» Des experts du monde entier rassemblés pour combattre l’antisémitisme à la racine
07.12.2016 - ODG

Des experts du monde entier rassemblés pour combattre l’antisémitisme à la racine

© UNESCO/Christelle ALIX

La lutte contre l’antisémitisme nous ramène au cœur du rôle et de la mission de l’UNESCO consistant à édifier la paix dans le monde par l’éducation et la promotion du respect d’autrui, a déclaré la Directrice générale Irina Bokova en ouverture d’une table ronde de haut niveau tenue au Siège de l’UNESCO, le 6 décembre 2016.

Organisée conjointement avec l’Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste, cette table ronde était l’occasion de se pencher sur les racines de la haine antisémite, sur la définition que l’on peut en donner, sur son évolution et sur ses manifestations contemporaines, ainsi que sur les meilleurs moyens de mettre à profit l’éducation, la communication et la culture pour combattre ce phénomène.

Délivrant le discours principal de cette manifestation, M. Robert Badinter, ancien Garde des sceaux et ancien Président du Conseil constitutionnel en France, a donné un aperçu historique de l’antisémitisme, de ses origines religieuses aux dimensions nationales et raciales qu’il a revêtues aux XIXe et XXe siècles, atteignant son paroxysme avec l’Holocauste.

« Ni l’éducation, ni la culture, ni l’art en soi ne constituent par nature une défense suffisante contre la fureur du racisme et de l’antisémitisme. Il faut en tirer les enseignements », a-t-il prévenu, ajoutant que la complaisance nourrissait les préjugés, qui nourrissent la haine, aboutissant à l’Holocauste et à d’autres formes pernicieuses aujourd’hui.

Mme Bokova a rappelé que la haine des juifs était une haine ancienne qui n’avait cessé d’évoluer au fil des siècles, adoptant chaque fois de nouveaux masques pour aboutir à la destruction quasi‑totale des juifs d’Europe.

Elle a également rappelé à l’assistance que l’UNESCO était la seule institution du système des Nations Unies à disposer d’un programme consacré à l’enseignement de l’Holocauste pour promouvoir la tolérance et le respect à travers le monde et ainsi prévenir de futurs génocides.

Constatant la résurgence de l’antisémitisme en Europe, avec des attaques meurtrières contre des juifs, la Directrice générale a souligné que le meilleur moyen de combattre l’antisémitisme résidait dans l’éducation et l’enseignement de la compréhension, non seulement de l’Holocauste, mais également de la culture et du patrimoine juifs, comme un antidote aux préjugés.

« L’éducation a un rôle fondamental à jouer à cet égard, mais pas n’importe quelle éducation. Il faut une éducation qui transmette véritablement la connaissance des faits historiques, du patrimoine et de la culture, pour protéger et respecter la dignité de chacun, ainsi que ses croyances et traditions, en se fondant sur le respect des droits de l’homme », a-t-elle déclaré.

Elle a salué l’adoption, par l’Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste, d’une définition concrète de l’antisémitisme, qui représente « une avancée considérable pour aider à mettre des mots précis sur un sujet qui demande beaucoup de constance et de fermeté ».

L’Ambassadeur Mihnea Constantinescu, Président de l’Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste, qui rassemble 31 pays membres, a déclaré : « Nous devons tous rechercher les causes profondes de la haine, de la discrimination et de l’exclusion qui ont conduit à la tragédie de l’Holocauste afin de les éradiquer définitivement, tant sur le continent européen qu’à l’échelle mondiale. Cela passe par l’accès à l’éducation, l’ouverture à la diversité et la volonté d’enseigner aux jeunes générations le respect des valeurs humaines et une histoire non déformée. Il est en effet indispensable, pour préparer l’avenir, d’apprendre aux jeunes générations à dénoncer et à rejeter toute forme d’extrémisme, d’intolérance, de racisme ou d’antisémitisme ».

Ces déclarations ont donné le ton en vue des discussions d’un panel d’experts qui se sont tous accordés à reconnaître la complexité de l’antisémitisme contemporain ainsi que le rôle de l’éducation pour le combattre.

Mme Katharina von Schnurbein, Coordinatrice de l’Union européenne chargée de la lutte contre l’antisémitisme, a souligné l’importance d’une approche globale, d’un arsenal juridique solide et de la compréhension de la contribution positive des juifs à l’histoire.

Mme Cristina Finch, de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), a présenté les initiatives en cours pour former les services de police et les procureurs aux crimes inspirés par la haine, mettre en place des coalitions avec différentes communautés, et élaborer des directives à l’intention des éducateurs, en coopération avec l’UNESCO.

M. Dervis Hizarci, de l’Initiative Kreuzberg contre l’antisémitisme (Allemagne), a décrit le travail pédagogique mené auprès de jeunes arabes, turcs et musulmans en Allemagne.

M. Steven Katz, Professeur d'études juives et d'histoire de l'Holocauste à l'Université de Boston, et Mme Dina Porat, Professeur émérite du département d’histoire du peuple juif à l'Université de
Tel-Aviv, ont tous deux décrit la complexité de l’antisémitisme contemporain, les déformations historiques, l’importance de reconnaître la richesse de la culture juive et son apport à l’histoire de l’humanité, ainsi que la nécessité d’œuvrer à mieux faire comprendre ce phénomène.

Cette manifestation, organisée avec l’appui de la Shoah Foundation de l’Université de Californie du Sud, proposait également une présentation vidéo du projet « Countering Antisemitism Through Testimony » (lutter contre l’antisémitisme par le témoignage), par Mme Marianne Lère, de la Shoah Foundation et Chaire UNESCO sur l’éducation relative aux génocides. 




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