» Dans les zones de conflit du Nigeria, c’est la passion qui motive les enseignants
04.10.2016 - Education Sector

Dans les zones de conflit du Nigeria, c’est la passion qui motive les enseignants

© Aisha Kadiri

« Sans vraie passion pour votre travail, la passion du don de soi et de sortir pour donner le meilleur de soi chaque jour, même dans des circonstances difficiles, vous ne pouvez pas être un bon enseignant » a déclaré Madame Aisha Kadiri, formatrice qui travaille aux côtés des enseignants engagés auprès des élèves déplacés des zones du Nigeria où l'éducation a été perturbée par l'insurrection de Boko Haram.

Madame Kadiri, Doyenne de l'École d’éducation et de protection de la petite enfance et de l’enseignement primaire à l’Institut pédagogique fédéral de Yola, au Nigeria, prenait la parole à l'UNESCO à l'occasion de la Journée mondiale des enseignants. Elle possède une vaste expérience du travail dans les camps de réfugiés, auprès des élèves du primaire et du secondaire et d’enseignants souvent gravement traumatisés.

« Dans le cadre de mon travail dans les camps, j'ai vu des enfants tellement touchés par ce qu'ils ont connu ou vu qu’ils sont totalement déconnectés et distraits en classe. Ils ont besoin, pour sortir de leur traumatisme, d’enseignants formés aux compétences psychosociales » a déclaré Madame Kadiri, spécialisée dans le renforcement des capacités des enseignants/soignants, dans le développement de matériels de jeu et la mise en œuvre de l'Initiative des écoles sûres. 

Les enseignants rétablissent l’ordre et la discipline dans leur vie

« Lorsque nous arrivons aux portes du camp, ils se précipitent pour s’emparer de tout ce que nous apportons comme matériel scolaire. Souvent, ils ont été soumis à beaucoup de violence et ils sont eux-mêmes très agressifs, se battant entre eux tout le temps. Nous, les enseignants, devons rétablir un peu d’ordre et de discipline dans leur vie. Nous devons leur apprendre à rester assis et à être patients, attentifs. Le personnel de sécurité avec lequel ils sont en contact devra aussi souvent suivre une nouvelle formation pour comprendre qu'il n'est pas normal d’employer la violence avec les enfants.

« Quant aux enseignants, qui eux-mêmes sont parfois nombreux à venir des camps et travaillent à titre bénévole, nous devons renforcer leur capacité à intéresser les enfants et à créer des supports pédagogiques à partir de leur propre environnement. Dès que les enfants sont intéressés et occupés, ils sont beaucoup plus faciles à gérer en classe. »

Assurer l’avenir des enfants

Elle a bien conscience des motivations des enseignants dans des circonstances aussi anxiogènes. Ils sont nombreux à avoir fui leur propre maison et ils travaillent sans matériel et souvent sans recevoir de salaire pendant des mois.

« Ces enseignants ont vu la destruction de leurs communautés. Ils veulent faire en sorte que l’on ne détruise pas non plus l’avenir de ces enfants. Nous pouvons leur proposer une formation pour entretenir leur engagement pour que la vie de ces enfants ne soit pas interrompue. »

Madame Kadiri, qui est intervenue lors de la Conférence internationale sur la prévention de l’extrémisme violent par l'éducation qui s’est tenue récemment, indique que le gouvernement a beaucoup fait pour améliorer la sécurité mais que l'enseignement reste une profession dangereuse.

« Des attaques sporadiques sont perpétrées pour maintenir la peur dans l’esprit des gens et créer le désordre. Les enseignants en particulier peuvent se sentir menacés, une situation aggravée par le fait que l’on ne sait pas toujours qui est l’ennemi. Cela peut être votre voisin qui a subi un lavage de cerveau. »

Elle a ajouté que l’appui reçu et des occasions comme la Journée mondiale des enseignants sont importants pour encourager les enseignants à ne pas baisser les bras.

« Enseigner doit se faire avec le cœur » a déclaré Madame Kadiri. « Souvent cela implique des sacrifices. Dès lors que la passion vous quitte et que vous commencez à tout remettre en cause, il devient beaucoup plus difficile de donner le meilleur de vous-même dans votre travail. Je comprends cette motivation en me basant sur ma propre situation. Lorsque j’ai reçu l’invitation à prendre la parole lors de la conférence de l’UNESCO, je ne m'y attendais pas. Mais j'ai senti que quelqu'un, quelque part dans le monde, avait reconnu mon travail et cela m’a encouragée à poursuivre. »

Cette année, lors de Journée mondiale des enseignants, l’UNESCO célébrera le 50ème anniversaire de l'adoption de la Recommandation OIT/UNESCO de 1966 concernant la condition du personnel enseignant. Le thème de cette année, Valoriser les enseignants, améliorer leur statut, incarne les principes de la Recommandation, en soulignant la nécessité d’aider les enseignants pour pouvoir réaliser le programme mondial Education 2030.

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