et de la santé de la reproduction, en sensibilisant et en conseillant les étudiantes. Le Réseau veut faire pression sur le gouvernement pour que de tels services soient proposés dans l'éducation tertiaire.

Le Réseau des étudiantes (Female Students Network Trust - FSNT) est une association à but non lucratif qui travaille avec les étudiantes de l’éducation tertiaire au Zimbabwe. Créé en 2005 sous la forme d’un réseau informel d’étudiantes de l'université du Zimbabwe, il est devenu un organisme à but non lucratif en 2010. Le Réseau autonomise les étudiantes pour leur permettre d’assumer des rôles de leadership et il appuie le plaidoyer en matière de politiques et sur les média relatif aux problèmes touchant les étudiantes. Il est devenu une organisation à part entière en 2010, devenant une plate-forme qui permet aux étudiantes des établissements d'éducation tertiaire d’interagir et de partager leurs expériences relatives aux défis auxquels elles sont confrontées dans leur vie quotidienne. Le Réseau opère dans 36 institutions tertiaires des 10 provinces du Zimbabwe.

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